JE M*OPPOSE À L*EXIL DU DUC DE MO AILLES
il me craigaoit pour sa déclaration de premier ministre; il Tooloit également m'écarter des affaires et me ménager, tellement qu'il m'accabloit de gentillesses toutes les fois que je le rençontrois, et s'y surpassoit quand le hasard me faisoit trouver en tiers avec M. le duc d'Orléans et lui, tant pour me cajoler que pour persuader à ce prince qu'il n'oublioit rien pour être bien avec moi, m'embarrasser par là à résister aux choses qu^il entreprenoit, et affoiblir ce que je pourrois dire contre lui à M. le duc d'Orléans , sur les choses où nous ne nous trouverions pas du même avis.
Il s'en présenta bientôt une : ce fut l'exil du duc de Noaiiles, dont il n'osa pas me parler; mais M. le duc d'Orléans me le dit comme une chose dont on le pressoit. Je lui demandai là propos de quoi cet exil, et il ne put me rien alléguer que de vague et de ce fantôme de cabale. Je lui répondis qu'à ce dernier égard, où, depuis mon retour, je n'avoir I^u apercevoir rien de réel, je ne voyois pas pourquoi l'exiler plutôt que les autres; qu'il s'étoit contenté jusqu'alors de l'exil du chancelier, qui étoit bien assez éclatant, et dont, à maints égards, il auroit bien pu se passer; qu'y revenir sur d'autres sans cause nouvelle et connue, c'étoit mmitrerun bâton levé sur les maréchaux de Yillars, d'Estrées, Tallard, Huxelles , même sur le maréchal de YiUeroy , qui étoient en personnages les principaux de ceux qui étoient sortis du conseil , et qu'on lui donnoit avec le duc de Noailles pour les prétendus chefs de la prétendue cabale ; que d'effaroucher tant de gens considérables , considérés et si grandement établis, je n'en voyois que du mal à attendre, et aucun bien à espérer; et qu'à l'égard du duc de Noailles, il étoit, à mon avis, de ceux qu'il ne falloit jamais bistoumer * pour quelque cause que ce pût être, mais le laisser entier ou l'écraser à forfait; qu'écraser un homme, lui et tous les siens, si grandement établi, et qui avoit eu si longtemps sa confiance et toutes les finances entre les mains, je n'y voyois ni justice ni possibilité, sans crime qui pût être clairement démontré, et tel que ce fût grâce que de ne pas [le] faire traiter juridiquement par les formes; qu'im exilé, surtout de sa sorte, ne pourrissoit pas exilé; qu'on touchoit à la majorité ; que , de retour , sa charge de capitaine des gardes l'approcheroit nécessairement du roi; qu'il n'oublieroit ni fadeurs, ni bassesses, ni fertilité d'esprit pour se l'apprivoiser, se familiariser, se rendre agréable, se donner un crédit immédiat, se rallier les mécontents de la régence , qui approcheroient le roi par leurs emplois ou par leur industrie ; et qu'alors Son Altesse Royale auroit tout lieu de se repentir de s'être fait Inutilement un ennemi du duc de Noailles., et de l'avoir laissé en état et en moyens de s'en ressentir, rajoutai que, quand je m'o^^osois à l'exil du duc de Noailles , ma voix en valoit bien une douzaine d'autres dans la situation, publique où j'étois avec lui.
Cette proposition d'exil balança huit jours, pendant lesquels le cardinal me détachoit sans cesse Belle-Ile pour m'exorciser par ma haine et par mon intérêt, et me dire ce que le cardinal n'osoit lui-même , pour n'avoir pas à se fâcher de la persévérance de mon opposition. Elle l'em-