PROFONDEURS DU DUC DU MAINE
commander, et qu'il lui renouvelle d'autres fois encore la même assurance. Par là M. du Maine s'assure que, quoi qu^^il puisse arriver, le roi ne décidera rien , et laissera les ducs dans la nasse , à qui , s'ils le pressoient, il aura sa réponse toute prête : qu'il n'est entré dans cette affaire que parce qu'elle lui a été présentée de concert ; qu'il a promis dès le premier jour au premier président de ne point commander; qu'il lui a dit, en faveur des ducs, qu'il trouvoit ce qu'ils demandent juste et raisonnable , et qu'il auroit fort agréable qu'ils fussent contents ; que c'est tout ce qu'il pouvoit faire ; qu'après l'engagement pris de ne point commander , et de leur su , et n'y être entré qu'à cette condition , il ne peut > aller plus loin. Ainsi M. du Maine jouoit sa comédie en sûreté, et s'étoit habilement mis à couvert d'avoir la main forcée , mais elle ne pouvoit finir que par un éclat , et c'étoit son embarras. Il vouloit s'en mettre à l'abri , le premier président ne vouloit pas l'essuyer tout seul , et c'est ce qui fit traîner l'affaire.
f Le duc du Maine vouloit engager le premier président en des procédés, et se cacher derrière lui. Ce magistrat en sentoit les conséquences; mais asservi à M. du Maine qui le cajoloit avec douceur, et à Mme du Maine qui le traitoit avec impétuosité , il se trouvoit étrangement en presse ; et , outre les grands avantages dont lui et les autres présidents se flattoient de l'échange du bonnet avec leur suite, cette voie le tiroit de tout embarras , et laissoit à son tour M. du Maine dans la nasse , qui n'auroit rien fait pour soi , et n'aur'oit fait que l'avantage des présidents , avec une union passagère des ducs avec le parlement , mais qui eût suffi pour ruiner tout ce qu'il avoit acquis de grandeur et de puissance , ce qu'il craignoit mortellement. Dans ce détroit néanmoins , il n'en fit aucun semblant. Il sentit que montrer sa crainte de cet accord montreroit trop la corde ; il espéra que les ducs ne se laisseroient pas prendre à un hameçon si grossier , et il ne s'y trompa pas. M. d'Aumont eut beau faire , il n'ébranla aucun de ceux sans le concours desquels rien ne se pouvoit faire ; au pis aller , M. du Maine étoit sur ses pieds , par le roi , d'empêcher les princes du sang de consentir à suivre les présidents, moyennant quoi il n'étoit pas possible de croire les ducs assez destitués de sens pour vouloir se séparer de ces princes et se livrer à une si honteuse prostitution. Le premier président , qui sentoit qu'il n'y avoit pourtant que cette suite qui pût le tirer du détroit où M. du Maine l'avoit engagé , et qui , léger et présomptueux comme il étoit , n'en vit l'affre que lorsqu'il y toucha , allongeoit toujotirs , dans l'espérance que le duc d'Aumont et Maisons , à force d'art , d'éloquence , d'intrigue et de délais , réussiroient enfin à persuader les ducs d'en sortir par là , après quoi il s'excuseroit à M. du Maine sur les présidents qui l'auroient forcé , parmi lesquels il n'avoit que sa voix , lesquels avoient mis le parlement de leur côté, et ce qu'il n'y avoit aucun lieu de pouvoir imaginer, les ducs aussi. Il prolongea donc tant qu'il put, et au delà de toute mesure, de rendre réponse au roi.
Outré de rage de se voir trompé enfin dans l'espérance qu'il avoit conçue , piqué à l'excès d'avoir été arrêté par le roi sur les propos qu'il avoit fait semer sur cette affaire et sur les ducs , et d'être privé de faire