SUPERBE ET RICHE CHARTREUSE
nir autant de sucs quMl en faudra pour la nourriture des racines et des arbres, qui dépériront et ftiourront en peu d'années.
Je ne yis aucun projet de cour ni d'entrée. Us me dirent que les deux extrémités du jardin et le bas de cette petite hauteur, qui monte à la plaine de Ségovie , se fermeroient le long 4^3 jardins aveo un pavillon pour porte à chacun des deux bouts; qu'on entreroit toujours par où nous étions Tenus , et qu'un pavé étroit en rue feroit toute la séparation entre le chÀteau et les jardins. La plus proche maison d'autour du château étoit une méchante maison de garde-chasse, qui en étoit à une demi-lieue , et nulle autre que beaucoup plus loin , ce qui charmoit le roi d'Espagne en effet, dont la reine faisoit aussi le semblant. J'eus rbonneur , et ce qui étoit venu aveo moi , de suivre Leurs Majestés Catholiques partout , qui se promenèrent d'abord dans la maison , et après dans les jardins toute la journée sans se reposer, qu'elles prirent plaisir à me faire voir , et moi à leur faire ma cour en admirant tant de beautés et tant de miracles d'eaux, qui en effet sont uniques. La conversation se soutint pendant toute la promenade, où ces seigneurs espagnols et Valouse entroient fort aussi , (et] où la reine étoit toujours charmante. Le roi s'y mêla quelquefois. Ils firent l'honneur de parler aussi à ceux qui étoient avec tnoi, et s'amusèrent fort à donner leurs ordres et à se faire rendre compte par ceux qui avoient le principal soin des bâtiments, jardins, etc., sous la direction du duc del Aroo, gouverneur du lieu, par lequel tout passoit.
Dans cette promenade, le courrier qui m'étolt arrivé se présenta sur leur passage. Je l'avois amené pour l'expédier de Ségovie , qui est presque sur le chemin de Madrid à Rayonne. C'étoit Bannière , si fort en réputation par le nombre et la promptitude de ses courses , et qui étoit fort connu du roi et de la reine par toutes celles qu'il avoit faites à l'occasion des deux mariages, tellement que Leurs Majestés l'appelèrent et lui parlèrent assez longtemps. J'appris qu'au revers de c^tte ohatne de montagnes , et presque vis-â-vis des jardins qu'elle bornoit , étoit une superbe et vaste chartreuse, de plus de cent mille écus de rente, dont le principal revenu étoit des laines fines de leurs immenses troupeaux. Leurs Majestés Catholiques y alloient quelquefois sans y coucher que rarement. Elles et leur suite y étoient parfaitement défirayées. Mais la chère ne pou voit être bonne dans un pays sans poisson et presque sans légumes. A l'égard de leurs laines, j'en vis les manufactures à Ségovie, qui me parurent peu de chose et fort tombées de leur ancienne r^utation. La fin du jour approchant termina le voyage.
En arrivant i Balsaïm, le roi m'ordonna de monter et de le suivre dans sa chambre. Là , en tiers avec lui et la reine , ils me demandèrent si j'élois pressé de renvoyer Bannière , et ^ue , si je pouvols attendre des paquets dont ils avoient envie de le charger, je leur ferois plaisir. Je" répondis qu'il n'y avoit rien de pressé, mais que, quand je le serols, leur ordre me sufflroit pour différer aussi longtemps qu'il leur plairoit. Je pris congé d'eux, et fis après mes remercîments à ces seigneurs, surtout au duc del Arco , dont les soins , les prévenances , la politesse n'avoient rien oubUé. Il me fournit la même voiture et des montures de la