‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 161 sur 232 · EFFIAT A MARLY · texte numérisé non relu

EFFIAT A MARLY

Marly, où le roi pouvoit mourir , et où il èioît éi important d'être bien inrormé des mesures àe M. lé duc d'Orléans , et de lui en faite inspirer de fausses. C'étoit un homme de sac et de corde , d'autant plus dangereux qu'il avoit beaucoup d'esprit et de sens, fort avare ; fort particulier, fort débauché , mais avec sobriété pour conserver sa santé, il étoit gi'àdd chasseur, et jusqu'à ces derniers temps chez lui, fort keûi avec îé^ (shiens de M- lé duc d'Orléaiis. Il avoit , comme on l'a vu , empôisotihé là première femme de Monsieur , avec le poison que le chevalier de Lorraine lui aVoit envoyé de Rome , duquel il fut toute sa vie intime et dû maréchal de Villeroy. Je ne liii avois iamais parlé lorsqu'il vint à Mârljr. ^e n'ignorois pas ses inenées avec M. dii Maine , même avec Mme de Maintenon , et tout ine déplaisoit en lui.

. Lorsqu'il fut à Marly , et ce fiit au boiit dé qiiâtre joilrà de l'arrivée , Mme la duchesse d'Orléans me fit de grandes plaintes du délâbremeiit et de la mauvaise administration des biens et revenus de Si. le duc d'Or^ îéans, ine vanta la capacité et le mérite du marquis d'Èffiat, son attachement pour M. lé duc d'Orléans , son déplaisir de voir allel: ses afTairéô en décadence, là facilité avec laquelle il les remèttroit en bon état et les revenus p]us qu'au courant, si on lui en vouloit donneirle soin et l'autorité , qu'il ne voiiloit pas deihander mais qu'il accepteroit volontierà par amitié s'ils lui étoient offerts ; qu'elle en avoit raisonné avec lui sût ce pied-là. Elle ajouta qu'elle voudroit fort que je connusse le marquis d'Effiat, avec force louanges pour lut et pour moi; et conclût par mô prier de parler à M: lé duc d'Orléans du dérangement de Ses anairesl, diindaUvais effet qué cela faisoitf pour tiii prince destiné à l'administration publique dans uhe minorité, et dé lui proposer d'en remettre lé soin et l'autorité i\i inarquis d'Effiat. Je ne goûtai rien de tout cela. Jô me défendis des nouvelles conrioissanbès j et bii verra ért son lieu quô Mme la duchesse d'Orléans étoit bien inoitis femme que sobur. Je lui dis que j'avôis toute ina vie observé de ne paHer jamais à M: le ddc d'Orléans de ses afraifes , tli du Palais-Rbyal ; que je me trouvais si bien dé cette coutume qué je né poilvois la changer. Ma ferineté n'ébranla point la sienne. Elle me pressa, elle me tourînentâ, me força enfin de représenter à M. le duc d'Orléans le discrédit; et les suites de la mauvaise administration de ses affaires^ de prendre mon temps qiië lé marquis d'Effiat seroit avec lui , qu'il m'appuieroit dans cette bonversatlon , que je viëndrois à proposer tout dé suite à M. lé duc d'OHéan^ dé prier Éffiat de s'en mêler avec toute autorité, qu'il ne le refuseroit pas en face, ni d'Effiat d'y entrer pour les rectifier:

Deùi jours après, sahs avoir vu lé mar4uis d'Effiat, je lé trbiivai Chez ii. le duc d'Orléans, où je ne sërois pas entré en tiers sans là promesse que Mme là duchesse d'Orléaiis m'avoit arrachée. Nous baiisâities qdël^ que temps de choses indifférentes; enfih je fis ma représentation, ei tout de suite ma conclusion. Ils me laissèrent tous deux dire jusqu'au bout; et quand j'eus fini , M. lé duc d'Orléans me dit qu'il fie sàvolt pas où je prenois le dérangement de ses aflïiires, fet le mauvais effet qu'il faisoit dans le public; de la ii Se mit à en vanter le bon ordre. Je fé- "ondis que Je btoydis pourtant en être bien informé , et par gens qui

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li'^' iirenoient d'âiitrè intérêt qiie Iç sieii;. pùU r^ardant lé marquis d'Emàt , qui avoit gardé lâ-diessus î'e plus profond silence , je dis à^ M. le

lit qu . ^ .

îbéès, qu'il h'avoit jainais suivi de près les choses qui ne lie regardoient point, toais qu'il éii sa voit pourtant assez i)our pouvoir in'assurer que les affaii-es de Ô. le iîuc d'Orléans étoierit dans le meilleur ordre du ïnoride, les mieux administrées, et renchérit longuement sui^ ce que Uf . le duc d'Orléans m'avoit répondu, ils se renvoyèreiat mêrne là balle l'iiii â l'autre avec complaisance ^ tandis que j'étois plongé dans ùii sîléiice d'alimîraliôH.et d'indignation. J'en soirtis enfin par témbigiier qù^

Î'ëtois ravi qu'oïl se Mt mépris là-dessus eii me parlant, et peu à peu la ;oriversation se temlt ëtiî: choses indifférentes; c'éloit ce qiie je sounâilois pour levët le isiége àvefc bteûséance. Je n'en perdis pas lé momenti et je passai tout de suite chez Mine la duchesse d'Orléans, k qui je di4 (d'ari'îtée dé lie miè parler de sa vie de son rairqiiîs d'feffiat , et lui contai be qui venoit de se passek Elle m'en pai'iit fort étonnée , ikais pôiiil déj)risë du marquis d'Effiat , qili tenoit à elle par dés endroib plus chers j hlais j'y gagnai qu'elle h'bsà jamais plus me homnier son nom. J'évitai depuis fort aisément de rèncotitrér Èiïîat chez M. le duc d'Oriéàn^, et de râjiiirocher danâ le salon où liil aussi ne me cherchoit pas; mais forcé jpoîîtesses de sa part dans ces lieux publics quand l'occasion s'en offroit. sans se rebiiter de la froideur des miennes, il n'éist j)as temps encore de tariér de tout cet intérieur de M. [lé duc] et de Mme la duchesse d'Orfeans, et de ce peu de gens qui fencore alors àpprochoient de ce prince. ^ A propos d'honnêtes gens , le marqi^is de Nesle avôit une sdsur fort

taidè , qui avoit épousé un Kassâu , de branche très-càdetté , qui servoit 'Espagîlè d'officier générai, et qui àvdit eu la toison. C'étoil là faim et la soif ensemble. Le inari étoil un fort honnête homme et brave , d'ailleurs lin fort pauvre homme , qui avoit laissé brelander sa femme à sôri

d'éttàiigës choses. Lé iiiàti â la îîn présenta un plâcét au roi , par lequel il lui demandoil , sans toutefois eh avoir besoin , là permission d'accuser Sà femme d'adultère, et d'âttàquer en Jiiâtice ceux qui l'avoieiit commis! avec elle. îl y avoit encore pis : il prétendoit avoir preuve en mairi iVu'eliè avoit vbulii rempôisorihér et (j^'il l'avoit échappa belle. Les fiàilly ë'efflrâyéi-eiit de l'échafadd et ôbtlnî-eht qu'elle seroit conduite à ià Bastille ; elle eu est sortie depuis et a bleîl fait eiicbre parler d'elle. Elle n'a l)birit eu d'eniants ; et son mari est mort longtemps aprfes cetlè aventure. Ôri là crut ihàriée depuis i un èlvcicàt obscur.

Les théiiies persorines, qui n'âyoient rien oublie, par leurs , manèges et pài* leUrs émissaires , potir persuader le roi , Paris ^ toute là tràncé

et les Jiays étrangers de mettre les ma fbyale È\it le fcombtë' Se M. le diib d'Or

héurâ ddmestiqùés de là maisoii éàtiè , el qili de temps en t^mps

envoient teUbUvèlèr et entretenir Ses bruiis avec àrï , lie laissèrent pas

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