‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 183 sur 200 · AUTRE CONVERSATION [ITS^V · texte numérisé non relu

AUTRE CONVERSATION [ITS^V

an preaàet miniitre. — Quel est le prince qui fait un premier ministre. '— Embuscade de Belle-IIe. — Le cardinal Dubois déclaré premier minisire. — > Il me le mande et yeut me Taire accroire qu'il m'en a l'obligation, et n'oublie rien pour en persuader le public. — Couches ; quel. — Je vais le lendemain à Versailles , où je vois le cardinal Dubois chez M. le duc d'Orléans. — Indignité des Rohan. — Épisode nécessaire. — Plénœuf , sa femme et sa fille, depuis marquise de Prie, et maîtresse déclarée de M. le Duc. — Infamie du marquis de Prie. *- Liaison intime de Belle-lie et 4e Le Blanc entre eux et avec Mme de Plénœuf. — Elle leur attire la haine, puis la persécution de Mme de Prie et de M. le Duc. — Le cardinal Dubois, fort avancé dans son projet d'élaguer * entièrement M. le duc d'Orléans , se propose de perdre Le Blanc et peut-être Belle-Ile. — Conduite qu'il y tient.

— Désordre des affaires de La Joncfaère, trésorier de l'extraordinaire des guerres, dévoué é M. Le Blanc. — Belle-Ile toujours mal avec M. le due d'Orléans. — Mariage ftilur de Mlle de Beaujolois avec l'infant don Carlos, déclaré. — Mariage du prince électoral de Bavière avec une archi-ducbesse, Joséphine. — Fort pour amuser le roi. — Mort de Ruffé. — Étrange licence en France. — Mort de Dacier. — Érudition profonde de sa femme , et sa modestie. — Mort , fkmille et caractère de la duchesse de Luynes (Aligre).

— Mort de Beynoid. — Mariage de Pezé arec une fille du premier écuyer. '

Le lendemain, 22 août, je vins au rendez-vous , et je trouvai encore Belle- Ile dans ce grand cabinet , qui m'attendoit au passage , et qui me pressa de finir l'affaire du cardinal; je payai de mine et d'empressement d'entrer dans le cabinet de M. le duc d'Orléans, que j'y trouvai seul, qui s'y promenoit avec l'air plus dégagé que la veille. « Eh bien I me dit-il d'abordée , qu'avons-nous encore à dire sur l'affaire d'hier? Il me semble que tout est dit , et qu'il n'y a plus qu'à déclarer dès tout à l'heure le premier ministre. » Je reculai deux pas et je lui dis que pour chose de telle importance , c'étoit là un conseil bientôt pris. Il répendit qu'il y avoit bien pensé , que tout ce que je lui avois dit là-dessus lui étolt fort présent; mais qu'au bout, il étoit crevé d'affaires tout le jour, d'ennui tous les soirs , de persécutions du cardinal Dubois^ à tous les moments.

Je repris que cette dernière raison étoit la plus puissante ; que je ne m'étonnois pas de l'empressement du cardinal , mais beaucoup de son succès sur lui qui étoit si soupçonneux; que je le suppliois de se bien représenter deux choses : la première , que pour le soulagement des affaires et la liberté d'aller, tant qu'il voudroit, chercher l'Opéra et ses soupers à Paris, il pouvoit en jouir tant que bon lui sembleroit, parce que le cardinal jouissoit si pleinement 'et si ouvertement de la toutepuissance, et que tout le monde le voyoit et le sentoit si pleinement, qu'il n'y avoit plus qui que ce fût, François ou ministres étrangers, qui osât se jouer à aller directement à Son Altesse Royale , et qui ne fût bien convaincu, qu'affaire, justice ou grâces ne dépendît uniquement du cardinal , n'allât à lui , ne se tînt pour battu s'il le trouvoit contraire, sans oser tenter d'aller plus haut, demeurait sûr de ce qu'il demandoit s'il trouvoit le cardinal favorable, et le plus souvent s'en tenoit là, sans

-i. Isoler.

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que lui régent en entendit parler , ou que les gens ne venoient à lui que pour la forme, et lors seulement que le cardinal le leur prescrivjoit , ce qu'il leur ordonnoit aussi quelquefois dans des cas de refus , dans Tespérance de leur faire prendre le change et de se décharger du refus sur lui ; que je m'étonnois qu'il fût encore à s'apercevoir d'une chose si évidente qu'elle n'étoit ignorée de personne; et que moi-même, depuis mon retour d'Espagne, si j'avois à demander la moindre chose, et la plus facile et la plus raisonnable , pour moi ou pour quelque autre à Son Altesse Royale , je me garderois bien de lui eu parler sans m'être assuré du cardinal auparavant, et me tiendrois très-sûr du refus si j'alloîs droit à elle sans l'attache du cardinal , et au contraire , avec certitude morale de sa volonté que j'obtiendrois ce que je lui aurois présenté à demander. Que les choses étant à ce point d'autorité , et d'autorité affichée , je ne vôyois nul accroissement possible à l'exercice actuel qu'il en faisoit publiquement , par la déclaration ni par les patentes de premier ministre , ni plus de soulagement et de liberté que Son Altesse Royale en pouvoit prendre dès à présent sans cela ; mais que j'y apercevois pour le cardinal Dubois une différence à la vérité imperceptible à l'exercice actuel de sa toute-puissance , mais qui n'en étoit pas moins essentielle, et que c'étoit là la seconde chose sur laquelle je demandois à Son Altesse Royale toutes ses réflexions. C'est que , quelle que fût l'étendue et la plénitude actuelle du pouvoir qu'avoit saisi et qu'ezerçoit pleinement le cardinal Dubois, il ne laissoit pas de se trouyer , comme l'oiseau sur la branche , exposé à être congédié au premier instant que la volonté en prendroit à Son Altesse Royale , sans autre forme ni embarras que de le renvoyer, défaire dire aux ministres étrangers de ne se plus adresser à lui, et aux ministres et secrétaires d'Etat de cesser de recevoir et de lui plus demander d'ordres, et de lui plus rendre compte de rien ; et sans même ce très-peu de si courtes et si simples mesures, envoyer un secrétaire d'Etat lui porter l'ordre de s'en aller en son diocèse , prendre ou sceller ses papiers , et le faire partir sur-le-champ. Que quoique la patente enregistrée et la déclaration de premier ministre ne pût le parer de la chute , autre chose étoit de pouvoir être renvoyé en un instant comme je venois de montrer que cela se pouvoit toutefois et quantes, autre chose de ne le pouvoir que par des formes qui donnent du temps et des ressources , et moyen de se raccommoder et de faire jouer des ressorts dans l'intervalle, de dresser et de causer* une déclaration révocatoire . dont il pouvoit être averti , de l'envoyer au parlement, de l'y faire enregistrer. Je suppliai donc M. le duc d'Orléans de faire l'attention si nécessaire à cette différence d'un homme qui est maître de tout sans autre titre que la volonté de son mattre , exprimée par le seul usage dans lequel il l'autorise simplement de fait , ou qui le devient par titre exprès , par déclaration , par enregistrement.

Maurois bien ajouté à un autre qu'à M. le duc d'Orléans, de quel danger il étoit pour lui d'établir premier ministre en titre un homme

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