BASSESSE DU CARDINAL DUBOIS. [173S
ment arriva cette année le 4 juin , et le roi n'alla à Versailles s'établir que ie 15. Il reconduisit la procession du saint-sacrement, Tenue à la chapelle des Tuileries, jusqu'à Saint-Germain l'Auxerrois où il entendit la grand'messe. Le maréchal de Yilleroy, à qui la goutte ne permettoit ^uère de marcher sur le pavé des rues, ne erut pas devoir perdre le roi 46 vue, depuis les Tuileries jusqu'à sa paroisse» quoique environné de sa cour et de ses gardes, et adoré alors à Paris ^ ni perdre une si belle occasion de se donner en spectacle ; il monta le plus petit bidet qu'il put trouver, sur lequel il suivit le roi pas à pas , et se fit admirer de la populace et moquer par tout ce qui accompagna le rei. Ge Aaréchal étoit donc Un véritable fléau pour le cardinal Dubois, sUi* leqtlel ni crainte, ni prudence , ni bienséance même n'avoient aucune prise. Il ne pouvoil souffrir l'autorité que le cardinal Dubois avoit prise dans les affaires « si supporter le rang, l'état et la préséance d'un homme qu'il avoit tu bî longtemps ramper dans l'antichambre du chevalier de Lorraine, et qu'il croyoit combler alors d'un léger signe de tête en passante II n'y eut dono rien que le cardinal Dubois ne fit pour arrêter une langue si accablante à force de soumissions. Il se mit presque à. ses genoux , il le supplia de trouver bon qu'il lui apportât son portefeuille tous les jours, entrer dans tout ce qu'il y auroit de plus secret , le conduira et le rectifie^ par ses lumières.
Tout vain et tout borné que fût le Hiaréchal de ViJleroy, le long usage du grand monde et de la cour, et la connoissanoe qu'il avoit de longue main du cardinal Dubois lui en atoit assez appris pour ne pas compter beaucoup sur de si grandes offres, ni pour croire qu'un homme deoo caractère , qui dominoit le régent, pût s'accomtnoder sérieusement dé se mettre en brassière sous lai. D'ailleurs , les chimères du maréchal ntf pouvoient s'accommoder d'entrer en part du gouvernement de M. le duo d'Orléans j elles étoiènt de fronder, de faire oonti-e^ d'être le chef et 1« ralliement des mécontents et des frondeurs, l'idole du peuple, l'amour du parlement', surtout l'hoomie unique à la vigilance duquel toute là France étoit redevable de la vie du roi. Etabli sur de si beaux principes, certain d'ailleurs de ne pouvoir être ébranlé depuis que, par deux fois, il se fut rassuré sur sa place, dont pourtant il ne m'avoit pu pardonner la frayeur , on peut juger du peu de succès des bassesses dtt cardinal Dubois , et combien elles gonflèrent la superbe et la morgue dé l'un, et augmentèrent le dépit et la rag6 de l'autre. Il les cacha tast qu'il pût , et redoubla d'efforts auprès de M. le duc d'Orléans pour lui faire chasser le maréchal de Villeroy. C'est où ils en éteient les quinse derniers jours de juin , qui furent les premiers quinie jours de l'étiîblissement de la cour à Versailles.
ta duchesse de Yentadour, en pleine et seule possession de l'itifante^ avec ce nouveau degré de faveur de sa survivance à sa petito-fllle, tira habilement sur le temps , et on fut tout étonné qu'il arrivât d'Espagne une grandesse au comte de La Mothe ^ fils du frère a!né du mâréshàl de La Mothe , père, de la duchesse de Yeiitadour ^ et des duchesSeS d'Aamont et de La Ferté. Une si heureuse fortune ie consola dU bàlOn de maréchal qu'on mouroit d'envie de lui donner^ et oomme oU Vé tu en
[l?2âj MORT DtT bttC DE MARLBOROUGH. Sst
son lieu , qu'il n'eut pas l'esprit de mériter. Il mourut en 1728 , à quatrevingt-cinq ans.
Plancy mourut au même âge , sans alliance ; le dernier des enfants de Guénégàud , sebrétaire d'État, après avoif sëfYl et fort ennuyé le inondé. Les ministres n'avoient pu encore parvenir à laisser leurs enfants revêtus de l'image et des charges des seigneurs.
Le pape , aecablé enfin par les troupes impériales qui désoloient l'fitat ecclésiastique ^ donna à l'empereur l'investiture du royaume de Naples et de Sieile dont il étoit en possession. L'Espagne éolata , mais il n'en fut autfe chose, sfnoti de se raccôibmodef après.
Le fatueui ttfârlborough mourut à Londres, le 2T Juiii, à ptès de soixante-quatorze ans , le plus riche particulier de l'Europe , mais sans postérité masculine. Sa sœur étoit mère du due de Berwick et l'avoit fait comte de Marlberough et capitaine des gardes du roi Jacques II d'Angletert*ei II étoit de petite noblesse et fort pauvre^ U se nommoit Jean Churchill j et il étoit devenu duô de MarlboroUgh, pair d'Angleterre , capitaine général des armées, grand nàaitre dé l'artillerie, colotiel du premier régiment des gardes , chevalier de l'ordre de la Jarretière et le ^liië hèùrëui capitAibe de àoti M6clé. Sa vie ^ sèé actiohs, séâ fortunes sont si coniiues qd'on s'eti taira ici. Sa victoii^e d*Hochstedt le fit prlrice de l'Empire et de Miiidelheim , iétté dont l'efliperèur lui fit présent eh înêmè temps. PdUr èh perpétuel* là ttiémôite, U a^oit feit bâtir en Angleterre un château ôuperbe auquel il donna le liom de Pleinthéim • , village où treiite-sii bataillons retranchés se rendirent â lui sans attendre d'attaque. Les hOhnèurâ de ses obsèques et leur magnificence égalèrent , à peu dé Chose près , célléè dés roi& d'Angleterre. Il fut inhumé â Westminster, dans la chapelle de Henri VII; mais cet honneur n'est pas rare en Angleterre. U y àVoit plus de troiâ ans qu'une aj)oplexie l'avoit tellement âflfolbli qu'il pleurolt presque sabs ôessè et n'étoit plus capable dé rien.
Le grand ttiâîtrè dg Malte , frère du cardinal Zondèdâri , mourut eh èe inémë temps , fort eëtimé et regretté dans son ordre. Antoine Manôel lui succéda , deÀ anciens bâtards dé Portugal.
La duchesse de Bouillon (Sitniane) mourut aussi â trente-UeUf ans à Paris.
Et l'épouse au prince Jacques ëobiéski, fil§ &!né du faiûeUt roi de Pologne. Elle étoit sœUr des électeurs de MâyénCe et palatin , de l'impératrice, înèrô des empereurs Joseph et Charles VI, dés reines douairières d'Espagne et de Portugal , et feère delà reine d'Angleterre , épouse du roi Jacques III , résidatit â Rome. Elle mourut sans postérité masculine à cinquante ans, dans les terres du prince Jacques Sobieski eh Siléôie.
4, Le noin est ainsi écrit dans Saint-Simon, ta forme ordiiiairement àdoiitée est Bleinheim ou Blindhéim.
388 EBCBARRAS DE DUBOIS. [1722]