‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 203 sur 232 · DISCUSSION SUR LE. CHOIX · texte numérisé non relu

DISCUSSION SUR LE. CHOIX

duc d'Orléans, qui se résolut à chercher soigaeusement deux sousgouvemeurs qui pussent suppléer à ce qui manqueroit au gouverneur, dont la douceur et la facilité n'apporteroit ni obstacle ni ombrage à l'utilité de leurs fonctions. Je proposai pour précepteur Nesmond , archevêque d'Alby, avouant très-franchement que je ne le connoissois point du tout; et ce qui me faisoit penser à lui, c'étoit la harangue qu'il fit au roi pour la clôture de l'assemblée du clergé , et en même temps sur la mort de Monseigneur. Je ne répéterai rien de ce que j'en ai dit en son temps.

La respectueuse mais généreuse liberté de cette harangue , d'ailleurs très-belle et très-touchante , à un roi tel que le nôtre , à qui ce langage étoit inconnu depuis tant d'années , me donna une grande idée de ce prélat pour une éducation dont les lettres et la science ne pouvoit faire une grande partie. Il étoit en réputation d'honneur et de mœurs , et sa capacité en ce genre, je ne sais quelle elle étoit, se pouvoit aisément suppléer par les sous- précepteurs. Ce choix ru'étoit guère plus aisé que celui du gouverneur, tant Tépiscopat alloit tombant de plus en plus, depuis que M. de Chartres , Godet , l'avoit rempli des ordures des séminaires , surtout depuis que le P. Tellier l'avoit si effrontément vendu à ses desseins. Il falloit donc un prélat de bonne réputation , qui ne fût ni de la lie du peuple ni de celle des séminaires , qui n'eût point d'attachement particulier à M. le duc d'Orléans , ni de liaison avec ce qui lui étoit contraire , et qui n'eût levé aucun étendard pour ni contre la constitution. Tout cela se trouvoit en celui-ci. M. le duc d'Orléans en fut fort ébranlé ; mais , comme je ne le connoissois point ni lui non plus , il se réserva à s'en informer davantage.

Il passa de là à raisonner avec moi sur le conseil de régence. Mon avis fut différent de celui que je viens d'expliquer sur l'éducation , au cas que le roi disposât de la formation de ce conseil. S'il le régloit, il n'y avoit point à douter que , pour les choses et pour le choix des personnes , ce ne fût au pis pour M. le duc d'Orléans. Ce prince n'avoit point à cet égard les entraves qu'il avoit sur l'éducation , par les horreurs qu'on avoit répandues contre lui , et qu'on ne cessoit de renouveler. Il ne falloit donc pas se laisser museler par les dispositions que le roi feroit à cet égard , qui par sa personne , ni par leur valeur , ne pouvoient être plus vénérables que celles de Charles Y, et en dernier lieu de Louis XIII , où la prudence et la sagesse avoient si essentiellement présidé , et dont l'autorité mort-née fut abrogée aussitôt après la mort de ces deux grands et admirables rois , quoiqu'ils n'eussent point de monstres à rendre formidables. Je crus donc possible et indispensable d'aller tête levée aussitôt après la mort du roi contre les dispositions du gouvernement qu'il auroit faites , soit secrètes , jusqu'après ce moment , soit déclarées , soit même exécutées par la fofmation de ce conseil et de cette forme de gouvernement de son vivant , pendant lequel il ne falloit que soumission et silence, mais sans cesser de se préparer à le renverser.

La discussion du choix des personnes pour composer le conseil as régence fut difficile. Il fallut traiter le conseil présent et les exclusion* pour balayer la place » éclaircir, et rendre après le choix plus aisé. D*

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