‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 37 sur 200 · VAINES PRÉTENTIONS DE LA FARE · texte numérisé non relu

VAINES PRÉTENTIONS DE LA FARE

met ijastruetions, et que (^étoit à lui à me dire s'il en aToit là<^essuf , 4ent ei| ne m-aveit rien dit ni écrit. La Fare devint embarrassé ; il n'en ' avoit point , n-osoit me le dire , ne youloit pas aussi me tromper , et parce qu'il n'était pas capable de se porter à ce mensonge , et parce qu'il sentoit bien que je ne serois pas longtemps , s'il m'eût avancé faux , d'être éclairei de la vérité.

Hais il ne se rendit point, et me pressa de telle sorte que j'entrai en capitulation. Je fis une lettre pour Orimaldo, par laquelle, lui donnant avis de Tarrivée de la Fare , je lui exposois la convenance de le recevoir •t de le traiter avec des distinctions particulières , mais sans rien spécifier nj-demander distinctement ni directement, nu contentant de m'étendre sur la faveur de la conjoncture , sur celle de La Fare auprès de M. le duc d'Orléans , qui seroit flatté pour soi et pour lui des bontés et des distinctions que Sa Majesté Catholique voudroit bien lui accorder. Je montrai ma lettre à, La Fare ; je l'envoyai à Grimaldo et une copie au cardinal Dubois.

La Fare ne fut pas content d'une lettre qui n'exprimoit point ses prétentions, moins encore de l'envoi de sa copie au cardinal Dubois. Il eomptoit d'emporter d'emblée ce qu'il avoit imaginé, et de s'en faire grand honneur en Espagne et un grand mérite auprès de M. le duc d'Orléans. Toutefois il aima mieux cela que r|en. Grimaldo qui suivoit la cour avoit eu avis de son passage par les chemins , et La Fare en reçut ordre dès le lendemain d'aller incontinent joindre la cour. Il partit donc peu satisfait de moi, et par ce qu'on va voir qui m'arriva, nous fûmes près de deux mois sans nous rejoindre. Il reçut de la cour d'Espagne tout Faccueil et les distinctions possibles , mais aucunes de celles qu'il prétendoit et qui fussent de caractère. Je fus approuvé dans ce que j'a» vois fait là-dessus ; et M. le duc d'Orléans étoit bien éloigné d'avoir formé aucune prétention nouvelle.

Gela même me confirma dans la pensée que j'avois toujours eue que les deux lettres de M. le duc d'Orléane , dont je fus chargé pour le prince des Asturies, l'une dans le style ordinaire, l'autre avec l'innovation du mot de frère , étoit une friponnerie du cardinal Dubois , qui •spéroit bien que je ne ferois point passer cette dernière, et de s'en avantager contre moi auprès de M. le duc d'Orléans , d'autant que ce prince , tout en me marquant son désir là-dessus qui lui étoit enjoint , ne me recommanda rien plus que de ne rien hasarder , de ne point insister à la moindre difficulté que j'y rencontrerois, de la retirer et de présenter l'autre , au lieu que le cardinal ne me recommanda rien davantage que de la faire passer , jusqu'à me pique» d'honneur sur mon attachement pour M. le duc d'Orléans, sur ce premier moyen de lui témoigner ma reconnoissance dans cette ambassade , et de marquer mon adresse et mon esprit par un si agréable début. On a vu que je n'eus besoin ni de l'un ni de l'autre , et que cette lettre passa doux comme lait , sans même qu'il en fût dit un seul mot. Si on l'avoit refusée , ce petit dégoût se seroit passé dans l'intérieur et le secret , et c'est sûre* ment ce qui le fit entreprendre au cardinal Dubois , au lieu que , s'il eût ovnçu les chimères de La Fare , leur refus auroit été publie, et c'est ce

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