‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 151 sur 200 · REMARQUES SUR LA LETTRE · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR LA LETTRE

memeut piqué, et résolu à une fermeté inébranlable. Il prête toutes sortes de discours qui marquent les desseins pour la majorité. Il vient après me dire qu'il comprend l'embarras où je me serois trouté , dans cette cause commune, avec mon attachement pour M. le duc d'Orléans; à la joie de mon absence dans cette conjoncture ; et à me conjurer d'être en garde sur tout ce qui me sera mandé ; de ne pas douter de la réalité et du danger de la cabale , et de ne pas prendre un périlleux change làdessus. Il se jette ensuite sur des arrangements pris avec le parlement pour éloigner à la majorité M. le duc d'Orléans du gouvernement et pour renvoyer l'infante , et sur des discours imprudents qui ne le ca> chent pas; enfin, qu'on saura bien faire entendre au roi d'Espagne combien la continuation de son union personnelle avec M. le duc d'Orléans , brouillé sans retour avec tous les grands et tous les personnages du royaume, lui seroit nuisible, et combien il lui importe de se détacher de l'un et de s'attacher les autres.

De là Belle-Ile vint à l'importance de prévenir incontinent le roi d'Espagne là-dessus , à quoi je ne saurois marquer trop de z^e et employer trop de dextérité ; surtout lui bien peindre les chefs de la cabale et ses acteurs principaux, les lui nommer en confiance, surtout les plus opposés à tout ce qui s'est fait pour l'infante , et les plus capables de faire jouer toutes sortes de ressorts pour rompre son mariage et pour la renvoyer; enfin, lui vanter la fermeté de M. le duc d'Orléans en cette occasion; lui persuader qu'il est plus en état que jamais d^ètre utile à Leurs Majestés Catholiques et d'exécuter tout ce qu'[elles] pourront désirer. Il m'exhorte avec louange d'employer tout mon bien dire et tout m%n savoir faire pour cimenter et.afiermir de plus en plus l'union et le crédit de M. le duc d'Orléans avec le roi et la reine d'Espagne, et me dit franchement que c'est après mûre délibération que le cardinal me dépêche ce courrier. Belle-Ile ajoute ensuite que le chef de cette cabale est le chef des jansénistes^ duquel l'objet est ég&lement la destruction de la religion, de M. le duc d'Orléans, de ses serviteurs, dont je suis l'un des plus intimes; qu'ainsi tout doit m'engager à concourir dans les vues du cardinal Dubois pour faire avorter leurs desseins, et pour éloigner à jamais du gouvernement gens qui me sont personnellement opposés. Il me dit ensuite ^ue son attachement pour moi, et la parV qu'Û a eue à me raccommoder avec le cardinal Dubois en dernier Heu , l'engageait à me parler comme il fait , lequel , malgré toute l'opposition qu'il sait que j'ai pour la préséance des cardinaux, m'avoit extrêmement désiré présent dans cette occasion importante , parce qu'il ' s'y agit de toute l'autorité de M. le duc d'Orléans , à laquelle j'ai,dit-)], plus de part que personne. Belle-Ile me pique d'honneur sur le soin et le plaisir que je pendrai à prévenir le roi d'Espagne sur ce venin qu'on voudroit répandre dans son esprit contre M. le duc d'Orléans, et me dit qu'après un service si important à Son Altesse Royale et à moi-même , et après que j'aurai accrédité et mis au fait Chavigny , rien ne sera plus pressé que mon retour. Il finit par m'assurer qu'il est convaincu que lorsque j'aurai vu les choses de près je n'y prendrai jamais de part et serai ravi d'avoir été absent; enfin des compliments.

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