IMPATIENCE DE LEURS MAJESTÉS
excellente. Il étoit venu accompagné d'officiers une lievip au-devant de nous. J'étois dès lors monté à cheval. L'artillerie, les compliments, il fallut essuyer cela comme à Bordeaux, et, pour ne le pas répéter, ce fut la même chose au retour , excepté à Blaye où je le défendis. Dreuil- Ict , évêque de Bayonne , me vint voir , puis dîner avec nous et ce qu'il y avoit de -plus principal dans la ville, mais en fort petit nombre. Je fus le lendemain chez ce prélat qui étoit pieux , savant , et toutefois de bonne compagnie , et parfaitement aimé dans son diocèse et dans tout le pays. raUai voir la citadelle, les forts, et tout ce qu'il y avoit qui méritât quelque curiosité.
Pecquet, qui avoit été longtemps premier commis de M. de Torcy, et qui, pour dire le vrai, avoit fait toutes les affaires étrangères tant que le maréchal d'Huxelles les avoit eues, m'avoit prié que son fils vînt en Espagne et fût chez moi , et il avoit pris les devants quelques jours auparavant. Je trouvai un courrier de Sartine arrivé à Bayonne une heure avant moi. Sartine me mandoit du 5 , à onze heures du soir, que le roi d'Espagne, ayant appris que Pecquet étoit arrivé la veille, étoit très-fâché de mon retardement, d'où résultoit celui de l'échange des princesses qui essuieroient le plus mauvais temps de l'hiver. Que Leurs Majestés Catholiques n'attendoient que mon arrivée pour se mettre en chemin pour Burgos, jusqu'où elles avoient résolu de conduire l'infante, et qu'elles désiroient extrêmement que je pressasse ma marche. Sartine tâcha inutilement de les détourner de ce voyage. Il ajouta de lui-même q.ue Leurs Majestés Catholiques seroient sensiblement mortifiées , si le départ de Mlle de Montpensier se retardoit d'un moment du jour fixé, et que le marquis de Grimaldo lui envoyoit à l'heure qu'il m'écrivoit un courrier par ordre du roi d'Espagne pour me le dépêcher et apporter ma réponse.
Je répondis à Sartine que je le priois de représenter à Leurs Majestés Catholiques que de ma part je n'avois rien oublié ni n'oublierois pour hâter mon voyage. Que les circonstances des précautions à l'égard de la peste avoient empêché mes équipages de passer ni rien pu faire préparer sur la route pour la diligenter, parce que les passe-ports d'Espagne n'étoient arrivés que le 29 du mois dernier , et que ces passe-ports étant pour le chemin qui passe à Vittoria , plus long que celui de Pampelune , que je voulois prendre, me retardoient encore; qu'au surplus mon arrivée à Madrid plus pu moins avancée ne pouvoit rien influer sur le départ de Mlle de Montpensier fixé au 15 de ce mois ; que tout le désir du roi , et de M. le duc d'Orléans de l'avancer étoit inutÛe , par l'impossibilité que les préparatifs pussent être prêts plus tôt. Que de Paris à la frontière elle mettroit cinquante jours par la difficulté des chemins et la quantité d'équipages, d'où il résultoit que de Madrid â la frontière, le chemin étant plus court d'un tiers, l'infante ne pouvoit être pressée de partir pour arriver juste au lieu de l'échange, et que, par conséquent, j'aurois tout le temps nécessaire pour m'acquitter de toutes les fonctions préalables à son départ, qui n'en pourra être retardé d'un seul moment.
Le 9 , lendemain de mon arrivée à Bayonne , j'envoyai faire compliment â la duchesse de Linarez , camarera-mayor de la reine douairière