LB MARÉCHAL DE VILLEROY
pousser plus loin cette conyersation. Et tout de suke fit au roi une profoùde réyérence et s*en alla.
Le maréchal, fort en colère, le conduisit quelques pas, marmottant et gesticulant sans que M. le duc d'Orléans fit semblant de le voir et de Tentendre, laissant le rpi étonné et le Fréjus riant tout bas dans ses barbes. Le hameçon si bien pris, on se douta que ce maréchal, tout audacieux qu'il étoit , mais toutefois bas et timide courtisan , sentiroit toute la différence de brayer et de bavarder, d'insulter le cardinal Dubois, odieux à tout le monde et sentant encore la vile coque dont il sortoit , d'avec celle d'avoir une telle prise , et en présence du roi , avec M. le duc d'Orléans , et de prétendre anéantir les droits et l'autorité du régent du royaume par les prétendus droits et autorité de sa place de gouverneur du roi , et par ses termes de répondre de sa personne , les appuyer ouvertement sur ce qu'il y a de plus injurieux. On n'y fut pas trompé. Moins de deux heures après, on sut que le maréchal, se van< tant de ce qu'il venoit de foire, avoit ajouté qu'il s'estimeroit bien malheureux que M. le duc d'Orléans pût croire qu'il eût voulu lui manquer, quand il n'a voit songé qu'à remplir son plus précieux devoir, et qu'il iroit chez lui dès le lendemain matin , pour en avoir un éclaircissement avec lui , dont il se flattoit bien que ce prince demeureroit content.
A tout hasard on avoit pris toutes les mesures nécessaires dès que le jour fut arrêté pour tendre le piège au maréchal. On n'eut donc qu'à leur donner leur dernière forme, dès qu'on sut, dès le soir même, que le maréchal viendroit s'enferrer. Au delà de la chambre à coucher de M. le duc d'Orléans étoit un grand et beau cabinet, à quatre grandes fenêtres sur le jardin, et de plain-pied, à deux marches près, deux en face en entrant , deux sur le côté , vis-à-vis de la cheminée , et toutes ces fenêtres s'ouvroient en portes , depuis le haut jusqu'au parquet. Ce cabinet faisoit le coin, où les gens de la cour attendoient, et en retour étoit un cabinet joignant , où M. le duc d'Orléans travailloit et faisoit entrer les gens les plus distingués ou favorisés qui avoient à lui parler. Le mot était donné. Artagnan , capitaine des mousquetaires gris , étoit dans cette pièce , qui savoit ce qui s'alloit exécuter , avec force officiers sûrs de sa compagnie, qu'il avoit fait venir, et d'anciens mousquetaires pour s!en servir au besoin , qui voyoient bien à ce préparatif qu'il s'agissoit de quelque chose , mais sans se douter de ce que ce seroit. Il y avoit aussi des chevau-légers répandus en dehors le long des fenêtres, et dans la même ignorance , et beaucoup d'offîciers principaux et autres de M. le duc d'Orléans, tant dans sa chambre à coucher que dans ce grand cabinet.
Tout cela bien ordonné , arriva sur le midi le maréchal de Yilleroy avec son fracas accoutumé, mais seul, sa chaise et ses gens restés au loin, hors la salle des gardes. Il entre en comédien, s'arrête, regarde, fait quelques pas. Sous prétexte de civilité, on s'attroupe auprès de lui, on l'environne. Il demande d'un ton d'autorité ce que fait M. le duo d'Orléans. On lui répond qu'il est enfermé et qu'il travaille. Le maréchal élève le ton, dit qu'il faut pourtant qu'il le voie, qu'il va entrer, et dans cet instant qu'il s'avance, La Fare, capitaine des gardes de