SUR LES RENONCIATIONS
cet immense faix dé dettes du roi sont de Paris ; que la noblesse (fiss provinces, quoique tombée par sa pauvreté dans les mésalliances, n'en a point ou presque point fait hors de son pays , et ne tient point aux créanciers du roi, qui sont tous des financiers établis à Paris, et des corps de roturiers richards de la même ville , comme secrétaires du roi , trésoriers de franco, et toute espèce de trésoriers, fermiers généraux, etc., gens à n'être point députés pour le tiers état; par conséquent, que la grande pluralité des députés des trois ordres aura un intérêt personnel , et pour leurs commettants , à préférer la banqueroute à la durée et à toute augmentation possible des impositions , et comptera pour peu les ruines et les cris que causera la banqueroute , en comparaison de la délivrance de tant de sortes d'impôts qui révèlent le secret des familles , en troublent l'économie , et les dispositions domestiques , livrent chacun à la malice et à l'avidité des financiers de toute espèce , ôtent toute liberté au commerce intérieur et extérieur , et le ruinent avec tous les particuliers. Cette vue de liberté, d'impôts médiocres, et encore aux choix des états , en connoissance de cause par l'expérience de leurs effets , l'aise de se voir au courant leur fera voir une nouvelle terre"" et de nouveaux deux , et ne les laissera pas balancer entre leur propre bonheur et le malheur des créanciers. Les rentes sur l'hôtel de ville , où beaucoup de députés se pourront trouver intéressés , auront peutêtre quelque exception par cet intérêt; peut-être encore le comparant avec celui d'abroger un plus grand nombre d'impôts , la modification seroit-elle légère , ou même n'y en auroit-il point , et c'est à la banqueroute , si flatteuse par elle-même pour le gros , qu'il faudroit tourner les états avec adresse. J'ajoutai que ce seroit perdre presque tout le fruit que M. le duc d'Orléans recueilleroit de tout ce qui voient d'être dit , s'il ne se faisoit pas une loi , qu'aucune considération ne pût entamer dans la suite , de se conformer inviolablement au choix du remède porté par l'avis formé par les états. Y manquer , ce seroit se déshonorer par la plus publique et la plus solennelle de toutes les tromperies , tourner l'amour et la confiance Ae la nation en haine et en désir de vengeance , je ne craignis pas d'ajouter , s'exposer à une révolution , sans être plaint ni secouru de personne;, et donner beau jeu aux étrangers d'en profiter , et à l'Espagne de le perdre.
A l'égard du jeune roi , je priai M. le duc d'Orléans de considérer qu'il n'y avoit rien dans toute cette conduite qui en aucun temps lui pût être rendu suspect avec la plus légère apparence , et dont il ne fût en état de lui rendre le compte le plus exact. Son Altesse Royale trouve en arrivant à la régence les finances dans un désordre et dans un état désespéré , les peuples au delà des derniers abois , le conmierce ruiné , toute confiance perdue, nul remède que les plus cruels. Il n'accuse personne , personne aussi n'est accusé , mais lui , qui n'a jamais eu la moindre part aux affaires , a raison de n'y vouloir pas toucher du bout du doigt sans avoir exposé leur situation au public , et ne présume pas assez de soi pour de son chef y apporter des remèdes. Il n'en aperçoit que de cruels , c'est le public qui en portera tout le poids et toute la soufirance , soit d'une manière ou de l'autre ; n'est-il pas de la sagesse
422 BIEN DE HÉPRÉHENSIBLE ^ [1715]
et de Féquité de lui en laisser le choix? C'est aux états généraux qu'il le défère. Il ne fait en cela qu'imiter les rois prédécesseurs , et Louis XIII lui>mème, qui les assembla et les consulta à Paris, en 1614. Il a suivi ravis des états généraux. On ne peut donc lui imputer de présomption dans une affaire si générale et si principale ; on ne peut aussi l'accuseT de foiblesse , ni d'avoir fait la plus petite brècbe à l'autorité royale , puisqu'il n'a fait qu'imiter à la lettre ce que les rois prédécesseurs , jusqu'au pénultième , ont tous fait , majeurs et mineurs , et pour des cas bien moins importants. Si les états touchés de cette confiance lui en ont marqué leur reconnoissance par cette acclamation sur les renonciations , outre qu'il ne la leur a jamais demandée , ils n'ont rien fait que montrer des vœux , et une disposition de leurs cœurs conforme à celle du feu roi et de toute l'Europe , et pour ainsi dire , canoniser ses volontés , les fondements de la paix , ceux du repos de la France en quelque cas que ce puisse être , dont lui et eux espèrent , et ont en même temps montré leurs plus sincères désirs et espérance qu'il puisse n'arriver jamais , en "quoi il n'a paru que de la bonne et franche volonté, et rien qui puisse toucher, le plus légèrement même, ni aux droits sacrés de l'autorité royale , ni à ceux d'aucun ordre ,^ corps , ni particulier , pas même , ce qui est tout dire , de la branche d'Espagne , puisque elle - même a solennellement et volontairement fait , en pleins certes assemblés à Madrid , ses renonciatiojis , avant même que M. le duc de Berry et Son Altesse Royale eussent fait les leurs en plein parlement , dans l'assemblée et en présence des pairs , tous mandés par le roi pouT s'y trouver. Où y a-t-il dans tout cela quoi que ce soit de tant soit peu répréhensible , en quelque sens qu'il puisse être pris , et de quelque côté qu'on le puisse tourner ?
Outre tant de grands et de si avantageux partis qu'on vient de voir que M. le duc d'Orléans pouvoit si aisément tirer de la tenue des états généraux , je ne crus pas dangereux d'y en tenter encore un autre , ni fort difficile d'y réussir , en profitant de leur premier enthousiasme de se revoir assemblés, et déférer l'important choix du remède aux finances , et de leur acclamation sur les renonciations. Il falloit qu'elle fût faite avant de remuer ce qui va être exposé , mais le leur présenter aussitôt après avec la même délicatesse , afin de profiter , pour les y engager, des idées flatteuses dont ces actes leur auroient rempli la tête , et ne pas perdre le temps jusqu'à ce qu'ils eussent réglé leur avis sur les finances, ce qui auroit trop long trait, et donneroit le temps d'intriguer et de les manier à celui qu'il s'agiroit d'attaquer. Dans quelque servitude que tout fût réduit en France , il restoit des points sur lesquels la terreur pouvoit retenir les discours , mais n'a voit pas atteint à corrompre les esprits. Un de ces points étoit celui des bâtards , de leurs établissements , surtout de leur apothéose.
Tout frémissoit en secret, jusqu'au milieu de la cour, de leur existence , de leur grandeur , de leur habilité de succéder à la couronne. Elle étoit regardée comme le renversement de toutes les lois divines et humaines, comme le sceau de tout joug, comme un attentat contre Dieu même , et le tout ensemble , comme le danger le plus imminent