LON& ENTRETIEN
berté sur ces mêmes choses , et me blftmeroit aigrement de me chaîner d'une pareille commission ; qu'ainsi je le suppliois de détourner le roi d'Espagne de me la proposer, parce que j'aurois la douleur de ne la pouvoir accepter. Le P. Daubenton se rendit tout court à ces raisons , qu'il trouva ou qu'il fit semblant de trouver bonnes. Jamais le roi d'Espagne ne m'en a ouvert la bouche ni parlé de rien d'approchant, ni le P. Daubenton depuis. » Le cardinal balbutia entre ses dents je ne sais quoi qu'il n'achevoit pas de prononcer , et M. le duc d'Orléans , qui jusque-là l'avoit laissé parler là-dessus et moi lui répondre , se mit à rire et à me dire : « Oh bien ! donc, tout ce que nous vous demandons (je remarquai bien ce nous de communauté avec le cardinal) , c'est que vous ne nous démentiez pas ; car nous avons dit à tout le monde que c'étoit aux pressantes instances du roi d'Espagne que nous avions donné au roi un confesseur jésuite. » Je me mis aussi à rire, et lui répondis que tout ce que je pouvois pour son service, si on m'en parloit dans le monde, seroit de faire le plat important, et de payer de silence pour ne les point démentir et pour ne point mentir. Puis m'adressant au cardinal , je lui dis qu'il avoit toutes mes dépêches; que, pour en avoir le cœur net, il prit la peine de les visiter, et qu'il n'y trouveroit que le fait d'un jésuite pour l'infante , et pas un mot pour le confesseur du roi. Le saint prélat le sa voit de reste; il se mit à rire aussi, mais du bout des dents; me dit qu'il se rappeloit la chose , qu'elle étoit telle que je la leur disois , mais qu'il étoit important de la tenir secrète, et que je ne me laissasse pas entamer là-dessus.
Cette conversation, qui dura près de deux heures, finit le mieux du monde; mais, jointe à celle que j'avois eue le matin à Ghastres avec Belle -Ile, ne me mit pas bien dans les bonnes grâces du cardinal Dubois , qui toutefois n'osa en rien faire paroître. Elle finit par la permission que je demandai au régent de me démettre de ma pairie à mon fils aîné. Je ne trouvois pas convenable que , destiné par son aînesse à être dite et pair, il n'en eût pas le rang, tandis que je l'avois acquis à son cadet par la grandesse.
Du Palais-Royal j'allai aux Tuileries faire ma révérence au roi, à son souper, à la. fin duquel je lui demandai la même permission. Je m'en retournai de là chez moi , où je le dis à mon fils aîné , qui prit le nom de duc de Ruffec. Je lui fis en même temps présent des pierreries qui environnoient le portrait du r:i d'Espagne, que le marquis de Grimaldo ro'avoit apporté de sa part l'après-dînée de mon audience de congé. Elles furent estimées quatre-vingt mille livres par les premiers joailliers de Paris. C'étoit le plus riche présent qui en eût été fait en Espagne à aucun ambassadeur. Je me plus à en faire faire une magnifique Toison à mon fils.
Il fallut se livrer pendant plusieurs jours aux visites passives et actives. Toutefois je me hâtai d'aller voir le cardinal de Noailles. Je ne voulois pas qu'il fût la dupe de la demande prétendue du roi d'Espagne d^un confesseur jésuite pour le roi. Je lui fis confidence , sous le secret, de ce qui s'étoit passé là -dessus, au Palais -Royal, entre le régent, le cardinal Dubois et moi. Je fis aussi la même confidence, et sous £9 même
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Mcret, à Fétêque de Fréjos et au maréchal de Viljieroy, qui. s'étoient opposés de toutes leurs forces à un confesseur jésuite , malgré Tensorcellement de la constitution. Ils furent fort sensibles à cette confidence, que je crus nécessaire, et m'en ont toujours gardé le secret. Du reste, je fus fidèle à ne me laisser entendre là -dessus à personne, et à payer les questions de silence. G'étoit la condition remplie par Dubois à l'égard des jésuites du concours qu'il en avoit obtenu pour son chapeau. Je pris le preipier jour du conseil de régence et le temps de sa» tenue pour ?isi ter tous ceux qui en étoient sortis. Cette affectation fut fort remarquée, comme c'étoit bien aussi mon dessein. Je sus que le maréchal de Villerof , qui s'étoit conservé d'y assister, mais derrière le roi, sans opiner ni y prendra la moindre part, avoit envoyé yoir dans la cour des Tuileries si mon carrosse y éteit. Il ne put s'empêcher de me témoigner sa Joie de ce que je n'étois pas rentré au conseil. Je lui répondis froidement qu'il ne me connoissoit guère s'il m'en avoit pu soupçonner. Six jours après mon. arrivée j'en allai passer trois à Fresnes. Cette visite fît grand bruit , et fit au chancelier un plaisir, sensible, tant qu'il y fut je l'y allai voir au moins deux fois l'année. Faisons maintenant une pause, et rétrogradons pour voir ce qui s'étoit passé hors de l'Espagne depuis le commencement de cette antiée.