DUC DE BERRY MALADE ET EMPOISONNÉ
ravoîtrésolu , et se promena dans ses jardins, Les médecins , contre leur coutume, ne le rassurèrent jamais. La nuit fut cruelle. Le mercredi 2 mai, le roi alla après sa messe chez M. le duc de Berry qui avoit été encore saigné du pied. Lé roi tint le conseil d'Ëtat à l'ordinaire, dîna chez Mme de Maintenon, et alla après faire la revue de ses gardes du corps. Coettenfao, chevalier d'honneur de Mme la duchesse de Berry, étoit venu le matin prier le roi de sa part que Chirac , médecin fameux de M. le duc d'Orléans, vît M. le duc de Berry. Le roi le refusa sur ce que tous les médecins étoient d'accord entre eux, et que Chirac, qui seroit peut-être d'avis différent , ne feroit que les embarrasser. L'aprèsdînée, Mmes de Pompadour et de La Vieuville vinrent de sa part prier le roi de trouver bon qu'elle vint , avec, force propos de son inquiétude , et qu'elle viendroit plutôt à pied. Il y falloit venir en carrosse si elle en avoit eu tant d'envie^ et, avant de descendre , le faire demander au roi. La vérité est qu'elle n'avoit.pas plus d'envie de venir que Jif. le duc de Berry de désir de la voir, qui ne proféra jamais son nom , ni n'en parla indirectement même. Le roi répondit des raisonâ à ces dames, sur ce qu'elles insistèrent, il leur dit qu'il ne lui fermeroit pas la porte, mais qu'en l'état où elle étoit cela seroit fort imprudent. Il dit ensuite à Madame et à M. le duc d'Orléans d'aller à Versailles pour l'empêcher de venir. Au retour de la revue , le roi entra chez M. le duc de Berry. Il avoit encore été saigné du bras , il avoit eu tout le jour de grands vomis-^ iements où il y avoit beaucoup de sang, et il avoit pris pour l'arrêter de Teau de Babel jusqu'à trois fois. Ce vomissement fit différer la communion; le P. de La Rue étoit auprès de lui dès le mardi matin, qui, le trouva fort patient et fort résigné.
Le jeudi 3, après une nuit encore plus mauvaise , les médecins dirent qu'ils ne doutoient pas qu'il n'y eût une veine rompue dans son estomac. Il commençoit dès la Veille , mercredi , à se débiter que clet accident étoit arrivé par un effort qu^il avoit fait à la chasse le jeudi précédent que. rélecteur de Bavière y étoit venu , en retenant son cheval qui avoit fait une grande glissade , et on ajouta que le corps avoit porté sur le pommeau de la selle, et que depuis il avoit craché et rendu du sang tous les jours. Les vomissements cessèrent à neuf heures du matin, mais sans aucun mieux. Le roi, qui devoit courre le cerf, çontremanda la chasse, A six heures du soir, M. le duc de Berry étouffoit tellement qu'il ne put plus demeurer au lit; sur les huit heures, il se trouva si soulagé qu'il dit à Madame qu'il espéroit n'en pas mourir ; mais bientôt après le mal augmenta si fort , que le P. de La Rue lui dit qu'il étoit temps de ne plus penser qu'à Dieu , et à recevoir le viatique. Le pauvre prince parut lui-même le désirer. Un peu après dix heures du soir , le roi alla à la chapelle où on gardoit une hostie consacrée dès les premiers jours de la maladie; M. le duc de Berry la reçut et Textrèmeonction , en présence du roi , avec beaucoup de dévotion et dé respect. Le roi demeura près d'une heure dans sa chambre , viht souper seul dans la sienne, ne vit point les princesses après souper, et.se coucha. M. lé duc d'Orléans alla à deux heures après minuit à Tersaiiles , sur ce qiïe Mme la duchesse de Berry vouloit encore Venir à Marly. Vu peu