CHAPITRE IV
Audience solennelle pour la demande de l'infante en mariage • futur pour le roi. — Audience de la reine d'Espagne. — Audience du prince des Asturies et des infants. — Bêtise de Maulevrier, qui ne se couvrit point. ' — Conduite énorme de Maulevrier avec moi, bien pourpensée et bien exécutée jusqu'au bout , pour me jeter dans le plus fâcheux embarras sur les instruments du contrat de mariage, de guet-apens, en pleine cérémonie de la signature. — Ma conduite pour y précéder, comme je fis, le nonce et le majordome-major du roi, sans les blesser. — Signature solennelle du contrat du futur mariage du roi et de l'infante. — Le prince des Asturie^ cède partout à l'inrante depuis la déclaration de son futur mariage avec le roi. — Je me maintiens adroitement en la place que j'avois prise. — Difficulté poliment agitée sur la nécessité ou non d'un instrument en Trançois. — Maulevrier forcé de laisser voir toute sa scélératesse, de laquelle je me tire avec tout avantage, sans montrer la sentir. — Autre honte à Maulevrier chez Grimaldo. — Politesse de ce ministre. — Facilité pleine de bonté du roi d'Espagne. — Ma conduite égale avec Maulevrier , et mes raisons pour cette conduite. — Bonté de Leurs Majestés Catholiques. — Conclusion de mon désistement d'un in8irnm.ent en françois.
Le mardi 25 novembre) j'eus mon audience solennelle. Maulevrier, qui , pour son caractère d'ambassadeur , ne s'étoit mis en aucune sorte de dépense, vint de bonne heure chez moi le matin, où quelque temps après arriva don Gaspard Giron et un carrosse magnifique du roi , à huit chevaux gris pommelés admirables^ dans lequel, à l'heure marquée, nous montâmes tous trois. Deux garçons d'attelage tenoient chaque quatrième cheval à gauche par une longe. Il n'y avoit point de postillon , et le cocher du roi nous mena son chapeau sous le bras. Cinq carrosses à moi, remplis de tout ce que j'avois amené, sui voient, et une vingtaine d'autres de seigneurs de la cour, qu'ils avoient envoyés pour me faire honneur par les soins du duc de Liria et de Sartine , avec des gentilhommes à eux dedans. Le carrosse du roi étoit environné de ma nombreuse livrée à pied et des officiers de ma maison , c'est-à-dioe valets de chambre , sommeliers , etc. Les gentilshommes et les secrétaires .étoient dans mes derniers carrosses. Ceux de Maulevrier (et il n'en avoit que deux) , remplis de Robin et de son secrétaire , suivoient le dernier des miens. Arrivant à la place du palais, je me crus aux Tuileries. Les régiments des gardes espagnoles, velus, officiers et soldats^ comme le régiment des gardes françoises , et le régiment des gardes wallonnes , vêtus , officiers et soldats, comme le régiment des gardes suisses, étoient sous les armes^ les drapeaux voltigeants , les tambours rappelant et les officiers saluant de Tesponton '. En chemin les rues étoient pleines de peuple, les boutiques de marchands et d'artisans, toutes les fenêtres parées et remplies de monde.
4 . L'esponion était une espèce de demi -pique que portaient les officiers d'infanterie et de dragons sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV. La longueur de cette arme fut fixée à sept pieds et demi par une^ ordonnance du 20 mai 4690. Le salut de l'esponton demandait une certaine adresse dans