‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 137 sur 232 · DUC DU MAINE INTRODUIT MADAME LA PRINCESSE · texte numérisé non relu

DUC DU MAINE INTRODUIT MADAME LA PRINCESSE

TafTaire , il avait répondu des princes du sang , et d'elle nommément , si bien qu'il usa pour elle du mot de bappelourde ' , du terme d'imbécile qui n'étoit comptée pour rien , et qui ne s'étoit jamais mêlée de rien dans sa famille ni dehors, qui n^auroit osé penser à s'opposer à l'inclination du roi , et qui ne branleroit jamais au moindre mot que lui son gendre hii diroit. Gela ne fut pas dit par lui pour une fois aux ducs , mais à plusieurs , et plusieurs fois répété , en répondant lui-même , et y mêlant des plaisanteries du peu de cas qu'il y avoit à en faire. Mais l'affaire pressoit , il falloit une issue , il cboisit celle-là, ou il n'en trouva point d'autre. Jbans cet instant Mme la Princesse devint un esprit , une femme de tété et d'autorité qui alla parler au roi pour sa famille. Elle dit que M. le Prince lui avoit toujours parlé du bonnet comme de la plus chère distinction des princes du sang sur les pairs; qu'elle avoit trop de respect pour sa mémoire , pour ses sentiments , pour ses volontés , pour l'intégrité du rang des princes du sang , pour ne pas supplier le roi de toutes ses forces de n'y rien innover. Làndessus le roi dit à d'Antin qu'il étoit fâché de cette fantaisie qui avoit pris à Mme la Princesse ; qu'il ne pouvoit la persuader ni passer par-dessus ; et qu'il ne vouloit plus ouïr parler dd bonnet. D'Antiji , qui vit bien que c'étoit une chose préparée , ne laissa pas de répondre de son mieux. Mais il parût clairement que le roi étoit convenu avec M. du Maine d'en sortir de cette façon, et rien ne le put ébranler.

Rien de si transparent que ce personnage de Mme la Princesse. Personne n'ignoroit le peu de figure qu'elle avoit fait dans sa famille toute sa vie , ni les mépris et les duretés avec lesquels M. le Prince l'avoit sans cesse traitée jusqu'à sa mort , bien loin de lui parler du bonnet , ni même de la moindre chose la plus domestique. Avec des millions dont elle pouvoit disposer^ elle n'eut pas le moindre crédit ni moyen d'éteindre le feu que le testament de M. le Prii^e fit naître parmi ses enfants; et si on a vu en son lieu qu'elle fit résoudre en un instant , par l'autorité du roi qu'elle alla trouver, le double mariage de M. le Duc et de M. le prince de Conti, c'est qu'elle î\it guidée et poussée par l'intérêt de Mile de Conti, brusquement, et à l'insu de tous, et que ce qu'elle apprit au roi, par la trahison de Mlle de Conti, du mariage, résolu entre M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans et Mme la princesse de Conti , de Mlle de Chartres et de M. le prince de Conti , sans que le roi en sût le premier mot, le détermina sur-le-champ à montrer son autorité en le rompant et faisant en même temps épouser Mlle de Bourbon à M. le prince de Conti , et Mlle de Conti à M. le Duc. Ici le roi , loin d'être piqué contre les ducs , l'étoit contre le premier président , et le crédit de Mme la Princesse n'avoit jamais paru en aucune existence auprès du Toi. M. du Maine n'apprit rien aux ducs sur Mme sa belle-mère ; mais les ducs , toujours en soupçon , voulurent se faire assurer par lui plusieurs fois, non d'elle, trop incapable pour en avoir rien à craindre, sûrs surtout que nous étions de Mme la Duchesse par nous-mêmes qui

4 . Ce ii^ot, qui se disait au propre d'une pierre fausse, désignait, au figuré, me personne de belle apparence, mais sans esprit.

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