‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 122 sur 232 · PREMIER PRESIDENT À MARLY, TOUT CHANGÉ · texte numérisé non relu

PREMIER PRESIDENT À MARLY, TOUT CHANGÉ

au duc de La Force à Sceaux. Il y alloit ëouvent ; il y apprit donc ce qui s'étoit passé à Fontainebleau , la peine où M. du Maine disoit être de n'avoir pu remuer MM.de Saint-Simon, de Noailles et d'Ântin. Il ajouta qu'il Gomptoit sur son amitié , et qu'il lui en demandoit une marque : c'étoit de rendre compte de sa conversation avec lui au plus grand nombre de ducs qu'il pourroit , et de faire qu'ils ne perdissent pas de gaieté de cœur une occasion si favorable , où le premier président répondoit du succès de son côté et du parlement , et lui^ duc du Maine du côté du roi , auprès duquel il se chargeoit de rompre utilement toutes les glaces. Ce fut dans ce même temps qu'il parla dans le cabinet à trois reprises aux ducs de Noailles , etc. , comme je l'ai raconté , et que nous nous assemblâmes chez M. d'Harcourt. Ainsi tout se fit à la fois , parce que M. de La Force parla en même temps à plusieurs autres, qui tous furent aussi d'avis d'accepter les offres de M. du Maine , que nous venions de résoudre, comme on l'a vu, de ne pas refuser parce que le danger nous en parut encore plus grand que celui d'accepter.

C'étoit de Marly que le mémoire avoit été envoyé au premier président , et que , après son renvoi à d'Antin , il l'avoit remis au roi , qui Tavoit , comme on l'a dit , déjà vu et approuvé pour le donner au premier président. Il fut quelque temps à venir à Marly ; et lorsqu'il y arriva le matin , d'Antin se trouva au lit avec un gros rhume. Le premier président descendit chez M. du Maine , avec qui il fut seul assez longtemps ; puis chez d'Antin , où il trouva les ducs de La Rochefoucauld , Noailles et Aumont. Il leur parut tout différent de ce qu'ils l'avoient vu chez lui ; il étoit froncé , et avoit l'air embarrassé. 11 dit qu'il n'avoit encore parlé à personne , en attendant les ordres du roi ; mais , sans s'expliquer davantage , il lui échappa que l'usage présent sur le bonnet étoit une chose ancienne dont le parlement seroit difficile à se départir. Il se montra pressé d'aller chez le roi , et laissa ces messieurs fort étonîiés d'un changement si grand , si prompt, et si peu attendu. Je l'attendois au passage dans le salon , avec M. le duc d'Orléans , qui , dès qu'il le vit , alla à lui , lui dit qu'il^ savoit l'affaire qui étoit sur le tapis , que non-seulement il ne s'y opposoit pas , mais qu'il la trouvoit juste et raisonnable , et qu'il lui feroit plaisir d'y apporter toute facilité. Le premier président paya ce prince de respects généraux, de l'ancienneté de l'usage et de gravité, et dit qu'il alloit recevoir les ordres du roi. Il entra aussitôt après dans son cabinet; il y demeura peu et sortit fort allumé. Il trouva en sortant les ducs de Villeroy, Noailles, Aumont, Charost et Harcourt ensemble , à qui il dit fort sèchement que le roi lui avoit remis un mémoire ; qu'il lui avoit permis de consulter le parlement, et eu la bonté de l'assurer qu'il n'entendoit pas rien exiger d'eux. Passant tout de suite à la prétendue ancienneté de l'usage du bonnet , il s'échauffa dans son discours , les quitta brusquement , et les laissa encore plus étonnés que le matin chez d'Antin , où il ne retourna pas. Il alla chez M. du Maine , d'où il monta en carrosse pour retourner à Paris. Le roi manda le lendemain matin à d'Antin par Bontems qu'il ayoit balancé à donner le mémoire au premier président *, mais que , n'y ayant rien vu que de bien, et se souvenant qu'il l'ayoit prié de le donner,

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