CHAPITRE XXVI
Mort du carâinal Sala. — Son extraction, sa Tortune, son caractère. — Bissf cardinal. — Extraction des Bissy. — Trois autres cardinaux italiens. — Extraction, caractère et fortune de Massei. — Mœurs et caraclère du nonce BentiToglio. — Jésuites obtiennent un arrêt qui rend leurs religieux ren* yoyés par leurs supérieurs capables de revenir à partage dans leur Tamille jusqu'à Tàge de trenle>lrois ans. — Majorque, etc., soumise au roi d'Espagne par le chevalier d'Asreld, qui en a la Toison. — Prostilulion inouïe des Toisons. — Rubi chef de la révolte de Catalogne ; quel. — Premier président marie sa seconde fllle au fils d'Ambres. — Succès de ce mariage. — Quelles éloient les deux filles du premier président. — Mariage du duc de La Rocheguyon avec Mlle de Toiras. — Cellamare, ambassadeur d'Espagne, arrive à Paris, puis à Marly, où il s'établit. — Petitesse du roi. — Boulainvilliers; quel il éloit. — Son caraclère; ses prédictions vraies et Tausses.
— Yoysin obtient six cent mille livres de gratification sur le non-complet des troupes. — Le roi veut aller faire enregistrer la constitution en lit de justice sans modification. —Curieux entretien là-dessus par ses suites entre M. le duc d'Orléans et moi, mai» sans effet, parce que le roi ne put aller au parlement. — Mort et caractère de Chauvelin, avocat général ; sa dépouille.
• —Sédition des troupes sur le pain. — Belle fin et mort du maréchal Rosen.
— Duc d'Ormond se sauve d'Angleterre en France. — Princesse des Ursins prend congé du roi à Mari y, où je la vois pour la dernière fois. -^ Incertitude de la princesse des Ursins où fixer sa demeure. — Elle se hâte de gagner Lyon, puis Chambéry ; s'établit à Gènes, enfin à Rome. — Sa vie à Rome jusqu'à sa mort.
Le cardinal Sala, prélat d'une autre trempe, mourut peu de jours après , allant à Rome prendre son chapeau. C'étoit un Catalan de la lie du peuple , qui se trouva de l'esprit et de l'ambition , et qui , pour se tirer de sa bassesse et leoter la fortune, se fit bénédictin dans le pays. Le hasard fit que l'archiduc étant venu à Barcelone , ses écuyers prirent le père de Sala pour son cocher. Le fils chercha à mettre ce hasard à profit , et à se faire connoltre à l'archiduc , et compter par ses ministres. Son esprit étoit tout à fait tourné à l'intrigue et à la sédition. Il la jeta dans tous les monastères de la ville et de la province , et y parut partout comme le chef, le conducteur et le plus séditieux. Il rendit en effet de grands services à l'archiduc par sa hardiesse et par l'adresse de ses lîianéges , tellement qu'il parut néceissaire à ce prince d'élever Sala pour le mettre en état de servir plus en grand. Cette considération le fit évêque de Gîrone. Ses progrès séditieux furent tels dans cette dignité que l'archiduc le fit passer à l'évêché de Barcelone , où il se rendit si considérable même à l'archiduc, qu'il en obtint sa nomination au cardinalat, et de forcer le pape , malgré sa juste répugnance pour un tel sujet , de le déclarer cardinal , lorsque la prospérité des armes des> alliés eut obligé le pape de reconnoître enfin l'archiduc comme roi d'Espagne , et de n'oser déplaire en rien à l'empereur.
Le roi d'Espagne se tint fort offensé de cette promotion , et proscrivit Sala sans y avoir égard. Lorsque la Catalogne se trouva hors de moyens de soutenir sa révolte , et que Barcelone se vit menacée d'un siège et des
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châtiments de sa rébellion, les chefs, pour la plupart, gagnèrent les montagnes , ou sortirent du fiâys: ^âlà lï'èiiibarqua et gagna Avignon comme il put. Il y fut châtié par djes iniirn^ités qui l'y retinrent presque toujours au lit, mais sans amortir l'esprit de sédition qili lui étoit passé en nature. Il n'oublia riéh pour retbulrner à Barcelone | malgré le ^oi d'Espagne. L'empei-eur en presëâ lé pape de tbut Son i)buTair , et le |iàpe , qtlî i'eddtitoit ëà pùissahcë ëti Italie, et qiii h'ignotbit pâ^ l'aiTèctlon de l'archiduc, lors èitlpereu^; pour Sala, chercha à ébrâhlèr lé rçi d'Esjjagne par toutes sortes dé voies, et ne cessoii de lui représenter la vîo^ lence de tenir un ëvêqiië éloigné de son troupeau, et banni de son diocèse. La fermeté du roi d'Espagne fit trouver au pape un tempérament pour gafner du temps , sans offenser les deux idbnarques. Ce fut d'Ordonner à Sala de tenir avant toUtëd choses recevoir sdn chdt^ëaii. Il {Partit ddilc lâ-désstis d'Avignon , ënràgê dé ii'aVoir pu réussir â retdiii'rifef' à Bât-célôiièj nialgré lé roi d'EsJjagne, et se nllt eh cjietnih pour aller à Rbmé. J\ moUi-iit étant fort près d'y ai'river , et fiiiit ainsi J'enlbarps^s du pàpè , de rémpereur ei du roi d'Espagne j à soii occasion. Le roi d'Espagne i maîlre de la Catalogne et de Barcelone, y nomma sans difficulté un autre évêque, à qui le pape ènvbya des bulles aussitôt après.
Cet honnête cardinal fut tout en mêihè temps digtièméhi r&niplacé dans le shtH èbllëge pair Un prélat de moins basse étoffé , d'àUtslht de feu et d'aiîlbition , et â qui lefe moyens ne cbûtererit pa& davâtitd^ë jibur arriver à de but de là dernière fortuné ecclésiastique , auqÙçl il trâvàilloit depuis si longtemps par toute espèce de moyens , qui ne furent peutêtre pas si ouvertement odieux , puisque les mêmes occasions n'existbiërit pas pouf lui, niais qui en autres genres n'en durent guère à cëiii-la eii valeur intrinsèque^ comme on en a vu divers traits rèpandiis ici en divers temps, et cominë on eu remarquera d'autrçs tous partaitenieilt cbrifbrihés à la prbphètip qu'on a vue ici," [que] jà^ parfaite çonribissadcë qù'avoit soii père de ce fils lui en âvoit fait faire. On jjiige bien à ces derniers mots que je parlé de Bissy^ ëvêque de ^êaux et abbé de Saiiit-Geririaih dès t^rés , (jui , par l'autorité du, roi et les jntrîgiiei intéressées des jésuites auxqiiéls dé toute sa vie il étoit vendu .corps et âmè, parvint à, faire consentir aux couronnés que sa promotion fût avancée. Elle la fut donc de près de qbatre ans, puisqu'il fut lait lui quatnètne avec trois. Italiens, qîii ètoiept.un fcâraccioli, évêqiie d'Averse j illustre encore plus par là sainteté de sa vie que, par sa naissance; Scotli , gouverneur de Rome , et Slarihi , maître de chambre du pape.
Éâssëî , càriïérier, confident du pape, vint apçiorier la barrette au nouveau cat-dinai. Masseî étoit fils du trdinpetté de la ville de Élofeiice ; îl étôit eiïtré domestique du pi*élàt Albanô, dès sa jeunesse. C'ètoit îiri Homme d'esjirit et de sens , qui étoit dé bonnes moeurs , sage et mesuré. Ces qualités plùrëiit à son maître qui , peu à peu , releva dans sa médiocre tuàiëon, et lui dbniia ùnë confiance qui fut toujours constante. Le prélat Albano , devenu cardinal , le fit son maître dé chambré , piijs éâ-
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tibils , et là ââgesse et la mestlre dé sa bondtlitë [atttàiitj qde Tauife s'y étbit fait àbhotrer côhitidè le plus dàngérëtti foU , le plus Séditieux , et le flûk débatichê prêtre ; et lé pltiS^ bhien feiirtfeé qiil èôit vend d'îtàlie ; I)ènt-6iré iiiêîiie (ietidatit là Ligaë. Lorigtéinps après Haséei fut cardinal et fort re^tetté en fi-àncè qd'il ne quitta qu'avec larmes , fet où il auroit vdulti jpasser Sa rie, s'il avoit pii f âVoir de qiibi vivre avec dignité, -et que le cardinalat eût pu ëoni|)atir atec là nonciature. Il n*en sortit pas âvèc tridins d'estitné [pour tetoUrriër] à Rome ^ où tôt api-ès il eut Une des trois grandes légations qu'il exerça avec là même capacité. Il vit encore âvèc la mêtne bàpàbité â ijuktifé-virigtà ans , évêqUë d'Âncône; 11 Vînt de l'âbbàye Saint-Gerriiain dès I^rés ; dânà un carrossé du roi , â Marly , le Jeudi 18 juillet; il y présèiità ati roi â là fin de sa mëssé là barrette dans un bassin de vermeil , qui là init sur la tête dé BisSj^ ^ leçjiiël alla aii^si îjrendrfe l'habii rouge dans la sacristie i vint îiité sbti réiùetctnÀeiit âU roi à la porté -de soil cabinet, et i»'en r6toUi*ria aveb Masséi ft Pétris, qu'il logeai vbitura et défraya tàtit iJu'U fut â Paris, suivant là coutume.
Ces Bissjr s'appellent ThiaM , sont de Bburgo^ne , ont été pëtik Juges , puis cotiseillërs aiil préSidiaut dU VLkttitihàiê et du Ghàroldis; devinrent lièiitènafitâ géiléraui de ées petites JuHdictiôns, àcquiretit fiissyqUi li'étoit rien^ dont peu à peu iià firent uhe petite terrfe, et l'accrurent après qde leùi* petite fortutië les eut poi-tés dan§ les parlements de bijdn et de DdleS bù ils furent conseillers ^ puis t>rêsident8 ^ et biii ëd enfin lin premier président en celui de DÔle: Leur belle date eéï leur t^butus Thiard^ né à Bissy) eti IdSli qui se rendit bélèbrè par les lettres; et dont lé père étdit lieutenant général de ces justices subalternes àdi bailliages du Mftconnois et Charolois: C'étoit Uii temps bii les sàvaiiià ranimés par François I" brillolent? celui-ci étdit le pretoîër poète latill de soti temps , et en commerce avec tduS les illustres; Cela lUi lalut l'évéchè de Chalon-sur-Saône, qu'il fit passer à Son névëu. Gè préibiér président du parlement de Ddle, dotit les enfants (Quittèrent là tbbe, ëtbit lé grand-père du père du vieux Bissy , père dû cardinal.
Les jésuites, transportés dé voir désormais Bissy eh état dé figurer â leur gré , eurent en même temps un autre sujet de grande jbiè. 11 lé faut expliquer. US ont les trois vœut ordinaires à tous le^ religieux , pauvreté « Chasteté^ obéissance; dont le dernier est rigoureusement observé chet eUi. La plupart en dehieurent lâ^ et né toiit pas jusqu'au quatrième ) où ils n'admettebt qu'après un lodg examen de dévduëmeiit et d^ talents ; c'est un seoret iînpénétrable. Eux-mêmes ne sàtent pas qui d'entre eux est du quatrième voiu ] et jusqu'à ceux qUi y ont été admis hé cannolssënt pas tons ceux qui l'oht fait, f ulqU'ft ce quatrième voéti exclusivement ^ les jésuites ne sont point liés à leiirs religieux : ils les peuvent renvoyer, et comme le réciproque n'y est paè, cela est d'Uil grand avantage pour leui* compagnie.- Ceux-là seuls ^ul ont fait lé quatrième vœu sont réputés profès; les autres s'appellent parmi;€ux coadjuteur»
I. Le parlement de Fraiiehe> Comté rdt établi flânir lêH ptétdHèr^ lèibpl i Dôle. Louis XIV le transféra à Besançon éft 1070.