‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegence (volume 2)Chapitre 61 sur 200 · MARQUIS DE SANTA^CRUZ · texte numérisé non relu

MARQUIS DE SANTA^CRUZ

laissoit pas de parler un peu et de rire même assez yolontiers ; mais toujours son rire étoit malin et expressif. Il n^uimoit point du tout les François ni les Italiens, sans que sa faveur et sa familiarité avec le roi et la reine en souffrissent la moindre atteinte. Il se môloif difficilement de quelque chose par paresse et par dédain. Avec cela il avoit des amis et de l'estime , et il ne manquoit ni aux devoirs ni à la politesse ; mais il ne la prodiguoit pas , et en savoit mesurer les degrés. Tout François et ambassadeur de France que j'étois, j'étois parvenu à l'apprivoiser avec moi par le duc de Liria , et par toutes sortes d'attentions et de prévenances au palais , et j'avoue qu'il me plaisoit fort , et me divertissoit assez souvent, quoique avare de discours et même de paroles, et il me paroissoit qu'il ne se déplaisoit point avec moi. J'aurai lieu de parler de lui à l'occasion de l'échange des princesses dont il fut chargé. Sur ses dernières années , il fut fait chevalier du Saint-Esprit et de la Toison^d'or.

Laconi , idem. Il étoit depuis longtemps aux Indes espagnoles lorsque j'étois en Espagne.

Lbde , Bette, J'ai fort parlé de lui à l'occasion de l'expédition de la Sardaigne et de la Sicile, dont le cardinal Albéroni le chargea en chef, et dont il s'acquitta en capitaine, au retour de laquelle, quoique malheureuse par la supériorité extrême de l'armée navale des Anglois et de leurs troupes de débarquement, il fut fait grand d'Espagne, puis envoyé en Afrique faire la guerre aux Mores , dont il s'acquitta avec beaucoup de capacité et de bonheur. Je le trouvai en Espagne avec la Toison d'or, dans la première considération et dans une grande estime. Il vivoit même avec assez de splendeur, avoit une boime table, et y rassembloit les Flamands , d'autres étrangers, les Espagnols qu'il pouvoit, peu ou point de François , qu'il haïssoit.

G'étoit un Liégeois sans naissance, qui s'étoit élevé par son courage, son assiduité, ses talents pour la guerre, d'autant plus rapidement que l'Espagne manquoit de généraux , et il le devint excellent. Je n'ai guère vu un plus vilain petit homme , plus malotru, plus tortu, un peu bossu , fort rousseau , l'air très-bas , mais les manières nobles , avec de l'esprit beaucoup, de la vivacité, de la hauteur, et le visage allongé, décharné, le plus désagréable du monde. J'avois pris à tâche de l'apprivoiser, et j'y étois 'parvenu. Nous causions souvent ensemble au palais , et il étoit de ceux qui venoient manger familièrement chez moi sans prier. Sa conversation étoit simple et agréable , souvent mêlée de traits fort justes et fort naturels, quelquefois plaisants, quoique sérieux et réservé. Depuis mon retour, il fit un voyage en Flandre où il eut l'honneur d'épouser une Groï, qui n'avoit rien, qu'il remena en Espagne, lui sans s'arrêter à Paris, où elle fut dame du palais de la reine, dont il a eu postérité.

Mangera *.

MoNDEjAR, Ivannez. Cette terre, qui est en Gastille, fut érigée en marquisat et en grandesse d'Espagne , vers 161!{ , pour Innigo Lopez de

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