‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 182 sur 200 · I . Depuis le berceau · texte numérisé non relu

I . Depuis le berceau

C17âS] DE M. LE DUC D'ORLÉAKS. 416

comme ayant tout dit et attendant ce qui sortiroit de ce silence après une telle conversation. Enfin il se remit à son bureau à sa place ordinaire j et moi vis-à-vis de lui assis , lui , comme d'abord , SQS coudes sur le bureau , sa tête fort basse entre ses deux mains.

Il -demeura plus • d'un „demi'qMart d'heure de la sorte, sans remuer, suns ouvrir la bouche ni moi non plus qui n'ôtois pas les yeux de dèsans lui. Cela finit par soulever sa tête sans remuer d'ailleurs, l'avancer T«r8 moi et me dire d'une voix basse , foible , honteuse , avec un regard qui ne l'étoit pas moins : « Mais pourquoi attendre et ne le pas déclarer tout à l'heure? » Tel fut le fruit de cette conversation. Je m'écriai : a Ahl monsieur, quelle parole! Qui est-ce qui vous presse si fort? N'y aérez- vous pas toujours à temps? donnezrvous au moins le temps de la réflexion à tout ce que nous venons de dire, et à moi de vous expliquer pé que c'est qu'un premier ministre et le prince qui le fait. » Il remit doucement sa tête entre ses deux mains sans répondre une seule parole. Quoique atterré d'une résolution si prompte après ce que lui-même avoit dit des degrés et de l'ambition du cardinal Dubois , je sentis que le salut de la chose , si tant étoit qu'il se pût espérer , n'étoit plus dans les raisons d'opposition, qui étoient toutes épuisées, mais uniquement dans le délai. 11 fut court, car après un peu de silence, il se leva et me dit : « Ho 1 bien donc , revenez ici demain à trois heures précises raisonner encore de cela, et nous en aurons tout le temps. » Je pris les papiers que j'avois à reprendre et je sortis. Il courut après moi et me rappela pour me dire : « Au moins , demain à trois heures ; je vous prie , n'y manquez pas, » et referma la porte. Je fus surpris de retrouver Belle-Ile en embuscade où je Tavois laissé en entrant , et qui avoit eu la patience d'y persévérer plus de deux grosses heures à m'attendre. Il me suivit pour me demander si cela étoit fait. Je lui dis que la conversation s'étoit étendue sur plusieurs matières, dont quelques-unes m'a voient conduit à tâter le pavé , que je l'avois trouvé assez bon ; mais qu'il connoissoit M. le duc d'Orléans soupçonneux, et qui n'aimoit pas à conclure ni à être pressé ; qUe je reviendrois le lendemain où je verrois ce qui se pourroit faire , sans toutefois lui répondre de rien. Je répondis de la sorte à Belle-Ile , parce qu'il avoit vu M. le duc d'Orléans me rappeler , ^ qu'il avoit pu entendre Tordre qu'il me donnoit de revenir le lendemain ; que ce retour enfin ne pourroit être ignoré de lui ni du cardinal Dubois , trop alerte pour n'être pas informé avec précision de tous les moments de M. le duc d'Orléans dans une telle crise, et que la cachotterie eût été également inutile et préjudiciable à moi, qui voulois aller au bien, mais garder avec eux des mesures. D'ailleurs ma réponse fut en des termes qui ne pouvoient blesser le cardinal.

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