‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 207 sur 232 · PAR RAPPORT AU ROI. A · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT AU ROI. A

de VËtat et de tous les particuliers. G'étoit alors le sentiment intime et général des princes du sang et des grands , par indignation et par intérêt, je dis de ceux même qui dévoient le plus au roi, à la faveur de Mme de Maintenoil , et qui paroissoient le plus en mesures étroites avec le duc du Maine. Je le sais par ce que m'en ont dit à moi-même , et en divers temps et toujours , les maréchaux d'Harcourt , de ViUars et de Tessé, et cela du fond du cœur, de dépit, de colère, de raisonnement, point pour me sonder et me faire parler , car ils savoient de reste ce que j'en pensois et sentois ; et je cite ceux-là comme étant avec eux en quel* que commerce , beaucoup moins pourtant avec Tessé qui ne s'en expliquoit pas moins librement devant moi , mais lesquels , surtout en ce temps-là , n'étoient avec moi en aucune liaison particulière. Jusqu'au maréchal de Yilleroy ne s'en est pas tu avec moi depuis la mort du roi, et fut un des plus vifs lorsqu'il fut question d'agir contre leur rang en toutes les occasions qui s'en sont présentées , ainsi que les deux autres que j'ai cités , car Tessé n'étant pas duc ne put qu'applaudir. Les gens de qua« lité n'étoient pas alors moins irrités , et j'en étois informé de plusieurs immédiatement; et par cette bricole, de bien d'autres.

Le parlement si attaché aux règles anciennes , si hardi en usurpations , comme on l'a vu à propos du bonnet , jusque sur la reine régente , si tenace à les soutenir , n'avoit pas caché son indignation de la violence faite à tout ce qu'il y a de plus fort , de plus fixe , de plus ancien , de plus vénérable parmi les lois , en faveur des bâtards , ni le dépit des honneurs qu'ils avoient forcé cette compagnie de leur rendre. Le gros du monde de tous états étoit irrité d'une grandeur inouïe en tout genre , et jusqu'au peuple ne s'en cachoit pas en les voyant passer , ou en entendant parler. Cette disposition universelle n'avoit point cessé. Les artifices et la cabale ne l'avoient point attaquée , et par ce qui en sera expliqué en son temps , on verra que ces ruses n'auroient pu avoir le moindre succès s*il y avoit eu des états généraux. Je crus donc que l'objet deâ bâtards leur pouvoit être présenté comme le plus dangereux colosse , et le plus digne de toute leur attention.

Outre ce qui vient d'être dit de l'impression que cette monstrueuse élévation avoit faite sur les esprits , leur montrer le groupe de leurs richesses , de leurs gouvernements , de leurs charges , de cette multitude de gens de guerre et de soldats sous leurs ordres et d'importantes provinces sous leur commandement , avec cette difl'érence que tous autres gouverneurs et chefs de troupes ne l'étoîent que de nom , impuissants avec des titres qui n'étoient que de vains noms , eux-mêmes inconnus aux lieux et aux troupes que leurs patentes sembloient leur soumettre , tandis que la marine , l'artillerie , les carabiniers , tous les Suisses et Grisons , sept ou huit régiments sous leur nom , outre toutes ces troupes , étoiei^t dans leur très-effective dépendance de tout temps , parce que le roi l'avoit ainsi voulu , et qu'encore que leur assiduité près de lui les eût empêchés d'aller en Guyenne , en Languedoc , en Bretagne , ils ne laissoient pas. d'y être très-puissants, par l'autorité et les dispositions des grâces que le roi leur y avoit soigneusement données. Faire sentir aux états généraux de quel danger étoit une si formidable puis-

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