‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 25 sur 200 · POUR LA DEMANDE DE L'INFANTE · texte numérisé non relu

POUR LA DEMANDE DE L'INFANTE

La joi&éclatoit sur tous les visages, et nous n'entendions que béné<dictions.

Sortant de carrosse, nous trouvâmes le duc de Liria, le prince de Chalais, grands d'Espagne, et Valouse, premier écuyer , qui nous dirent qu'ils venoient nous rendre ce devoir comme François. Caylus eût bien pu y faire lé quatrième. L'escalier étoit garni des hallebardiers avec leurs officiers, vêtus comme nos Cent-Suisses, mais en livrée, la hallebarde à la main , et leurs fonctions sont les mêmes. Entrant dans la salle des gardes, nous les trouvâmes en haie sous les armes, et nous les traversâmes jusque dans la pièce contiguë à celle de l'audience, dont la porte étoit fermée. Là étoient tous les grands et une infinité de personnes de qualité , en sorte qu'il n'y avoit guère moins de foule qu'en notre cour, mais plus de discrétion. L'introducteur des ambassadeurs a peu de fonctions. Il est fort effacé par celles du majordome. Ce fut là un renouvellement de compliments et de joie , où presque chacun me voulut particulièrement témoigner la sienne, et cela dura près d'un quart d'heure que la porte s'ouvrit et que les grands entrèrent; puis elle se referma.

Je demeurai encore un peu avec cette foule de gens de qualité , pendant quoi le roi vint de son appartement , et entra dans la pièce de l'audience par la porte opposée à celle par où les grands étoient entrés, qui l'y attendoient et par laquelle tout ce que nous étions à attendre allions entrer. J'avouerai franchement ici que la vue du roi d'Espagne m'avoit si peu imposé la première fois , si peu encore les autres fois que j'avois eu l'honneur d'approcher de lui , qu'au moment où j'étois lors , je n'a- Yois pas songé encore à ce que je devois lui dire.

Je fus appelé, et tous ces seigneurs entrèrent en foule anant moi, qui me laissai conduire par don Gaspard Giron , qui prit ma droite , et l'introducteur la gauche de Maulevrier, qui étoit à côté de moi. Gomme j'approchois de la porte , La Roche me vint dire de la part du roi , entre haut et bas, que Sa Majesté Catholique m'avertissoit et me prioit de n'être point surpris s'il ne se découvroit qu'à ma première et dernière révérence, et point à la seconde; qu'il voudroit plus faire pour un ambassadeur de France que pour aucun autre ; mais que c'étoit un usage de tout temps qu'il ne pouvoit enfreindre. Je priai La Roche de témoigner au roi ma très-respectueuse et très-sensible reconnoissance d'une attention si pleine débouté, et j'entrai dans la porte. Ce défilé mit Maulevrier et les deux autres qui nous côtoyoient derrière , et l'attention à ce que j'allois dire et au spectacle fort imposant m'empêcha de plus songer à ce qu'ils devenoient.

Au milieu de cette vaste pièce et du côté que j'avois en face en entrant, étoit un dais à queue sans estrade , sous lequel le roi étoit debout, et à quelque distance, précisément derrière lui, le grand d'Espagne capitaine des gardes en quartier, qui étoit le duc de BournonviUe; du

le maniement de cette arme. Mme de Sévigné, parlant d'une revue de la maison du roi , à laquelle elle avait assisté, dit : a Nous avons eu le salul de Vesponton. »

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mtaiê o6té, pttfsqU'aU bout, le ma]ohlôtne-majôi* du roi, appuyé à la muraille, seul; en retour , le loug de la muraille qui par un coin joignoit Tautre muraille dont je viens déparier, étoient les grands appuyés Contre , et aussi contre la muraille en retour ris- à-ris du roi jusqu'à la eheminée , grande comme autrefois et qui étoit assez près de la porte par où je venois d'entrer et point tout à fait au milieu de cette muraille; les quatre majordomes étoient le dos à la cheminée. De la cheminée à la porte par où j'étois entré, et en retour le long de la muraille et des fenêtres jusqu'au coin de la porte par où le roi étoit entré , étoient en iSôule les gens de qualité les uns devant les autres ; daâs la porte par où le roi étoit entré étoient quelques seigneurs familiers par leurs emplois, qui regardoient comme à la dérobée, mais dont aucun n'étoit gfaild, et derrière eux quelques domestiques inférieurs distingués , qui royoient à travers. Lé rot et tous les grands étoient couverts , et nuls autres ; il n'y avoit aucun ambassadeur.

Je m'arrêtai un instant au dedans de la porte à Considérer ce spectacle extrêmement majestueux,' où qui que ce soit ne branloit et où le silence régnoit profondément. Je m'avançai lentement quelques pas et fis au roi une profonde révérence ^ qui à l'instant se découvrit j son chapeau à la hauteur de sa hanche; au milieu de la pièce je fie rba seconde révérence , et en me baissant je me tourtiai un peu vers ma droite , passant les yeux sur les grands , qui tous se découvrirent , mais non tant qu'à la première révérence, où ils avoient imité le toi, qui À cette seconde ne branla pas, comme il m'en avoit fait avertir. J'avançai aprèâ avec la même lenteur jusques asâêSE près du roi , où je fis ma troisième révérence, qui se découvrit comme il avoit fait à la première, et se couvrit aussitôt ) en quoi tous les gf ânds l'imitèi'ent. Alors je commençai mon discours et me couvris aa boilt des cinq eu 6ix pteâiières paroles sans què le roi me le dit.

Il roula sur les compliments du roi , l'union de là maison royale , celle de leurs couronnes, la joie et l'affection des deux nations, celle que j'a- Vois trouvée répandue partout sur ma route en France et en Espagne, l'attachement personnel du roi pour le roi ion oncle , et son désir de lui complaire et de oôntribtiet à tout ce qui pourroit être de sa grandeur, de ses intérêts, de ses affections, avec autant de passion que pour les Diens propres ^ enfin la démande de l'infante pour étreindre encore plus intimement entre eux les liens déjà si forts du sang et des intérêts de leurs couronnes, et lui témoigner sa tendresse par toute celle qu'il au- Toit pour l'infante , seft soins , ses égards et l'attention continuelle de la rendre parfaitement heureuse. Je passai de là au remércîment du roi et à Celui de M. le duc d'Orléans de l'honneur de son choix de Mlle de Montpénsier pôur M. le prince des Asturies ; j'ajoutai que , quelque grand que Son Altesse Royale le sentit , il étoit encore plus touché de recevoir Une aussi grande marque de ses bontés pour lui , et de Tacceptation de son plus profond respect et de ses protestations les plus sincères de sa passion de lui plaire et de ne rien oublier pour resserrer de plus en plus une si heureuse union des deux royales branches de leur maison , en contribuant de ses conseils et de tous les moyens qu'il pourroit tirer de

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dft qualité de régent de T^t^nce pour servit et potter leâ intérêts et la grandeur de iSa Majesté Catholique avec autant de zèle et d'attachement que ceux mêmes de la France, et Id persuader de plus y ce qu'il souhaitôlt arec le plus de passion , de son infinie reconnoissance , de son attachement, de son profond respect et de sa vénération parfaite pour sa persontie. le finis mon discours par témoigner combien je ressentois de joie et combien je me trouvois honoré d'avoir le bonheur de parottre devant Sa ttajesté Catholique, chargé par le roi de contribuer dé sa part à mettre la dernière main à un ouvrage si désirable ; ce qui me combloit en mon particulier de la plus sensible satisfaction, outre celle de toute la France et de l'Espagne , parce que je n'avois jamais pu oublier d'où Sa Majesté Catholique étoit issue , et toujours nourri et témoigné en tous )e6 temps mon très-profond respect et l'attaGhement le plus vrai et le plus naturel pour elle.

si j'avois été si surpris de la première vue du roi d'Ëspagùe à inon arrivée, et si leâ audiences que j'en avois eues jusqu^à celle-ci m'a- Yoient si peu frappé , il faut dire ici avec la plus exacte et la plus littérale vérité que Tétonnement où me jetèrent ses réponses me mit près* que hors de moi-même. 11 répondit à chaque point de mon discours dans le même ordre , avec une dignité , une grâce , souvent une majesté, surtout avec un choit si étonnant d'ëjtpressions et de paroles par leur justesse et un compassement si judicieusement mesuré , que je crus entendre le feu roi , si grand maître et si versé en ces sortes de réponses.

Philippe V sut joindre l'égalité des personnes avec un certain àlr de plus que là déférence pour le roi son neveu , chef de sa maison , et laisser yoir une tendresse innée pour ce fils d'un frère qu'il avoit passionnément aimé et qu'il regrettoit toujours. Il laissa étinceler Un cœur frahçois sans cesser de se montrer en même temps le monarque des Espagnes. Il fit sentir que sa joie sortoit d'une source plus pure que l'intérêt de sa couronne , je Veux dire de l'intime réunion du même teng; et à l'égard du mariage du prince des Âsturies, il sembla remonter quelques degrés de son trône , s'expliquer avec Une sérieuse bonté , sentir moins l'honneur qu'il faisoit & M. le duc d'Orléans en fa* veur du même sang, que la grâce signalée, et je ne dis point trop et je ti'ajoute rien , qu'fi li^i ftiisoit d'avoir bien roulu ne point penser qu'à ie combler par une marque si ôertaine de sa bonne volonté pour lui. Cet endroit surtout me charma par la délicatesse avec laquelle, sans rien exprimer , il laissa sentir sa supériorité tout entière , la grâce si peu méritée de l'oubli des choses passées , et le sceau si fort inespérable que sa bonté daignoit y apposer. Tout fut dit avec tant d'art et de finesse , et coula toutefois si naturellement, sans s'arrêter, sans bégayer, sans ohereher , qu'il fit sentir tout ee qu'il étoit , tout ce qu'il pardonnoit , tout en même temps à quoi il se portoit, sans qu'il lui échappât un seul mot ni uni seule expression qui pût blesser le moins du monde, et presque toutes au contraire obligeantes. Ce que j'admirai encore fut l'eèectif , mais toutefois assez peu perceptible changement de ton et de contenance en répondant sur les deux mariages. Son amour tendre pour

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