ENFIN INUTILEMENT
porta toutefois et m'indisposa le cardinal de plus en* plus. Mais je ne pus me résoudre de servir ses 'projets ni ma haine aux dépens de ii. le duc d'Orléans. Cette suspension d'exil ne fut pas longue.
Cinq semaines ou environ après, que je pensois qu'il n'en fût plus question du tout , j'allai au Palais-Eoyal (car de Meudon , que j'habitois , je voyois M. le duc d'Orléans à Versailles et à Paris, quand il y étoit, les jours destinés par moi à le voir) , et je trouvai La Yrillière seul dans la petite galerie avant son petit cabinet, laquelle étoit toujours vide, et on attendoit dans la pièce qui la précédoit. Surpris de le voir là et encore plus de l'heure qui n'étoit pas la sienne, je lui demandai ce qu'il y faisoit. Il me dit qu'il avoit un mot à dire à M. le duc d'Orléans. J'entrai tout de suite dans le cabinet où il étoit seul , avec l'air assez embarrassé. Je lui demandai ce qu'il y avoit, que La Yrillière étoit dans la petite galerie. «C'est pour fondre la cloche, me répondit-il. — Comment? dis-je, quelle cloche? — L'exil du duc de Noailles, reprit- il. — Comment, lui dis-je, après [avoir] senti et goûté 'la force de tout ce que je vous ai représenté là-dessus I En vérité , monsieur , vous n'y pensez pas. » Et tout de suite je repris les principales raisons. Nous étions debout. Alors il se mit. à se promener, la tête basse, par ce cabinet, quoique fort petit, comme il faisoit toujours quand il se trouvoit debout et embarrassé de quelque chose. Cette promenade et mon discours, avec peu de répliques de sa part et foibles, dura un bon quart d'heure. Le silence succéda , pendant lequel il se mit le nez tout contre les vitres de la fenêtre , puis , séjournant à moi , me dit tristement : ^ Le vin est tiré, il faut le boire. » Je vis quil àvoit combattu, qu'il sentoit que j'avois raison, mais qu'il craignoit le cardinal, qui lui avoit arraché la chose. Je haussai les épaules et baissai la tête , en lui disant qu'il étoit le maître, que je souhaitois qu'il s'en trouvât bien. Là-dessus il alla ouvrir la porte de son cabinet , appela La Yrillière , lui parla quelques moments , presque dans la porte. L'affaire fut ainsi consommée , et le duc de Noailles eut son ordre le soir même, partit le lendemain matin, et s'en alla dans ses terres , près du vicomte de Turenne , où il fit le béat , porta chape aux processions et aux lutrins de ses paroisses, et se fît moquer de lui là et à Paris , où on le sut , et où , pour mieux faire sa cour au régent, il entretenoit une comédienne depuis le commencement de la régence, après avoir dit son bréviaire, fait les carêmes, et fréquenté les saints de la chapelle assidûment depuis son retour d'Espagne jusqu'à la mort du feu roi, pour se raccommoder avec lui et avec sa tante de Haintenon , à quoi il ne put réussir. •
Défait du duc de Noailles , le cardinal Dubois , qui ne pouvoit avoir la même prise sur le maréchal de Yilleroy , n'oublia rien pour le gagner. Quelque justement perdu qu'il fût dans l'esprit de M. le duc d'Orléans , il lui imposoit toujours par habitude de jeunesse; et, comme il étoit fat jusqu'au point de se croire invulnérable et de s'«n vanter, il se piquoit de ne rien craindre, et, pour s'en mieux parer, il tenoit souvent des propos fort hardis au régent , qu'il paraphrasoit au double au public , où le cardinal Dubois n'étoit pas ménagé. Je viens de parler de sa fatuité ; il en venoit de donner un rare spectacle à Paris. La fête du saint-sacre- SAinr-SiMOif xn 17