‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 136 sur 232 · EXACTITUDE DU RÉCIT · texte numérisé non relu

EXACTITUDE DU RÉCIT

Ce qui vient d'être raconté de la conversation de Sceaux est copié mot à mot sur le rapport qui en fut fait par le duc de La Force, en présence du duc d'Aumont, qui n'y trouva rien à ajouter, à diminuer ni à chan< ger. Il parut si important et en même si curieux qu'il fut écrit sur-lechamp même , et c'est d'où il a été pris. On n'en a omis que ce que ce premier écrit omit , qui est un fatras de répliques et de dupliques de part et d'autre , qui n'étoient que des répétitions continuelles en d'autres teranes des premiers , et pour ainsi dire des propos matrices , qui furent écrits , et qu'on a exactement copiés. On en usera ici comme on a fait sur les impostures du premier président au roi, c'est-à-dire qu'on supprimera tout commentaire. Le simple narré est non-seulement au-dessus de tous ceux qu'on pourroit faire , mais il se peut dire que la proposition de la duchesse du Maine , et la menace de sa part de culbuter l'état , et sa déclaration de le faire plutôt que perdre la succession à la couronne , surpassent non-seulement toute attente , mais toute imagination. Resteroit à savoir le véritable projet de cet engagement de conférence avec la duchesse du Maine. £toit-ce un panneau tendu au désir du bonnet, à l'embarras honteux de l'état actuel de cette affaire ; et à la sottise espérée des ducs que cet écrit d'assurance pour les en accabler après par le roi, par les princes du sang, par le parlement, parle public? et il semble que le personnage infâme de délateur et d'imposteur que le premier président venoit de faire auprès du roi contre les ducs conduise à le penser. N'étoit-ce aussi que la peur extrême du futur qui saisissoit un moment d'espérance d'obtenir cet écrit , avec dessein effectif de faire donner le bonnet , et de laisser le premier président dans la nasse après s'être assuré des ducs, et peut-être du roi à cet égard d'avance? Mais qui pourroit sonder les profondeurs du gouffre noir et sans fond du sein du duc du Maine , qui se substituoit son épouse après avoir paru plus qu'il ne vouloit dans la conduite affreuse du premier président? Dieu les a jugés tous deux, il n'appartient pas aux hommes de le faire.

Quel qu'en ait été le dessein , il manqua , grâce au duc de La Force quk, se voyant trahi par son adjoint , conserva toute la présence de son esprit et de son courage pour s'en tirer habilement et nettement , sans donner prise Je moins du monde. M. du Maine , comblé au moins d'avoir commis les ducs avec le premier président par un si vif éclat , et le parlement par lui, ne perdoit point de vue son premier projet de àiire casser la corde sur les ducs sans qu'il parût y avoir part , et délivrer en même temps le premier président de faire au roi une réponse nettement négative. Cette réponse de plus ou de moins , après ce qu'il avoit dit au roi des ducs, ne lui auroit pas, à leur égard, gâté sa robe davantage. Mais soit que le premier président crût en avoir assez fait, soit que M. du Maine craignît de se manifester davantage par cette dernière démarche, soit encore, supposé que le roi ne fût pas de la partie, qu'il craignit que , piqué de la conduite du premier président , il ne se fâchât jusqu'à décider le bonnet en faveur des ducs, le duc du Maine eut recours à une nouvelle scène , à travers laquelle il ne parut l'auteur de tout le jeu que plus manifestement : ce fut d'y amener. Mme la Princesse. -Il ne pouYoit néanmoins ignorer que, dès le commencement de

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