‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 16 sur 232 · NESLE QUITTE LE SERVICE · texte numérisé non relu

NESLE QUITTE LE SERVICE

pas à le suivre , se mesara sur Tamyée du prince Eugène à Bade. En même temps , on fit deux camps de paix pour eJtercer les troupes , qui n'en avoient pas grand besoin , mais ce ne fut que de la cavalerie pour consommer les fourrages dont on avoit trop de magasins.

Le marquis de Nesle , qui avoit la compagnie éoossotse de la gendarmerie , se sentant peu propre au service , la vendit à son cousin germain le comte de Mailly, qui n'y fit pas plus de fortune. Nesle l'avôit achetée deux cent dix mille livres. Le roi , qui n'aimoit pas qu'on quittât le service de si bonne heure , la taxa à cent cinquante mille livres.

Le roi dit le soir après souper dans son cabinet , à Madame , qu'il Touloit être tuteur de Mme la duchesse de Berry et de Tenfant dont elle étoit grosse. Il avoit, le même jour, envoyé Yoysin et Pontchartrain faire l'inventaire des pierreries de M. le duc de Berry. Celles que Mme la duchesse de Berry avoit apportées lui furent rendues, celles que M. le duc de Berry avoit à lui avant son mariage furent réservées à l'enfant qui naîtroit, les acquises depuis partagées entre la mère et l'enfant. En même temps , le roi donna à Mme la duchesse de Berry deux cent mille livres d'augmentation de pension.

La perte de Dunkerque , dont les Anglois avoient exigé la ruine des fortifications et du port, fit imaginer un canal à Mardick, pour y faire peu à peu un port en supplément. Le Blanc , intendant de cette province , le proposa à Pelletier ^ chargé de Tintendance des fortifications et du génie. Cela fut fort goûté , et on se mit à y travailler avec chaleur. Les Anglois s'en sont fort scandalisés dans tous les temps ; on leur a répondu qu'on ne faisoit rien en cela contre les conventions de la paix , et cet ouvrage , quoique quelquefois interrompu par leurs cris et leurs me* naces , a assez bien réussi , en sorte qu'on n'a cessé depuis de l'augmenter.

Ragotzi avoit du roi six cent mille livres au denier vingt-cinq * sur l'hôtel de ville , mais dont les deux cinquièmes étoient retranchés , et vingt-quatre mille écus de pension. Il eut en ce temps-ci dix mille écus d'augmentation de pension , et de plus une autre de quarante mille livres à distribuer à son gré entre les principaux de son parti dont les biens de Hongrie étoient confisqués. M. de BeauviUiers , encore malgré tout ce que je lui pus dire , fit donner au duc de Mortemart la survivance de son gouvernement du Havre de Grâce , qui est indépendant et vaut trente- trois mille livres de rente , et au duc de Saint- Aignan celle de Loches , qui ne vaut rien , mais qui est au milieu des terres qu'il lui a données en le mariant. La justice y eut plus de part que l'inclination. Il prétendoit qu'il devoit ce dédommagement à son gendre des avantages qu'il a faits à son frère.

La duchesse de Lorges , troisième fille de Chamillart , mourut à Paris, en couche de son second fils , le dernier mai , jour de la Fête-Dieu , dans sa vingt-huitième année. G'étoit une grande créature , très-bien faite , d'un visage agréable , avec de l'esprit et un naturel si simple , si vrai , ti surnageant à tout qu'il en étoit ravissant; la meilleure femme du

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