ÉTATS GÉNÉRAUX DANS LE PARLEMENT
parlement ? Jamais un grand fief de la couronne ayant par nature lamajesté d'apanage, et du plus grand office de l'Etat et du plus ancien, ne ressembla à Toffice vénal de judicature qui s'acquiert et se vend par un légiste^ Ainsi voilà les deux premiers ordres que les pairs ne sauroient représenter dans le parlement. On ne sera pas plus heureux à y montrer le premier ordre dans les conseillers clercs. Les prélats des parle-, ments assemblés en divers temps de l'année pour juger les causes des particuliers n'en étoient point par office , encore moins vénal , beaucoup moins comme docteurs es lois et légistes , puisque les légistes y étoient assis à leurs pieds sans voix, et pour les conseillers à l'oreille quand il plaisoit à ces prélats de leur demander quelque éclaircissement. Il en étoit de même des nobles , et les uns et les autres y étoient nommés et mandés par le roi comme tels , tantôt les uns , tantôt les autres. Rien de plus dissemblable aux conseillers clercs qui , comme légistes et non autrement , mais aussi comme clercs pour protéger l'Eglise quand les prélats se furent retirés de ces trop fréquentes et trop longues tenues , ont eu des offices vénaux de conseillers afi'ectés aux clercs : ce sont donc des clercs , mais légistes , et qui sans être légistes ne pourroient pas être conseillers. Ces légistes clercs ne peuvent donc représenter le premier ordre de l'Etat au parlement pour leur argent , et pour leurs examens et leurs degrés en lois.
La noblesse y est aussi peu représentée par le conseiller d'honneur. Jusqu'au tiers du règne de Louis XIV ces places se donnoient à des gens de qualité, même à des maréchaux de France. Mais ces messieurs entroient au parlement comme autrefois les ecclésiastiques et les nobles dans ces parlements tenus en divers temps de l'année, sans degrés, sans examen , sans quoi que ce soit qui sentit le légiste , comme font encore les pairs. Cjétoit un honneur pour le parlement, et une distinction pour ces seigneurs , qui , comme les pairs après eux , mais personnellement et dans un seul parlement , avoient voix et séance , sans pouvoir être dits être du parlement, puisqu'ils n'avoient point d'office que la nomination du roi. Mais cet argument, tout faux qu'il est, est maintenant tombé, puisqu'il y a tant d'années qu'aucun noble n'a obtenu de ces places de conseiller d'honneur, qui sont devenues la récompense de magistrats recommandables par leur mérite, leur ancienneté ou leur faveur, tellement qu'elles ne sont plus remplies que par des légistes. On voit donc l'absurdité de cette représentation des trois ordres du royaume dans le parlement , et d'en faire membres , comme les légistes qui à titre de degrés aux lois et d'argent y sont pourvus d'office , les pairs , les gouverneurs de province , les évoques diocésains qui entrent, les premiers dans tous les parlements du royaume, et les autres dans celui de leur province ou de leur ville épiscopale, comme le chancelier de France qui préside à tous, enfin comme les maîtres des requêtes pour ne rien oublier, qui tous les jours y peuvent aller juger quatre à la fois.
A la suite de ce raisonnement qui paroît clair et sensible , on doit être surpris de la pensée d'une simple cour de justice , qui toute majestueuse qu'elle soit devenue n'est toutefois que cela, de prétendre