‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 23 sur 200 · S1]~ SIGNATURE DES ARTICLES · texte numérisé non relu

S1]~ SIGNATURE DES ARTICLES

Quelques heures après être sorti d'avec lui, II m'envoya un paquet dans lequel il n'y avoit point de lettre pour moi , mais cinq autres pour les cinq témoins françois , dans lesquelles cette qualité étoit énoncée , au lieu qu'elle ne Tétoit p&s dans les premières qui ne porloient que le ehoix du roi d'Espagne pour Assister à U signature du contrat , parce qu'alors iU n'osèrent aller pliis loin sur là difficulté où nous en étions demeurés à cet égard. Il pafolt qu'il eut peur que, même après avoir mon consentement, je ne m'opposasse à cette qualité nette de témoins qui leur étoit si chère , parce qu'il ne me parla point d'envoyer d'autres lettres, et qu'elles me surprirent quand je les reçus. Je les remis aux cinq à qui elles étoient adressées et n'en parlai point à Grimaldo , parce qu'elles n'innovoient et n'ajoutoient rien à ce à qtioi j'avois cru devoir consentir , d'autant qu'au terme de témoin près , elles n'étoient que la copie exacte des premières.

Le môme jour, lundi 24 novembre, je me rendis au palais avec Maulévrier sur les cinq heures du soir. Le marquis de Bedmar et Grimaldo nousy attendoitnt. Us nous conduisirent , à travers le salon des Grands, au coin du bout dé ce salon , dans un cabinet petit et fort orné , dont les tapis qui couvroient le plancher étoient d'une richesse et d'une beauté , si singulière , que j'avois de la peine à me résoudre à marcher dessus. Cette pièce , ainsi que le salon des Grands , le petit salon où la cour s'assemble pour attendre ) et le salon des Miroirs , donnent sur lé Mançanare2 et la campagne au delà ; dand 6e oabinet, nous trouvâmes une table, une écritoire et quatre tabourets. Les deux Commissaires espagnols nous firent les honneurs et noUs prîmes la droite. Tout étoit convenu et écrit longtemps avant mon arrivée, en sorte que nous n'eûmes qu'à collationner exactement les deux instruments que nous devions signer avec la copie des mêmes articles que nous avions apportée, après quoi nous signâmes en là manière accoutumée, et avec les compliments, les protestations et les effusions de joie qu'on peut s'imaginer. Je fus assis vis-à-vis du marquis de Bedihar , et Maulevrier vis-à-vis de Grimaldo.

Je m'étois fait charger dé témoigner à Grimaldo que le roi d'Espagne aVoit fait un vrai plaisir à M. le dUc d'Orléans et au cardinal Dubois de donner à Laullez le caraôtère d'ambassadeur, comme le roi le venoit de donner ici à Maulevrier, et leur en ferdit un autre très-sensible de lui marquer de plus jûir quelque autre grâée que Sa Majesté Catholique étoit contente de lui. J'avois pris mon temps pour faire cet office aussitôt que j'etis eonsenti aux témoins. J'avois à cœur de servir Laullez, parce que je reconnoissois à tout moment qu'il n'avoit rien oublié pour me rendre agféablei Je vis , à la façon dont cela fut reçu , qu'on étoit content de lui à la cour d'Espagne. J'en rafraîchis la mémoire à Grimaldo en sortant du cabinet de la signature. En effet , il écrivit de la part et par ordre du roi d'Espagne , à LauUes , avec assurance des premières grâces qu'il seroit possible de lui faire , et Grimaldo me promit de fort bonne grâce d'y tenir très-soigneusement la main.

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