CONSENTENT DE SIGNER LE CONTRAT
mes raisons précédentes. Nous ne convînmes point et tout se passa doucement et très-poliment de part et d'autre. Maulevrier me laissa froidement faire et ne dit que quelques mots à mesure que je l'interpellai.
Grimaldo nous proposa ensuite la signature des articles pour le. lendemain 24, raprès-dînée, avec le marquis de Bedmar et lui, nommés commissaires du roi d'Espagne pour cela. Je m'expliquai que je prétendois que cette signature se fit chez moi , à moins que le roi d'Espagne n'aimât mieux qu'elle se fît dans son appartement, ce que j'estimois encore plus convenable à la dignité de cette fonction et une facilité qui pouvoit être agréable à Sa Majesté Catholique. Cela fut accepté sur-lechamp par Grimaldo , et l'heure convenue pour le lendemain cinq heures après-midi , au palais. Nous eûmes après quelque peu de conversation de civilité , et nous primes congé.
Comme il achevoit de nous conduire , il rappela Maulevrier à qui il demanda les noms des personnes principales qui m'accompagnoient , et le pria de kii envoyer ces noms dans le soir de ce même jour. Gomme il fut tard , Maulevrier m'envoya dire par son secrétaire que Grimaldo vouloit absolument avoir ces noms avant de se coucher, tellement que je les fis écrire, et remettre à ce secrétaire.
Le lendemain matin, lundi 24, je reçus un paquet du marquis de Grimaldo contenant une lettre pour moi , et cinq autres pour les comtes de Lorges et de Céreste, l'abbé de Saint-Simon, et les marquis de Saint- Simon et de Ruffec. Je récrivis sur-le-champ à Grimaldo , qui insistoit toujours par sa lettre sur les témoins , pour lui demander un entretien daiis la fin de la matinée, et pour le faire souvenir que les ambassadeurs de famille ne faisoient point d'entrée. Sur la fin de la matinée , j'allai à la cavachuela de Grimaldo pour m'expliquer avec lui sur ce qu'il entendoit par ces cinq lettres, et j'y allai seul, parce que Maulevrier, à qui j'avois envoyé communiquer iout ce paquet de Grimaldo, voulut demeurer à faire ses dépêches.
Grimaldo me dit nettement que le roi d'Espagne dans l'empressement de finir une affaire si désirée , ayant condescendu de si bonne grâce à signer lui-même avec la reine le contrat de mariage contre l'usage des rois ses prédécesseurs, il étoit juste aussi que je condescendisse, non par une simple complaisance , mais à un point nécessaire à la validité de l'acte , qui est celui des témoins ; que depuis notre conférence de la veille, le roi d'Espagne avoit cherché les moyens de concilier là-dessus ,sa délicatesse avec nos difficultés, et qu'il avoit cru prendre l'expédient le plus convenable, même le plus honorable pour moi, de nommer luimême les cinq personnes les plus distinguées de tout ce que j'avois amené pour être témoins afin de lever la difficulté que nous faisions d'en nommer ; que cette sûreté nécessaire dans l'occurence présente ne pou- Yoit être refusée, puisque, outre qu'elle n'étoit pas de mon choix, le roi d'Espagne ayant nommé à mon insu les cinq témoins françois, je ne pouvois alléguer que mes instructions portassent rien qui y fût contraire.
Je répondis à cet honneur inattendu et rien moins que désiré de la nomination du roi d'Espagne des témoins françois , avec tout le respect
64 ILS T YEULEm* DES TÂlIOmS. [Ifil]
po88sibl9 , sans Iputefoift m'anga^r à rien que je n'ettssé m JtisqtLës oû U youloit porter Tusage de ees témoins , et s'il aVoit dessein d^ leUf faird signer le contrat de mariage ; mais il convint ayee moi (|u'ils n'auroient pas cet honneur ; que le roi d'Espagne se cententeroit qu'ils fuâseiit présents à la signature de notre part , comme de la leur y assiëteroient aussi comme témoins les trois charges , qui sont le majordome-jnajor du roi , le sommelier du corps et le grand écuyer , avec le majordome^major et le grand écuyer de la reine , qui étoient lors le marquis de Yillena ou duc d'Escalona , le marquis de Hontalègre et le duc del Arco ; le marquis de Santa-Gruz et Cellamare, ou le duc de Giovenazzo; Inais lé premier et le dernier ne portoient que le nom de marquis de Yillena et de duo de Giovenazzo ; que cette fonction des dix témoins seroit exprimée par un acte séparé qui seroit seulement signé du même secrétaire d'Etat tout seul) qui recevroit le contrat de mariage en qualité de notaire du roi d'Espagne, lequel étoit don Joseph Rodrigo.
Cette assurance que la fonction des témoins ne paraîtroit que dans un acte séparé , lequel même ils ne signeroient point , et qui ne le seroit que par un seul secrétaire d'Etat, me dérida beaucoup. Je cpnsidérai qu'avec cette forme il ne se faisoit rîeii ooiitre là lettre ni contre l'esprit de mon instruction, ni d'aucun ordre que j'eusse reçu; [je considérai] leur opiniâtre attachement à une formalité espagnole nécessaire dans tous les actes qui se passent en Espagne , et qui . bien que omise aux mariages de nos deux dernières reines, leur paroissôit nécessaire et essentielle dans une circonstance aussi singulière que la rend oit l'âge de l'infante , où ils vouloient accumuler tout Ce qu'ils pouvoient de sûretés. Je m'aperçus aussi qu'ils n'avoient si facilement accordé la signature du roi et dé la reine au contrat de mariage, contre tout usage et tout exemple , que pour obtenir une formalité aussi hors de nos usages , mais à leur sens si fortement confirmative de la validité et sûreté de l'engagement du roi pour le mariage. J'en fus d'autant plus persuadé , et de l'opinion qu'ils avoient prise de l'importance de cette formalité pour la sûpeté du futur mariage que les cinq grands d'Espagne qu'ils choisirent pour témoins étoient ce qu'il y avoit de plus relevé en Espagne en âge , 6n dignité, en charges et tous en naissance, excepté Giovenazzo, mais si grandement décoré d'ailleurs; enfin [je considérai] l'amère impatience de Leurs Majestés Catholiques , cai: elle l'étoit devenue , de l'arrivée des dispenses de Rome et du départ de Mlle de Montpensier , qui deviendroit bien autre^ si par une fermeté sans aUcun véritable fondement je les jetois dans les longueurs d'attendre le retour du courrier qu'il ine faudroit dépécher sur cette difficulté des témoins. Je pris donc mon parti. Je me fis répéter et confirmer par le marquis de Grimaldo que la fonction des témoins ne paraîtroit que par l'acte séparé que même ils ne signeroient peint , et qui ne le seroit que par Rodrigo tout seul^ et je cédai enfin avec tout l'assaisonnement de respects et du désir de complaire à Leurs Majestés Catholiques et des compliments personnels â Grimaldo, qui prit , à ce consentement , un air épanoui , et me proposa la signature du contrat de mariage du roi avec l'infante pour le lendemain , apris dîner, ehes le toi.