‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 148 sur 200 · S LETTRE CURIEUSE DU CARDINAL DUBOIS · texte numérisé non relu

S LETTRE CURIEUSE DU CARDINAL DUBOIS

bomiM miontions pour Son Altesio Royale , et qu'elle tend à troubler ion gouvernement et à renverser «es ouvrages ( lui Dubois ) , je n'ai jamais regretté plus sincèrement votre absence , ni souhaité avec.plus de passion le secours de votre indignation et de votre courage. Je vous conjure, monsieur, de vous en tenir à cette idée jusqu'à ce que vous puissies voir les choses par vous-même, et que vous *8oyez à portée de signaler votre zèle pour ce que vous croirez la mériter davantage pour le bien de TÊtat , Punion des deux couronnes , le soutien de la dernière liaison qui a. été faite , et le maintien de Mgr le duc d'Orléans. » (C'est oe qu'il entendoit ci -dessus par détruire son ouvrage, mais qu'il sentoit bien plus véritablement de lui-même.) « Je puis y ajouter et pour votre propre défense; car je vous assure que, si on venoit à bout de ce que Ton trame, je suis persuadé que, si vous n'étiez pas la première vie* time, vous seriez la seconde. Ces orages me conduisent bien naturellement à penser à votre retour. Tout me persuade que votre présence seroit nécessaire encore pendant quelque temps à Madrid. Le seul moyen de vous laisser sur cela la liberté que vous souhaiterez^ seroit que vous pussiez y accréditer un peu M. de Chavigny, ce que l'on me dit n'être pas facile par les mauvaises impressions qu'on a voulu donner à Madrid contre lui. Cependant il ne les mérite pas, et jusqu'à ce que Son Altesse Royale envoie en Espagne un ambassadeur, il n'y a que lui qui puisse exécuter les ordres que vous laisserez en partant. Tâchez , monsieur , de le mettre en état d'être écouté et d'avoir les accès nécessaires , et. disposez après cet arrangement du temps de votre retour à votre gré, Je suis également combattu entre les grands services que vous pouvez rendre à Madrid et les secours que vous pouvez donner ici à Son Altesse Royale , et , si j'ose me mettre en ligne de compte , j'ajouterai entre l'impatience que j'ai de cultiver les nouvelles bontés que vous m'avez marquées, et vous donper, s'il m'est possible, de nouvelles preuves , monsieur , de mon respect et de mon attachement. »

Les fausses lueurs de cette lettre y éclatent de toutes parts. Un groupe de tant de seigneurs à abattre sous ses pieds fit peur au cardinal Dubois , malgré le bouclier du cardinal de Rohan dont il avoît su se couvrir. Il connoissoit la foiblesse de son maître , sa légèreté sur les rangs , qu'il s'y moquoit de la justice des raisons , qu'il ne se décidoit que par le besoin et le nombre qui lui faisoit toujours peur-, que douze ou quinze des premiers seigneurs , par le caractère des uns et les établissements des autres, pèseroient da.ns sa balance plus que deux cardinaux, dont l'un ne pouvoit rien « et l'autre n'étoit que ce qu'il l'avoit fait, Le poids du chancelier l'embarrassoit encore. Il fallut donc étouffer ikns M. le duc d'Orléans la crainte d'offenser tant de gens à la fois, presque tous si considérables, par une frayeur plus grande d'une cabale formée contre lui pour renverser son gouvernement.

Il avoit appris en Angleterre l'art de faire paroltre une conjuration prête à éclater, pour tirer du parlement plus de subsides, et l'entretien de plus de troupes qu'il n'étoit disposé d'en accorder. Dubois érigea de même en cabale pour renverser le gouvernement du régent et le régent lui-même, ,1a chose du monde la plus simple, la plus naturelle, qui

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tonoit le moins par aucun soin aux affaires et au gouTernefnent , qu'il n'avoit tenu qu'à Dubois d'empêcher de naître, en s'abstenant d*introduire dans le conseil de régence l'inutile et dangereuse chimère du cardinalat. Mais cette exclusion entratnoit nécessairement celte de sa personne. Quoique le conseil de régence fût devenu un néant , il y youloit primer et dominer, et il ne put avoir la patience d'attendre le peu de mois qui restoient jusqu'à la majorité, qui dissolvolt à l'instant le conseil de régence par elle-même , pour en composer de pareils à ceux du feu roi « où il n'auroit mis que des gens à son choix et d'état à n'avoir rien à lui disputer , comme il fit en effet dans la suite. Mais il fut si impatient qu'il fiUut tout forcer, et après si effrayé du nombre et de l'unanimité des résistances à lui céder qu'il fallut inventer la cabale , le danger du prince, le péril de.rËtat, les revêtir de toutes lès couleurs qu'il imagina de leur donner; ne laisser approcher du régent, pendant ee court mouvement de simple préséance , que des gens bien instruits à augmenter sa frayeur.

Ce fut pour la porter au dernier degré qu'il y ajouta le dessein formé de cette prétendue fbrmidable cabale de renvoyer l'infante , de rompris la nouvelle union formée avec l'Espagne, et, pour en persuader mieux le régent , me dépêcher un courrier là-dessus pour m'en informer , et me charger d'en rendre compte au roi et à la reine d'Espagne ; et de n'oublier rien pour les rassurer là^dessus. C'est ce qui me fut si expressément ordonné de faire par une autre lettre en deux mots du cardinal Dubois, qu'il m'écrivit à part de celle que je viens de copier, et de faire sur-le-champ , dans l'instant que j'aurols lu les lettres que ce courrier m'apportolt , en quelque lieu que Leurs Majestés Catholiques pussent être, sans différer d'un instant.

Un peu de réflexion dans M. le duo d'Orléans eitt fait disparoltre ce fantôme aussitôt que présenté. Quel besoin avoit cette cabale prétendue d'une dispute de préséance pour éclater, et d'une dispute qu'elle ne. pouvoit prévoir, puisque le cardinal de Rohan voyoit depuis si longtemps un conseil de régence, sans qu'il eût été question pour lui d'y entrer, et que Dubois, qui en étoit et de nécessité par ses emplois, avoit cessé d'y entrer depuis le moment qu'il avoit reçu des mains du roi la calotte rouge? Quelle puissance avoit acquise cette cabale depuis que celle du duc et de la duchesse du Maine , où tant de gens étoient entrés et à Paris et dans les provinces, appuyées de l'argent, du nom , de la protection d'Espagne , des menées de son ambassadeur , homme de beaucoup d'esprit et de sens , et de toute la passion du cardinal Albéroni , maître alors de l'Espagne , depuis , dis-je , l'avortement de ces complots si promptement et si facilement détruits ?S*élevant de nouveau contre le régent et en même temps contre l'Espagne , son plus fort appui l'autre fois par les droits de la naissance de Philippe V , de quelle puissance étrangère auroit-elle pu s'appuyer? Ce ne pouvoit être de la seule à portée de la secourir. L'Angleterre étoit trop intimement liée alors avec la France, et trouvoit trop son intérêt au gouvernement de M. le duc d'Orléans et au crédit démesuré du cardinal Dubois , son pensionnaire et son esclave, pour ne les pas soutenir de toute sa puissance,

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