AUDIENCE DS LA HEINE DOUAIRIÈHE
d'Espagne ) et la prier de lui demander audience, pour moi, pour Faprès-dînée. Je reçus en réponse un compliment de la reine* Ses carrosses vinrent me prendre et me conduisirent chez elle : yéritablement je fus étonné en y arrivant. Elle s'étoit retirée depuis assez longtemps dans une maison de campagne fort proche de la ville qui n'avoit que deux fenêtres de face sur une petite cour et guère plus de profondeur. De la cour, je traversai un petit passage et j'entrai dans une pièce plus longue que large , très-communément meublée « qui avoit vue sur un beau et grand jardin. Je trouvai la reine qui m'attendoit, accompagnée de la duchesse de Linarez et de très-peu de personnes. Je lui fis le compliment du roi et lui présentai sa lettre : on ne peut répondre plus poliment qu'elle fit à l'égard du roi , ni avec plus de bonté pour moi. La conversation fut sur la joie des mariages , le temps de l'échange et sur mon voyage. Elle étoit debout, sans siège derrière elle; je ne me couvris point , et n'en fis pas même le semblant. La duchesse de Linarez et d'Adoncourt entrèrent seuls un peu dans la conversation. Je lui présentai mes enfants et ces messieurs qui étoient avec moi à qui elle dit quelque chose , cherchant à leur parler à tous avec un air d'attention et de bonté et en fort bon françois. Elle étoit fort grande , droite , très-bien faite, de grand air, de bonne mine, qui laissoit voir qu'elle avoit eu de la beautés Elle me demanda beaucoup des nouvelles de Madame. Tout son habillement étoit noir et sa coiffure avec un voile , mais qui montroit des cheveux , et sa taille paroissoit aussi. Ce vêtement n'étoit ni françois ni espagnol, avec une longue queue dont la, duchesse de Linarez tenoit le bout, mais fort lâche. C'étoit un habit de veuve, mais mitigé avec une longue et large attache devant le haut du corps, de très> beaux diamants. Pour la duchesse de Linarez, son habit m'effraya : il étoit tout à fait de veuve et ressembloit en tout à celui d'une religieuse. Je ne dois pas oublier que je présentai aussi à la reine les compliments et une lettre de M. le duc d'Orléans , à quoi elle répondit avec une grande politesse.
Au sortir de l'audience , elle me fit inviter à dîner, pour le lendemain , dans une maison de Bayonne où le gros de ses officiers demeuroit et où elle a aussi logé. J'y allai , sur l'exemple du comte de San Estevan del Puerto , allant au congrès de Cambrai , et tout à l'heure , du duc d'Oasone venant de France. Le sieur de Bruges , qui étoit chef dé la maison de la reine douairière , fit les honneurs du festin très -bon et très-jnagnifique , où se trouva l'évêque de Bayonne , d'Adoncourt , et tout ce qui m'accompagnoit de principal, i'ewi une seconde audience de la reine pour la remercier du repas et prendre congé d'elle. La conversation fut plus longue et plus familière que la première fois ; elle finit par m'exposer le très-triste état où eUe se trouvoit, faute de tout payement d'Espagne depuis des années , et me prier d'en parler à Leurs Majestés Catholiques et de lui procurer quelque secours sur ce qui lui étoit si considérablement dû.
J'appris d'Adoncourt plusieurs petits détails touchant les efforts tentés à Paris et à la cour pour faire différer les mariages dans la vue de profiter de ce délai pour tâcher de les rompre , mais qui ne me donnèrent