‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 205 sur 232 · ÉTATS GÉNÉRAUX UTILES SUR ZJSS FINANCES · texte numérisé non relu

ÉTATS GÉNÉRAUX UTILES SUR ZJSS FINANCES

rations et les soulagements que les finances pourront recoToir pendant la régence , peu perceptibles et peu crus sans cela , ou de pleine justification de rimpossible , si elles n'étoient pas soulagées dans l'état où il constoit d'une manière si solennelle que le roi les avoit mbes , et laissées en mourant : avantage essentiel pour Son Altesse Royale dans tous les temps, et d'autant plus pur qu'il ne s'agit que de montrer ce qui est, sans charger ni accuser personne , et avec la grâce encore de ne souffrir nulle inquisition là-dessus , mais uniquement de chercher le remède à un si grand mal. Déclarer aux états que ce mal étant extrême , et les re^ mèdes extrêmes a\issi , Son Altesse Koyale croit devoir à la nation de lui remettre le soin de le traiter elle-même ; se contenter de -lui en découvrir toute la profondeur , lui proposer les trois uniques moyens qui ont pu être aperçus d'opérer dans cette maladie , de lui en laisser faire en toute liberté la discussion et le choix , et de ne se réserver qu'à lui fournir tous les* éclaircissements qui seront en son pouvoir , et qu'elle pourra désirer pour se guider dans un choix si difficile , ou à trouver quelque autre solution , ef, après qu'elle aura décidé seule et en pleine et branche liberté , se réserver l'exécution fidèle et littérale de ce qu'elle aura statué j)ar forme d'avis sur cette grande affaire ; l'exhorter à n'y pas perdre un moment , parce qu'elle n'est pas de nature à pouvoir demeurer en suspens sans que toute la machine du gouvernement soit aussi arrêtée ; finir par dire un mot , non pour rendre un compte qui n'est pas dû , et dont il se faut bien garder de faire le premier exemple , mais légèrement aveo un air de bonté et de confiance, leur parler, dis ^ je, en deux mots , de l'établissement des conseils , déclarés et en fonction entre la convocation et la première séance des états généraux , et sous prétexte de les avertir que le conseil établi pour les finances n'a fait et ne fera que continuer la formé du^ gouvernement précédent , sans, innover ni toucher à rien jusqu'à la décision de l'avis des états , qui est remise à leur sagesse , pour.se conformer après à celle qu'on en attend.

ot Je ne crois pas , ajoutai- je , qu'il faille recourir à l'éloquence pour vous persuader du prodigieux effet que ce discours produira en votre faveur. La multitude ignorante , qui croit les états généraux revêtus d'un grand pouvoir , nagera dans la joie et vous bénira comme le restaurateur des droits anéantis de la nation. Le moindre nombre , qui est in^ struit que les états généraux sont sans aucun pouvoir par leur nature , et que ce n'est que les députés de leurs commettants pour exposer leurs griefs , leurs plaintes , la justice et les grâces qu'ils demandent , en un mot , de simples plaignants et suppliants , verront votre complaisance comme les arrhes du gouvernement le plus juste et le plus doux ; et ceux qui auront l'œil plus perçant que les autres apercevront bien que vous ne faites essenti^ment rien de plus que ce qu'ont pratiqué tous nos rois en toutes lel assemblées tant d'états généraux que de notables, qu'ils ont toujours consultés principalement sur la matière des finances , et que vous ne faites que vous décharger sur eux du choix de remèdes qui ne peuvent être que cruels et odieux, desquels , après leur décision, personne n'aura plus à se plaindre, tout au moins à. se prendre à vous de sa ruine et des malheurs publics. »

[1715] PARTI À EN TnUBR SUR LSS R£N0!fCUTI0If9« 419

Je vins ensuite à ce qui touchoit M. le duc d'Orléans d'une façon encore plus particulière : je lui parlai des renonciations. Je lui remis devant les yeux combien elles étoient informes et radicalement destituées de tout ce qui pouvoit opérer la force et le droit d'un tel acte, le premier qu'on eût vu sous les trois races de nos rois pour intervertir l'ordre , jusque-là si sacré , à l'aînesse masculine , légitime , de mâle en mâle , à la succession nécessaire à la couronne. Cette importante ma* tière avoit tant été discutée en son temps entre M. le duo de Berry , lui surtout et moi , qu'il l'avoit encore bien présente. Je partis donc de là pour lui faire entendre de quelle importance il lui étoit de profiter de la tenue des états généraux pour les capter , comme il étoit sûr qu'il se les dévouerait par tout ce qui vient d'être exposé , et d'en saisir les premiers élans d'amour et de reoonnoissance pour se faire acclamer en conséquence des renonciations , et en tirer brusquement un acte solennel en forme de certificat du vœu unanime.

Je lui fis sentir la nécessité de suppléer au Juridique par un populaire de ce poids , et de profiter de l'erreur si répandue du prétendu pouvoir des états généraux ; que , après ce qu'ils auroient fait en sa faveur , la nation se croiroit engagée à la soutenir à jamais , par cette chimère même de ce droit qui lui étoit si précieuse , ce qui lui donnoit toute la plus grande sûreté et la plus complète de succéder , le cas arrivant , en quelque temps que ce pût être , à l'exclusion de la branche d'Espagne , par l'intérêt essentiel que la nation commise se croiroit dans tous les temps y avoir. En même temps je lui fis remarquer qu'en tirant pour soi le plus grand parti qu'il étoit possible , et l'assurance la plus certaine d'avoir à jamais la nation pour soi et pour sa branche contre celle d'Espagne , ce qui faisoit également pour tous les princes du sang , et qui en augmentoit la force par le nombre et le poids des intéressés, il n'acquerroit ce suprême avantage que par un simple leurre auquel la nation se pren-* droit , et qui ne donnoit rien aux états généraux. Alors je lui fis sentir* l'adresse et la délicatesse , à laquelle sur toutes choses il falloit bien prendre garde à s'attacher à coup sûr , que les états ne prononcerolent rien , ne statueroient , ne oonfirmeroient rien ; que leur acclamation n^ seroit jamais que ce qu'on appelle verba et vo«m, laquelle pourtant engageroit la nation à toujours par des liens d'autant moins dissolubles , qu'elle se tiendroit jntéressée pour son droit le plus cher qu'elle croiroit avoir exercé et qu'elle soutiendroit , le cas avenant , en quelque temps que ce pût être, par ce motif le plus puissant sur une nation, pour légère qu'elle puisse être , qui est de se croire en pouvoir de se donner un maître , et de régler la succession à la couronne , tandis qu'elle n'aura fait qu'une acclamation. Je fis prendre garde aussi à M. le duc d'Orléans à la même adresse et délicatesse pour l'acte par écrit en forme de simple certificat de l'acclamation , parce que le certificat pur et simple qu'une chose a été faite n'est qu'une preuve qu'elle a été faite , n'en peut changer l'être et la nature , ni avoir plus de force et d'autorité que la chose qu'il ne fait que certifier ; or cette chose n'étant ni loi , ni ordonnance , ni simple confirmation même , l'acte qui la certifie avoir été faite ne lui donne rien de plus qu'elle n'a \ ainsi le leurre est entier , tout y

42Ô GRAND PARTI i TIRfiR DES ÉTATS GÉNÉRAinC [1715]

est vide, les états généraux n'en acquièrent aucun droit, et néanmoins M. le duc d'Orléans en a tout l'essentiel par cette erreur spécieuse et si intéressant toute la nation , qui , pour son plus cher intérêt à ellemême , la lie à lui pour jamais et à tous les autres princes du sang , pour l'exclusion de la branche d'Espagne de succéder à la couronne.

Le moyen après de contenir les états , après les avoir si puissamment excités , me parut bien aisé : Protester avec confiance et modestie qu'on ne veut que leurs cœurs , qu'on compte leur parole donnée par cette acclamation pour si sacrée et si certaine , qu'on ne croiroit pas la mériter si on soufTroit qu'ils donnassent plus; qu'on le déchireroit même, et qu'on regardoit recevoir plus comme un crime. Qu'on acceptoit cette parole uniquement pour l'extrême plaisir de recevoir une telle marque de l'affection publique , et pour la considération éloignée du repos de la France , mais dans le désir passionné et la ferme espérance que le cas prévu n'arrivera jamais , par la longue vie du roi , et la grande bénédiction de Dieu sur sa postérité; qu*aller plus loin que cette parole si flatteuse , et le très-simple certificat qui en fait foi , ne peut convenir au respect des circonstances , qui sont un régent qui , pour le présent, * ne peut encore rien voir de longtemps entre le roi et lui. Se tenir à ces termes de confiance et de reconnoissance , de modestie , de respect , de raisons , inébranlablement , avec la plus extrême attention à n'en pas laisser soupçonner davantage; paraphraser ces choses et les compliments ; surtout brusquer l'affaire , couper court , finir , et ne manquer pas après de bien imposer silence sur l'acclamation et le certificat et toute cette matière , et y bien tenir la main , sous prétexte que sous un roi hors d'état de régner par lui-même , et de se marier de longtempâ, c'est une matière qui , passé la nécessité remplie , est odieuse , et n'est propre qu'à des soupçons , à donner lieu aux méchants , et à qui aime le désordre , de troubler l'harmonie , le concert , la bonté et la confiance du roi pour le régent ; mais ne dire cela , et avec fermeté , qu'après la chose entièrement faite , de peur d'y jeter des réflexions et de l'embarras. Outre le fruit infini de rejeter sur les états les suites douloureuses du remède auquel ils auront donné la préférence pour les finances , d'avoir acquis pas leur tenue , et cette marque de déférence , l'amour et la confiance de la nation , et de l'avoir liée par son acclamation , à l'exclusion de la branche .d'Espagne de la succession à la couronne , par les liens les plus sûrs, les plus forts et les plus durables , quelle force d'autorité et de puissance cette union si éclatante et si prompte du corps de la nation avec M. le duc d'Orléans , à l'entrée de sa régence , ne lui donnet-elle pas au dedans , pour contenir princes du sang , grands corps , et quelle utile réputation au dehors pour arrêter les puissances qui pourroient être tentées de profiter de la foiblesse d^une longue minorité , et quel contre-coup sur ses ennemis domestiques, et sur l'Espagne même, dont l'appui et les liaisons n'auroient plus d'objet pour elle , ni de pré* texte et d'assurance pour eux !

Une réflexion naturelle découvre que les états généraux sont presque tous composés de gens de province des trois ordres , surtout du premier et du dernier ; que presque tous ceux , corps et particuliers , sur qui porte

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