‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 150 sur 200 · DU CARDINAL D0B(MS · texte numérisé non relu

DU CARDINAL D0B(MS

cessalre à y serrir utilement pendant qu'il n'y auroit point d'ambaftsa* deur. Cet artifice étoit pitoyable. Mais les fripons se trompent eui< mêmes à force de youloir tromper les autres. .

Tout Âtoit fait en Espagne; réconciliations, traités , mariages, et tout s'étoit fait indépendamment du ministère de Laullez et de Maulevrier. Il n'y avoit plus rien à faire qu'à suivre et entretenir les traités et l'union ; et pouvoit-il me croire assez stupide pour ignorer sur les lieux qu'il y eût d'autres négociations à ménager , et que ce qui restoit À faire, qui étoit uniquement cet entretien d'union et de traités, étoit uniquement dans la main des deux seuls ministres des deux couronnes, et tout à fait hor» de la sphère de leurs ambassadeurs? Et Dubois savoit de plus combien Grimaldo y étoit porté et l'avoit toujours été d'in* olination et de maxime; et quand bien même, ce qui n'étoitpas, un ambassadeur y eût été nécessaire , l'homme à y envoyer existoit , sur quiconque le choix pût tomber, et devoit se faire incontinent, si ma pfésence auprès du régent étoit aussi nécessaire et aussi désirée par Dubois qu'il vouloit me le faire accroire. Ces panneaux se trouvèrent aussi trop légers pour arrêter mes pieds *, mais comme il n^avoit osé leur donner toute l'étendue qu41 vouloit, pour les mieuk cacher, voici le supplément qu'il imagina.

On a vu ci-dessus , il n'y a pas longtemps , que Le Blanc , secrétaire d*Ëtat de la guerre , étoit devenu l'homme à tout faire du cardinal i)ubois, et par lui Belle-Ile, son ami intime, et que tous les soirs le car^ dinal Dubois finissoit sa journée chez lui entre eux deux seuls. Ce sont deux hommes que j'aurai lieu d'expliquer dans la suite , et qui méritent bien de l'être. On a vu aussi que Belle>Ile étoit de mes amis, et tout à fait à portée de tout avec moi. Je trouvai dans les paquets que le courrier m'apporta une longue lettre de lui, qui étoit la paraphrase de celle du cardinal Dubois dont je viens de parler* Mais Belle-Ile, qui ne vouloit pas apparemment que je m'y méprisse, la commença par me dire qu'il m'avoit écrit le matin même, ds^s le paquet de Mme de Saint- &imon, sans détail, pour ne pas confier des choses si importantes à la poste ; mais que la conversation qu'il avoit eue le soir avec le cardinal Dubois et Le Blanc, où il avoit été résolu de m'envoyer un courrier exprès, l'engageoit à m'écrire celle qu'il m'envoyoit par cette voie sûre; et de là entre dans le détail de ce qui s'est passé sur la préséance des cardinaux et la sortie du conseil de ceux qui s'en tinrent blessés; de là entre dans celui de la cabale qui veut culbuter M. le duc d'Orléans et sou gouvernement ; l'arrange , l'organise , nomme le duc de Noailles et CaniUac comme les vrais chefs , et le maréchal de Villeroy , qui se persuade Têtre; l'entraînement du chancelier par Noailles; distingue ceux qui, de bonne foi, ne pensent. pas plus loin que la ^éséance, d'avec ceux qui de tout temps, effectivement plus que suspects, ont pris feu sur une apparence de rang qui ne les touche guère , mais qui , ennemis de tout temps du régent , ou dépités de se voir si reculés de toutes parts au gouvernement, n'ont de vues, de desseins et de projets que de le renverser. Il appelle leur absence du conseil lever le masque , et un at^ tentât authentique à l'autorité du rûi \ dit que le régent en est extré-

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