‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 190 sur 200 · DEPUIS MARQUISE DE PRIE · texte numérisé non relu

DEPUIS MARQUISE DE PRIE

ébloui des succès prodigieux que M. de Soubise gi^^t^A eus , prit le parti de rimiter , mais M. le Duc n'étoit pas Louis XIV , et ne menoit pas cette affaire sous l'apparent secret et sous la couverture de toutes les bienséances les plus précautionnées. C'est où ces deux femmes en étoient, lorsque je fus forcé par M. le [duc] et Mme la duchesse d'Orléans, Gomme on l'a vu en son lieu, d'entrer en commerce avec Mme de Plénoeuf sur le mariage d'une de leurs filles, que Pléoœuf , retiré à Turin, s'étoit mis de lui-même à traiter avec le prince de Piémont. Mme de Prie , parvenue à dominer M. le Duc entièrement , fit par lui la paix de son père , et le fit revenir. Elle l'aimoit assez , et il la ménageoit dans la situation brillante où il la trouvoit ; car ces gens-là , et malheureusement bien d'autres , comptent l'utile pour tout, et l'honneur pour rien. Lui et sa fille avoient grand intérêt à sauver tant de biens. Cet intérêt commun et la situation de M. le Duo, duquel elle disposoit en souve* raine , serra de plus en plus l'union du père et de la fille aux dépens de la mère ; mais la fille , non contente de se venger de la sorte des jalousies et des hauteurs de sa mère, qui ne put ployer devant l'amour de M. le Duo, se mit à prendre en aversion les adorateurs de sa mère, et la crainte qu'elle leur donna en fit déserter plusieurs.

Les plus anciens tenants et les plus favorisés étoient Le Blanc et Belle-Ile. C'étoit d'où étoit venue leur union. Tous deux étoient nés pour la fortune ; tous deux en avoient les talents ; tous deux se crurent utiles l'un à l'autre : cela forma entre eux la plus'parfaite intimité , dont Mme de Plénœùf fut toujours le centre. Le Blana voyait dans son ami tout ce qui pouvoit le porter au grand , et Belle-Ile sentoit dans ia place qu'occupoit Le Blanc de quoi l'y conduire, tellement que, l'un pour s'étayer, l'autre pour se pousser, marchèrent toujours dans le plus grand concert sous la direction de la divinité qu'ils adoroient sans jalousie. Il n^en fallut pas davantage pour les rendre l'objet de la haine de Mme de Prie. Elle ne put les détacher de sa mère , elle résolut de les perdre. La tentative paroissoit bien hardie contre deux hommes aussi habiles, dont l'un, secrétaire d'Etat depuis longtemps, étoit depuis longtemps à toutes mains de M. le duc d'Orléans , et employé seul dans toutes les choses les plus secrètes. Il était souple, ductile , plein de ressources et d'expédients, le fdus ingénieux homme pour la mécanique des diverses sortes d'exécutions où il étoit employé sans cesse , enfin rhomme aussi à tout faire du cardinal Dubois , tellement dans sa confiance qu'il l'avoit attirée à Belle-Ile , et que tous deux depuis longtemps passoient tous les soirs les dernières heures du cardinal Dubois chez lui, en tiers, à résumer, agiter, consulter et résoudre la plupart des affaires. Tel en étoit l'extérieur, et très-ordinairement même le réel. Mais , avec toute cette confiance , Le Blanc étoit trop en possession de celle du régent pour que le cardinal pût s'en accommoder longtemps.

On a déjà vu ici que son projet étoit d'ôter d'auprès de M. le duc d'Orléans tous ceux pour qui leur familiarité avec lui pouvoit donner le moindre ombrage , et qu'il avoit déjà commencé à les élaguer. Il étoit venu à bout de chasser le duc de Noailles , GaniUac et Noce , ses trois premiers et principaux amis , qui l'avoient remis en selle , Broglio Talné ,

432 LIAISON BE BELLE-tLE ET DE DUBOIS. [1722]

quoiqu'il n'en valût guère la peine ; qu'il aroit échoué au maréchal de Villeroy , qui bientôt après s'étoit vu perdre lui-même ; enfin qu'il avoit tftché de raccommoder le duc de Berwick avec l'Espagne pour Ty en- | Toyer en ambassade , ne pouvant s'en défaire autrement , et on verra bientôt qu'il ne se tenoit pas encore battu là-dessus. Par tous ces élaguements il ne se trouvoit plus embarrassé que du Blanc et de moi. Il me ménageoit , parce qu'il ne savoit comment me séparer d'avec M. le duc d'Orléans. 11 me faisait la grâce du Cyclope; en attendant ce que les conjonctures lui pourroient offrir , il me réservoit à me manger le dernier. D'ailleurs je m'étois toujours contenté d'entrer où on m'appeloit ; et à moins de choses instantes et périlleuses , je ne m'ingérois jamais , et il ne pouvoit manquer de s'apercevoir que la conduite du régent et le gouvernement de toutes choses me déplaisoient et me faisoient tenir à l'écart. Gela lui donnoit le temps d'attendre lès moyens de faire naître des occasions ; et m'attaquer sans occasions , c'eût été trop montrer la corde et se gâter auprès de M. le duc d'Orléans , à la façon dont j'étois seul à tant de titres auprès de lui. Le Blanc étoit bien plus incommode. Sa charge , et plus encore les détails de la confiance des affaires secrètes , lui donnoient continuellement des rapports et publics et intimes avec M. le duc d'Orléans. La soumission , la souplesse , les hommages de Le Blanc , ne le rassuroient point. G'étoit un homme agréable et nécessaire à M. le duc d'Orléans , de longue main dans sa privance la plus intime. Il étoit de son choix, de son goût, utile et commode à tout, il l'entetidoit à demi-mot, il ne tenoit qu'à lui : c'étoient autant de raisons de le T craindre, par conséquent de l'éloigner; et si, par les racines qui le tenoient ferme , il ne pouvoit l'éloigner qu'en le perdant et l'accablant absolument , il n'y falloit pas balancer. Et pour le dire encore en passant , voilà les premiers ministres 1

Celui-ci , uniquement occupé que de son fait et des choses intérieures , étoit instruit de l'ancienne et intime liaison de Le Blanc et de Belle-Ile avec Mme de Plénœuf , de la haine extrême que se portoient la mère et la fille , que celle de BIbne de Prie rejaillissoit en plein sur ces deux tenants de sa mère. Dubois résolut d'en profiter. En attendant que les moyens s'en ouvrissent , il se mit à cultiver M. le Duc. Fort tôt après il sut que le désordre étoit dans les affaires de La Jonchère. G'étoit ~un trésorier de l'extraordinaire des guerres^, entièrement dans la confiance de Le Blanc , qui l'avoit poussé et protégé , et qui s'en étoit servi , lui et Belle-Ile , en bien des choses. Je n'ai point démêlé au clair si le cardinal en vouloit aussi à Belle-Ile , ou si ce ne fut que par concomitance avec Le Blanc, par l'implication dans les ml§mes affaires et dans la haine de Mme de Prie. Je pencherois à le croire, parce que, ayant plusieurs fois i voulu servir Belle-Ile auprès de M. le duc d'Orléans, je lui ai toujours ' trouvé une opposition qui alloit à l'aversion. Je ne crois pas même m'étre trompé d'avoir cru m'apercevoir qu'il le craignoit , qu'il étoit en garde continuelle contre lui de s'en laisser approcher le moins du monde , et

4 . L'extraordinaire des guerres était on fonds réservé pouT payer les dépenses exlraordîDaires de la guerre.

[1722] BELLE-ÎLE MAL AVEC LE DUC d'ORLÉANS. 43a

certainement il n'a jamais voulu de lui pour quoi que c'ait été , d'où il me semble que , lié comme il étoit avec Le Blanc , qui ne cherchoit qu'à l'avancer , et qui en étoit si à portée avec M. le duc d'Orléans, quelque prévention qu'eût eue ce prince , elle n'y auroit pas résisté , si elle n'eût été étayée des mauvais offices du cardinal Dubois, qui, avec tous les dehors de confiance pour Belle-Ile, avoit assez bon nez pour le craindre personnellement, et comme l'ami le plus intime du Blanc, qu'il avoit résolu de perdre. Quoi qu'il en soit , Belle-Ile passoit pour avoir trop utilement profité de l'amitié du Blanc, et pour avoir infiniment tiré des manèges qui se pratiquent dans les choses financières de la guerre, et en particulier de La Jonchère , dans les comptes , les affaires et le crédit duquel cela avoit causé le plus grand désordre sous les yeux et par rautonté du Blanc.

Au lieu d'étouffer la chose, et d'y remédier pour soutenir le crédit public de cette partie importante au bien général des afiaires , le cardinal la saisit pour s'en servir contre Le Blanc, et en faire sa cour à M. le Duc et à Mme de Prie, qui aussitôt lâcha M. le Duc au cardinal, n fit donc grand bruit, pressa Le Blanc d'éclaircir cette afiaire, et bientôt vint à déclarer ses soupçons de la part qu'il avoit en ce désordre. M. le Duc, poussé par sa maîtresse, se mit à poursuivre vivement cette affaire, et à ne garder plus aucunes mesures sur Le Blaùc ni sur Belle- Ile. M. le duc d'Orléans , qui aimoit Le Blanc , se trouva dans le dernier embarras des vives instances de M. le Duc, qu'il redoubloit tous les jours sous prétexte du bon ordre à maintenir, et du discrédit que eausoit aux affaires publiques la faillite énorme qu'un trésorier de l'extraordinaire des guerres étoit prêt à faire pour n'avoir pu ne se pas prêter à toutes les volontés du secrétaire d'État de la guerre , son supérieur et son protecteur, et de Belle-Ile, ami de Le Blanc jusqu'à n'être qu'un avec lui. Le régent n'étoit pas moins embarrassé des semonces doctrinales de son premier ministre qui , sans lui montrer tant de feu que M. le Duc, le pressoit plus solidement, et avec une autorité que le régent ne s*entendoit pas à décliner. Cette affaire en étoit [là] quand les préparatifs d'une nouvelle liaison avec l'Espagne et ceux du sacre du roi la suspendirent pour quelque temps.

Le mariage de Mlle de Beaujolois, cinquième fille de M. le duc d'Orléans , avec l'infant don Carlos , troisième fils du roi d'Espagne mais aîné du second lit, fut traité avec tant de promptitude et de secret qu'il fut déclaré presque avant qu'on en eût rien soupçonné. Ce prince n'avoit pas encore sept ans, étant né à Madrid le 20 janvier 1716, et la princesse avoit un an plus que lui, étant née à Versailles le 18 décembre 1714. C'étoit cet infant que regardoit la succession de Parme et de Plaisance, aux droits de la reine sa mère, et celle de Toscane aussi. Cet établissement en Italie n'étoit pas prêt d'échoir , par l'âge des possesseurs actuels. Elle avoit besoin d'un grand appui pour n*être point troublée par la jalousie de l'empereur, si attentif à l'Italie, par celle du roi de Sardaigne, qui se trouveroit par là enfermé par la maison royale de France , enfin par celle de toute l'Europe , qui portoit déjà si impatiemment la domination de cette maison en Espagne , et qui avoit fait tant SAixr-Sixon xn 19

434 HAIUAGE DC UÀPBHOISELLE DE BEAUJOLOIE. [17âà]

d'elToris pour l'en arracher. L'intérlt de cetie 4)igijsle inaisoi; iloildono énalemenl grand et sensible de se coaserTer une si hella partis dfVlUtlîe, doDt le droiilui éteU évidept et reconnu, et en particulier ç^ui de la reine d-pspàpp, de qjjj jl ^éciïoif, ^ qui il éieit si glorjeHr 4'aHBipentfif d'une ai "belle « bi ppprtaDte'sucRBssipn la in»i»oa où eJle sToit «a l'honneur d'entrer , 4 W siirprisg de Iqi^te l'gijtope pi ^o g^ad mécontentement du feu roi , forupç en l'a yû eii son lieu, lli) jpUr^f plu» personnel i la rei'ne d'Éspagoê ^'y jojgnoit ^iiciire- El|é ^îflit 'PHipurè . Tjgari|^ svep' horcpur l'état de» reines d Espagne ïéuveg. ^t\e étpli ac; çquiuinée à régner pleinement pat Ifi p\ spp époHi i là chute lui 'ff\ parpjasoit ^(Treiisé si elle venolt ï Ip pepdfP . coTnme'H différence 4e ïeur* âges le lui iaisolt envi^ger. goii bift avoit donc élÀ iqujpup 4t! °'PH: bliér rien pour faire un éiabUssemeni souverain à 9ua fils, oi> e)); pt^t M rçlirar auprès de lui , îiora 4^ l'Espagne, fjuand elle seroi(\eHTB, et s'y consoler en peljl ' de ce qu'elle perdroit en grand. Pour y rf tl^^jf i éllfl ne pouvoil s'appuyer plu» solidenénl que de ja France i ef le tfigent, de s<>d cAU, ne pouroit établir sa fille plusgrapdepen(,|)| fuieu^ B'asïi^rer personnel lerfl^^i [le plus en plus l'appui de l'Espagnfi. La fuvprisé de ta déclara' iàn d^ ce mariage fiit grande en Eurppg, qt pqn ijiolndre en Ftance , où tpul ce qui n'aimoit pas le régent et jo;( gpu- Vernement en laissa yoir dii chagrin. Ualtieureu sèment, on fit bipqlQt Mrès que ue's mqriâges , simpleipent conclus et signés avec t'Kspagn^ , navoieni pas été biis au ciel.

Un autre mariage, entièrement parachevé en même temps, iicbeva l'apparente Tècpncpiatîon de la maison de Bavière avec celle d'&utriçbe. Ce fut celui du prince électoral àe Bavière avec la eœpr pad^|tfl de la rçiiié de Pologne , élpctrice de Saie , toutes deqi filles 4u fâu emp^reut Joseph, frèpe aîné de l'eippereqr régnant. Quoique 8cco{^p)j dès lor^ avec toute I; pompe et la joie la plus apparente , |1 nç f^t p%t heitrem , et ue'réussif point i réunir les d^ui maisons-

£n atlendaiil le sacrp qiii s'^lloil f^ire, pn ^Rfusa i? TR' de l'atlaqu^

d'un petit fort dans le bout de l'ayehu^ de Vef sail|es , e^ ^ lui montrer

ces premiers éléments mililairea.

Il perdit Ruffé, un de ses sous -gouverneurs , qui étoil bqiitnia f^^i

^n^rali fl !\n\ i^e jouit pas Icagteipps di; gopverne-

g^ , qu'il àïdil en à la mort de Sain tf' rémont. Il étqi[

us-lieulenapt (le ïa première compagnie dfiï fflouiquè-

I du pays de Dombes , fort allacb^ au 4up 4u Ùajn^, pt

|a maison de Pa^a^ i dpnf il p'étoit point , et n'en était

pas un dp cette illustre et anoiennp maison- Son frèrç

Tût aussi lieutenant général, s'est toujours fait bardi-

chevalier de Daipas.'En France, il n'y a gu'^ vouldip

rendre en tout gepre, «n J (ait toùf ce qna l'on veut-

, .lirenlausaiDacier, qui^'yétoit cçndu teconimandàble

pai: ses ouvrages et par son érudition. Il avoit soiianîe f\ onzp ans , e|

il éioii garde de^ livres d|J cabinet' du roi , ce qui l'^voit fait connottri)

et estimer à la epur. Il avoif une femme bien plus foneiécemept savanlà

que lui, qui lui àïof t'éié fort «tile , qui éloit cgnsuUiie 4e tous l'es dob}f j

tnââ] MORT DE DACIER. 435

en toutes sortes de belles-lettres grecques et latines , et qui a fait de beaux ouvrages. Ayec tant de savoir, elle n'en montroit aucun , et le temps qu'elle déroboit à l'étude pour la société, on Ty eût prise pour une femme d'esprit, mais très-ordinaire, et qui parloit coiffures et modes avec Uà autres femmes , et de toutes lefs autres bagatelles qui font les conversations communes, avec un naturel et une simplicité CQxnme si elle n'e^t pas M capable de peux.

' Il fpQÙrut Pfl rojlipe tempîs mp fcinpaie d?up gy^nd w^ritQ : Cf fut la duchesse de Luynes , fiUe du dernier chancelier Aligce , veuye en pcemières noces de Manneville, 'gouverneur de Dieppe, qui sont des gentilshommes de bon lieu , et mère de Btanneville , aussi gouvf rneqr de Dieppe, <jui avoit épousé une fille d^ marquis de Montchevreijil , qui fu^ qfupjquéf^pips d^me d'bpnnçur de \i (}i|0l)(^s§e du Maine. Ï^P duc jle Luypes vQÙlant se remarier en tcoisièni^ nppes, Ip fiR^ ^^ phigyr^useï son ^)s ^né, lui trpuva pe p^icU plein de seQs, da yertli ef de raison , et eut bien de la peine k la résoudre. Elle s'acquit l'amitié, l'estime et la respect de toute la famille du duc d« Luynes, qui l'ont vue soigneusement jusqu-à sa mort. Lorsc^ù'elle perdit le duc àe Luynes, ils né purent Tempécher de se reflrer aux Ipcurabjés.' On' vqyoîi encore ," â piijs ^e qptre-vihçt^ ans, qu'ejlè aYOit étS b^He, gratjj^^, }>|^îi fâftQ fit jle grande mine^ Le duc de Luynes n'en eut point d^ênfants. '

Keynold , lieutenant générail et colonel dû régiment dès gardes suisses, très-galant hommëV et fort vieux*, la suivît' de prés. Il âvoît éié mis daps le conseil de guerre : il en est ici parlé ailleurs,

Pezé, dont U ^ été souvent parlé ici, qui avoit le régii^ept fi'jpfanterie du roi et le gouvernea^eat de la Muetite, épousa une elle do Beriaghen, premier écuyer.

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