ÉCLAT DU PREMIER PRÉSIDENT
il raroit fait. D*Antin étant allé le lendemain chez le roi, il lui dit qu'il ayoit dit au premier président de voir le mémoire avec qui il jugeroit à propos de sa compagnie ; que ce que les ducs demandoient lui paroissoit raisonnable; que, pour ce qui le regardoit, il le trouvoit bon; que les princes du sang y consentoient , que c'étoit à lui à examiner ce qu'il y avoit à faire là-dessus, sans en faire une dispute ni un procès, et que cependant il étoit bien aise d'avoir appris que cette affaire , où il ne vouloit forcer personne , se passoit de concert et avec honnêteté entre tous. Le roi ajouta que le premier président n'avoit pas fait la moindre difficulté , avouant même que les ducs n'avoient pas tort de se plaindre , et répondit qu'il prendroit son temps pour en parler à sa compagnie , après quoi il viendroit lui en rendre compte. La même chose nous revint par le duc du Maine. Cette facilité dans le cabinet du roi parut si dissemblable à ce que le premier président avoit montré, avant d'y être entré et après en être sorti , qu'il y en eut qui se persuadèrent qu'il avoit envie de bien faire, mais de se faire valoir, et montrer en même temps à sa compagnie qu'il n'abandonnoit pas ce qu'elle vouloit croire de son intérêt, parce qu'il s'étoit passé plusieurs choses quil'avoient fort éloignée de lui. Pour moi , qui avois toujours présent le danger que j'ai expliqué d'avance , et devant les yeux le brouillard du mémoire exigé sans la moindre nécessité, communiqué au premier président, et renvoyé sans réponse d'approbation ni d'improbation , je ne pus m'endormir sur ce que je ne voyois point, et M. d'Harcourt fut encore en cela de mon avis.
Jusqu'alors le secret entier avoit été si exactement gardé , qu'il y a lieu de s'étonner qu'il eût duré six semaines parmi tant de personnes , sans qu'il en eût transpiré quoi que ce fût. A quatre jours de là, il éclata par les plaintes que les magistrats faisoient à Paris , et qui revinrent à Marly , du mémoire qui leur avoit été communiqué. Le premier président avoit assemblé chez lui les présidents à mortier Novion, Maisons, Aligre , Lamoignon et Portail, le doyen du parlement Le Nain, et les conseillers Dreux, LeFerron, Ferrand, laïques. Le Meusnier, Robert et de Vienne, clercs. Ils voulurent trouver dans les premières lignes du mémoire un souvenir malin des troubles de la minorité du roi ; ils s'en montrèrent extrêmement blessés , et ne trouvèrent rien de propre à les calmer dans les expressions du premier président. Ce fut lui qui s'éleva le premier sur le mémoire, qui excita les autres, et qui tâcha de rendre le mécontentement contagieux dans le parlement.
D'Antin lui en écrivit sa surprise et ses plaintes par une lettre trèsmesurée qu'il communiqua auparavant à quelques ducs. Il le somma sur leur parole réciproque , donnée en présence du duc de Noailles : lui , de lui envoyer le mémoire avant de le présenter au roi , ce qu'il avoit exécuté, le premier président, d'y remarquer et d'y corriger même ce qu'il voudroit, et lui renvoyer ainsi , s'il y trouvoit quelque chose qui le méritât; parole qu'il n'avoit pas tenue, puisqu'il le lui avoit renvoyé sans remarque ni correction , et s'en plaignoit si amèrement après. 11 ajoutoit que sa conduite n'étoit pas celle de gens qui eussent dessein d'offenser, puisqu'il avoit remis ce mémoire à leur censure avant de s'en servir ; et
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il âûûsoit par expliquer rendroii dont ils se plaignaient d'iine manière sans réplique , parce qu'en effet il y falloit donner d'étranges contorsions pour y entendre ce que d'Antin n'avoit jamais peiisé à y mettre. Il B6 s*y agissoit en effet que de l'intérêt de la maison de Gùise , et du diic de Guise qui, pour s'acquérir le parlement pendant la Ligue, avoit \e premier souffert dans le serment de pair à sa réception , l'addition de la qualité de conseiller. Or cette qualité y éloit Supprimée depuis longtemps, et le souvenir du temps de la Ligue avoit des endroits (|ai faifoient honneur au parlement. Cependant la pierre étoit jetée, elle fit tout son effet.
Presque en même temps ,1 e premier président tomba malade ou le fit. Il craignoit un abcès dans la tête , qui est un mal qui ne se voit point; Un voyage à sa campagne lui parut nécessaire à sa santé; il en revint ayec la goutte et fit durer tout cela deux mois. La raison ou le prétexté étoit bon pour éloigner la réponse à rendre au roi , attiser le feu , et bien prendre toutes ses mesures. On le soupçonna ainsi ; et ce soupçon lui attira une visite des ducs de Noailles et d'Antin ensemble , qui lui dirent, en entrant, qu'ils ne vehoient point pour lui parler d'affaires, pais pour savoir des nouvelles de sa santé ; mais lui leur en voulut parler. Il entra d'abord dans une explication légère sur le bruit que le mé* moire éxcitoit. Il ne fit qu'effleurer, par l'extrême embarras d'avoif" à répondre au silence qu'il avoit gardé sur ce mémoire , qu'il avoit eu à examiner et à corriger à son gré avant qu'on en fît usage , et qu'il avoit renvoyé sans rien témoigner. Les autres ne voulurent pas aigrir les choses plus qu'elles l'étoient; i^insi personne ne chercha qu^à sauter par-dessus.
De là , le premier président leur fit une proposition , qui les surprit extrêmement. Rogue ou accort, selon le personnage à qui II avoit af* faire , il exposa le plus amiablemeni du inonde aux deux ducs qu'il n'étoit ni le seul président, quoique le premier, ni le maître de sa compagnie, quoiqu'il en fût le chef; que les autres présidents, communs avec lui dans le même intérêt, ne le considéroient pas avec les mêmes yeux que lui; qu'il trouvoit en eux une opposition fort vive; que 14 çjompagnie y prenoit beaucoup de part ; qu'il n'avoit pas oublié que le ^ésir de l'unioa avoit fait naître la pensée dé finir les contestations qui i'altéroient -^ que ce seroit la remplir, et lever en même temps tous les obstacles, si les ducs vouloientse relâcher de quelque chose en faveur des, prétentions des magistrats du parlement. A une proposition si singulière de gens qui peu à peu avoient , comme on l'a vu ci-dessus, tout emblé aux ducs de force ou d'artifice,la réponse fut que ce qu'on demandoit étoitjuste, OU ne l'étoit pas ; qu'il s'agissoit de supprimer une incivilité très-ind^ eente , et une nouveauté sans fondement aucun , telle que la séance d'un oopseiller au bout de chaque banc des pairs l'étoit avouée par euxmêmes; qu'il n'étoit donc question , quant à ce point, que de le remettre dans l'ordre ancien de tout temps; et qu'à l'égard du bonnet, s'ils ne le youloient pas donner , d'ôter au moins une manière d'insulte , qui , tant qu'elle subsisteroit , ne pouvoit cesser d'être une pierre de scandale ; que ni l'un ni l'autre par sa nature ne demandoit de compensation ; que ,