ASSEMBLÉES OÙ LA JUSTICE A FAIT CORPS À PART
tant cette qualité de légiste y est par nature inhérente et n'en peut être arrachée par quelque raison que ce soit , et c'est ce qui s'est vu en plusieurs députés des parlements aux états généraux. Après ces preuves comment pouvoir révoquer en doute que le parlement ne soit , par sa nature et par l'usage jamais interrompu, et comme tous autres magistrats, membre nécessaire et par essence du tiers état?
Il est vrai , car il ne faut aucune réticence , qu'il y a un exemple ou deux où la justice a fait un corps à part dans les assemblées générales , mais point jamais aux états généraux , et si peu , que ces assemblées où elle a fait corps à part n'ont jamais été ni passées ni comptées ni réputées être états généraux : secondement , c'est antérieurement et postérieurement à ces assemblées qui ne furent point états généraux, et n'ont jamais passé pour tels , les officiers de justice , et ceux du parlement de Paris et des autres parlements ont été députés du tiers état sans aucune réclamation. C'est donc une exception singulière faite à l'occasion de la perte de la bataille de Saint-Quentin , où il s'agissoit d'efforts extraordinaires, que la justice fut mise à part, parce qu'elle avoit fourni sa quote-part avant l'assemblée générale qui ne fut convoquée que pour cela , et avec laquelle on n'eût pu la mêler sans l'exposer à payer deux fois. Cette assemblée ne fut point d'états généraux , et si ^ encore la justice dans ce qu'elle fut avec elle , céda sans difficulté à la noblesse : ainsi rien qui fasse contre ce qui vient d'être expliqué.
Si le parlement prétendoit participer et représenter même les états généraux comme en contenant les trois ordres en abrégé , la réponse seroit facile. Il n'y a qu'à désosser cette composition , et on trouvera qu'elle ne sera pas plus heureuse à imposer que l'équivoque du nom de parlement. L'avantage des propositions fausses est le captieux et l'implicite qu'elles présentent à la paresse ou à Tignorance qui ne les développent pas. L'artifice sait faire valoir le spécieux. Mais si on prend quelque soin d'approfondir, on voit bientôt le piège à découvert, et on est plus qu'étonné de la hardiesse qui débite une absurdité avec l'autorité d'une chose de notoriété publique.
On dira donc , si on veut , que les pairs ecclésiastiques et les conseillers clercs, les pairs laïques et les conseillers d'honneur , et les magistrats du parlement y représentent les trois ordres du royaume. Il est vrai qu'ils sont de ces trois ordres , mais il ne s'ensuit pas ce qu'on en prétend.
Les pairs , quelques efiforts que le parlement puisse faire , ne sont point du corps du parlement : autre chose est d'y avoir séance et voix délibérative , autre chose est d'être de Cette compagnie. Les pairs ont la même voix et séance dans tous les parlements ; dira-t-on qu'ils sont de tous les parlements , le dira-t-on du chancelier qui préside à tout quand il lui plait, le dira-t-on des maîtres des requêtes qui y entrent à ce titre? On a vu quel est celui qui a conservé aux seuls pairs cette séance et voix, lorsque tous les autres nobles et ecclésiastiques en ont été exclus. Gela a-t-il quelque trait à une qualité particulière de membre du
4 , Pourtant.