MAJORQUE SOUMISE AU ROI D'ESPAGNE
▼oyés peuvent désormais hériter , comme si jamais ils n'ayoient été engagés; mais au delà de cet âge, ils n'héritent plus. Il est vrai que cette fixation diminua la joie des hons pères qui ne vouloient aucunes bornes à la faculté d*hériter.
Le chevalier d'Asfeld , lieutenant généra] , qui longtemps depuis a été maréchal de France , fut chargé de la réduction de l'île de Majorque , qui n?a de ville que Majorque , appelée aussi Palma , qui est la capitale , et Alcudia. Il débarqua à Portopedo avec douze bataillons espagnols , autant de françois , et huit cents chevaux , sans y trouver aucune résistance, tandis qu'on préparoit à* Barcelone un pareil embarquement pour l'aller joindre. Il alla assiéger Alcudia , où , dès que la tranchée fut ouverte, les bourgeois obligèrent la garnison, qui n'étoit que de quatre cents hommes, à se rendre. Palma n'attendit point d'être attaquée. Le marquis de Rubi, principal chef de la révolte de Catalogne , y commandoit et dans toute l'Ile avec commission de l'empereur. Il livra une des portes , obtint tous les honneurs de la guerre , et d'être transporté avec ses troupes en Sardaigne , au lieu de Naples qu'il avoit demandé. Il refusa en- se soumettant et acceptant l'amnistie du roi d'Espagne , de se retirer chez lui avec la restitution de ses biens en Catalogne , qui n'étoit pas grand'chose. C'étoit un fort petit gentilhomme, qui n'avoit jamais servi avant cette révolte , et qui fit mieux de demeurer attaché à l'empereur, qui dans la suite lui donna des commandements considérables. Il avoit dans Palma un régiment des troupes de l'empereur, de douze cents hommes. Il ne tint pas aux instances les plus pressantes d'un capitaine de vaisseau anglois qui s'y trouva et à ses promesses du prompt et puissant secours , d'engager les troupes et les bourgeois à se bien défendre. Les îles Caprara , Dragonera et Iviça qui avoit une place à cinq bastions , se soumirent en même temps. Elles sont fort voi* sines de celle de Majorque , et se trouvoient sous le même commandement.
Le roi d'Espagne , pour une expédition si facile , envoya la Toison au chevalier d'Asfeld, que le roi lui permit d'accepter. Il étoit fils d'un marchand de drap , dont la boutique et l'enseigne sont epcore dans la rue '.... On a vu l'extraction de Ducasse; Bay, fils d'un cabaretier de Besançon , l'eut aussi. Ces nobles choix furent dans la suite comblés par celui d'un homme de robe et de plume , ce qui n'a jamais été vu dans aucun grand ordre. Morville , en qui ce rare exemple fut fait, en témoigna sa reconnoissance par le renvoi de l'infante , qui se fit très-indignement un mois après , dont il fut le promoteur , jusqu'à soutenir en plein conseil que le roi d'Espagne ne pouvoit faire ni bien ni mal en Europe, et que, sans nulle sorte de façons ni de précautions, il falloit lui renvoyer sa fille, même par le coche, pour. que cela fût plus tôt fait. Il vouloit plaire à M. le Duc , lors premier ministre.
On a vu la folie qui prit de l'un à l'autre de se promener les nuits au Cours , et d'y donner quelquefois des soupers et des musiques. La même fantaisie continua [cette année] ; mais les indécences qui s'y commirent ,