USAGE POSSIBLE DES ÉTATS GÉNÉRAUX
sanoe entre les mains de deux frères , surtout quand elle étoit jointe au nom, rang, droits, état de prince du sang, capables de succéder à la couronne , vis-à-yis des princes du sang tous enfants , et sans établissement entre eux tous que le gouvernement de Bourgogne , une belle charge mais uniquement domestique , et sept ou huit régiments sur lesquels ils n'avoient jamais eu Tautorité que les bâtards avoient sur les leurs, et sans contre-poids encore d'aucun seigneur, dont les gouvernements et les charges n'étoient que des noms vides de choses , et qui n'opéroient que des appointements. Faire envisager aux états la facilité qu'avoient les bâtards de tout entreprendre , et les horreurs de leur joug et des guerres civiles pour l'établir et pour s'en défendre. Enfin leur faire toucher l'évidence du crime de lèse-majesté dans -l'attentat d'oser prétendre à la couronne , et d'avoir abusé de la foîblesse d'un père qui n'auroit jamais dû reconnoître de doubles adultérins , et qui est le premier qui l'ait osé par la surprise , qu'on a vue ailleurs , pour escalader tous les degrés par lesquels ils sont parvenus à une si effrayante grandeur , et ne s'en faire encore qu'un échelon pour s'assimiler en tout aux princes du sang, jusqu'au monstre incroyable de ^ rendre comme eux habiles à succéder à la couronne. Exciter les uns par le renversement des familles , et la tentation de devenir mères de semblables géants , les autres par les motifs de la religion , ceux-ci par le mépris et l'anéantissement de toutes les lois , ceux-là par celui de tout ordre , tous par l'exemple qui seroit suivi des rois successeurs , dont naîtroit une postérité qui envahiroit tout , et ne laisseroit rien aux vrais princes du sang , dont ils craindroient et haïroient la naissance , et audessous d'eux tout ordre légitime et légal. Surtout leur exposer bien clairement jusqu'où entraîne l'ambition de régner avec un droit tel qu'il puisse être ; que tout ce que ces bâtards ont obtenu , surtout les rangs et droits dé princes du sang et d'habilité à la couronne , est l'ouvrage du seul duc du Maine ; les propos de la duchesse du Maine aux ducs de La Force et d'Aumont à Sceaux ; la facilité à tout que leur donnent leurs établissements ; enfin combien moins de distance entre eux et la couronne aujourd'hui qu'à être parvenus à y être déclarés habiles ; et que le motif exprimé et enregistré de ces derniers degrés de rang , d'état de princes du sang, d'habilité de succéder à la couronne, est rhonneur qu'ils ont d'être fils et petits-fils du roi. Conduire les états à en conclure que l'adultère étant par là tacitement mis au niveau du mariage par cette énorme expression de l'honneur qu'ils ont d'être fils et petits-fils du roi , il n'y a plus qu'un pas à faire , et dont tout le chemin se trouve frayé , pour les déclarer fils de France , ce qu'on auroit peut-être vu si le roi eût vécu quelque peu davantage , et à quoi même il y a toute apparence, au degré de puissance où le roi s'étoit mis , à l'état de disgrâce où l'art préparatoire avoit réduit M. le duc d'Orléans , à l'enfance de tous les princes du sang , à l'anéantissement et à l'impuissance de tous les ordres du royaume, à l'ambition démesurée du duc du Maine , et à son pouvoir sans bornes sur la foibksse du roi à son égard.
Tels sont les motifs à remuer les états généraux, sans que M. le duc
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d'Orléans y parût en aucune sorte* Exciter tristement^ timidement, plaintivement la fermentation des esprits; s'assurer de leur volonté, exciter leur courage en leur montrant péril , justice , religion , patrie ; leur faire sentir que ces grandes choses se trouvoient naturellement en leurs mains, les piquer d'honneur d'immortaliser leur tenue et leurs personnes par se rendre les libérateurs de tout ce qui est le plus sacré et le plus cher aux hommes ; conduire de l'œil l'effet résultant de ce souffle ; inculquer le secret sur l'impression et la résolution , non qu'il se pût espérer tel qu'il seroit nécessaire , mais pour contenir au moins et procéder par chefs accrédités , qui mènent le gros sur parole , sans trop s'expliquer avec eux. Si la mollesse , les délais , les embarras font craindre nul succès, ou un succès équivoque, s'arrêter doucement, laisser évaporer le projet en fumée , où personne n'auroit paru directement. Discours, propos, réflexions en l'air, rien de M. le duc d'Orléans ni d'aucuns personnages ; tous , occupés de l'accablement d'affaires , ont ignoré ces raisonnements , ou n'en ont oui parler qu'à bâtons rompus et foiblement, et n'ont seule][nent pas pris la peine de les ramasser. Que fera M. du Maine? A qui s'en prendra- t-il ? Que peut-il de pis que ce qu'il a fait? Au contraire, timide comme il est, il sera souple, tremblant ; et pourvu qu'il échappe , prendra tout pour bon , et sera le premier à se moquer de propos chimériques , à les dire tels dans la frayeur qu'ils ne se réalisent , et que le cas qu'il en feroit par ses plaintes ne l'engageât plus loin qu'il n'oseroit. Si , au contraire , on voyoit bien distinctement les états prendre résolument le mors aux dents , les induire à ne donner pas aux bâtards cet avantage , .par l'entreprise de se rendre leurs juges , de revenir dans la suite en inspirant au roi majeur de défaire un ouvrage entrepris sur son autorité, et dont l'exemple toléré et laissé en son entier la menace des plus dangereuses entreprises ; mais à suivre leur objet par les moyens les plus respectueux qui ne donnent que plus de force aux plus fermes , et se garder de la honte de donner dans un piège tendu pour leur faire manquer le principal en haine de l'accessoire. Les porter à s'adresser au roi par une requête en leur nom où tout ce qui vient d'être exposé soit expliqué d'une manière concise , forte ^pressante , où il soit bien exprimé que le roi , même à la tète de toute la nation , n'a pas droit de donner à qui que ce soit , ni en aucun cas , le droit de succéder à la couronne acquis aux mâles , de mâles en mâles , d'aîné en aîné , à la maison régnante , à laquelle personne , tant qu'il en peut exister un , ne peut être subrogé. Montrer que ce pas une fois franchi ne reçoit plus de bornes ; que tous les bâtards futurs remueront tout pour atteindre ceux d'aujourd'hui ; qu'un favori peut devenir assez puissant , plus aisément encore un premier ministre , pour se proposer et pour arriver au même but , et qui auront encore pour eux une naissance illustre, du moins honnête et légitime, non adultérine , réprouvée de Dieu et des hommes , et qui , jusqu'à ces doubles adultérins appelés à la couronne , ne l'avoient pas seulement pu être aux droits les plus communs de la société , et n'avoient jamais été tirés du néant et des ténèbres ; enfin qu'il n'y a pas plus loin , et peutêtre beaucoup moins, dès que tout pouvoir est reconnu en ce genre par
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radmiwion de Mn eiercica , à intervertir Tordre de Ut succession entre ceux qui sont reconnus habiles à succéder à la couronne , qu'à donner cette habilité à ceux que leur naissance n'y appelle pas , encore plus ,k ceux dont le vice infamant de la naissance les enterre nécessairement dans la plus épaisse obscurité du non-étre , sans état et sans droit à nulle succession , ni donation même la plus ordinaire , pas même de foire passer la leur à leurs enfants légitimes s'ils ont acquis quelque bien. S'arrêter à la réflexion de ce qui seroit arrivé de la France et de toute la maison régnante, si ce droit de disposer de la couronna avoit été par l'usage reconnu dans les rois , si les fils de Philippe le Bel avoient préféré leur sœur à un parent aussi éloigné que Philippe de Valois , et si les fils d'Henri II , gouvernés par Catherine de Médicis , par sa haine pour Henri IV, par sa prédilection pour sa fille de Lorraine, par un prétexte de religion qui avoit les plus grands appuis , eussent préféré cette soeur à un parent aussi éloigné qu'Henri IV , qui sans cela eut tant de peines et de travaux à essuyer pour se mettre à coups d'épée en possession du royaume qui lui appartenoit , et qu'il acheta encore par tant de traités , de millions et d'établissements de la Ligue , qui loi avoit pensé arracher la couronne tant de fois pour la porter dans une maison étrangère ; enfin ce qui seroit arrivé de l'Ëtat et de la maison de France, si ce droit reconnu de disposer de la couronne eût eu la force des exemples , du temps de Charles VI et d'Isabeau de Bavière , qui déshéritèrent le Dauphin et toute leur maison , et firent couronner dans Paris le roi d'Angleterre leur gendre et [le] reconnoître roi régnant de France , sans droit aucun , ni même idée de ce droit,
On sait les suites d'une telle entreprise, qui fit verser tant de sang, qui épuisa tant de trésors , qui mit si longtemps la France à deux doigts de sa perte et de son entier renversement. La richesse, l'importance, la réalité effective d'une matière qui, pour ainsi dire, comprend tout, no doit rien perdre par le lâche et le diffus d'une vaine éloquence. Tout y doit faire voûte et se contre-tenir par toute la force dont elle est si grandement susceptible; rien d'inutile, tout concis, tout serré, tout en preuve , et en chaîne sans interruption.
Il est donc important d'avoir cette requête toute prête pour ne la pas laisser au différent génie de tant de gens qui ne s'accorderoient qu'en des longueurs très^périlleuses , mais en forme de canevas , pour ménager leur vanité , et s'avantager de leur paresse et des jalousies en leur proposant ce canevas à mettre en forme à leur gré , ce qu'ils retouche* ront sans peine et en peu de temps , assez pour compter qu'entre leurs paains il est devenu leur ouvrage , ce qu'il est très-important qu'ils se persuadent bien. Il y a toujours dans ces nombreuses assemblées des chefs effectifs à divers étages qui , sans en avoir le nom ni le caractère, en ont la confiance et l'autorité par l'estime , par l'adresse , par une mode que le hasard établit, et que la conduite soutient jusqu'à les rendre presque maîtres de tourner les esprits et les délibérations où ils veulent. C'est ceux-là qu'il faut de bonne heure reconnoître et persuader , pour avoir par eux t^ute l'assemblée , et certes on n'eut jamais plus, beau jeu qu'à mettre de telles vérités en évidence, et à toucher
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les hommes par ce qui est tout à la fois le plus iutépessant par toutes les parties les plus sensiblea, le plus important et le plus raisonnable par tout ce qu'il s'y peut faire de sages réflexions , de plus odieu:^ et de plus périlleux en soi et par ses suites , enfin de plus juste , de plus né- -Gessaire , de plus instant , de plus essentiel à arrêter pour jamais par une punition qui, proportionnée aux attentats, mette pour jamais à l'abri de Titans et d'usurpateurs possibles la nation , la couronne , et l'unique maison qui , tant qu'elle dure , y a un droit unique et exclusif acquis, qui assure à jamais le repos et la tranquillité publique à cet égard , et la prééminence si* distinctive de cette maison sur toutes les autres maisons du monde.
On ne peut donc donner trop d'adresse , de délicatesse et de soins pour dignement et nerveusement dresser ee canevas , le faire promptement tourner et adopter par les états en requête , la leur rendre leur et comme le chef-d'œuvre de leur sagesse et de leur poids , surtout la leur montrer sans danger , par l'impuissance dé ceux qu'elle regarde contre une multitude qui représente le corps de la nation. Ne point laisser d'int^^alle entre l'adoption de la requête et sa présentation , pour éviter les mouvements et les artifices du duc du Maine , en quoi il s'est montré si grand maître ; et par les mêmes moyens qu'on sera parvenu à l'adoption de la requête , et à la résolution de la présenter , n'y pas perdre un «eul instant, et, s'il est possible, sans mettre une seule nuit entredeux. Cette présentation est l'engagement, par conséquent le premier eoup de partie et celui qui entraîne le reste. Arrivés à ce point, la mécanique est aisée. Je comptois que Meudon seroit prêté à la reine d'Angleterre pour s'y tenir avec sa cour et sa suite , et laisser Saint- Germain libre aux états généraux , où , à tous égards , ils auroient été fort bien , ni trop loin ni trop près de Paris , et M. le duc d'Orléans en liberté de tenir le roi à Paris , à Versailles , à Marly , comme il Tauroit voulu , pour en différents temps s'approcher ou s'éloigner davantage de Saint-Germain. C'est dans le salon de Marly où il auroit fallu destiner les audiences à donner par le roi aux états , comme un lieu vaste , commode , dégagé de quatre côtés , joignant l'appartement du roi et celui du régent , un corps de maison isolé , et toutefois enfermé et gardé , et à une lieue de Saint-Germain.
Aussitôt donc que la requête par le vœu des états seroit prête à être présentée , partir tous en corps , et ne prendre que le temps , toujours assez long , d'un pareil embarquement dans les carrosses qu'on auroit pris partout où on auroit pu , mais dont sous main on auroit fait rencontrer sous divers prétextes le plus qu'on auroit pu sans rien marquer; prendre, dis-je, ce temps pour envoyer devant quelques députés au régent , l'avertir de la résolution prise de venir en corps trouver le roi , [de la part] desquels [états] ils sont chargés de supplier Son Altesse Royale de les conduire à Sa Majesté pour lui demander audience , et lui dire qu'ils sont en chemin et qu'ils vont arriver. Il ne sera pas inutile qu'il y ait quelque dispute entre le régent et eux sur l'affaire qui les amène , dont les députés éviteront de s'expliquer clairement et même devant le roi. C'est à l'adresse du régent à t'y conduire avec
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délicatesse, entre trop d'inquiétude et trop de froideur, sur une explication plus précise qu'il se faut bien garder de causer pour éviter rembarras qu'elle feroit naître, et qu'il faudroit pourtant surmonter, «t pour ne pas émousser l'effet de la surprise et de tout ce qui Taccompagne , qui ne pourra qu'être grand , quelque chose qu'il est impossible qu'il n'en ait transpiré alors. Les états arrivant vers la chapelle où on met pied à terre seront conduits au roi, rencontrés en chemin dans le petit salon par le régent, non par cérémonial, mais voulant savoir plus clairement ce qui les amène , ne laissant pas de s'avancer toujours et d'arriver avec eux jusqu'au roi, sans avoir été plus satisfait.
Une très-courte et très-respectueuse harangue annoncera l'excès de l'importance de ce qui les amène ainsi aux pieds du roi , et finira par lui demander la permission de lui présenter leur très-humble requête, et de leur permettre d'attendre à HCarly qu'il lui ait plu de la faire examiner par son conseil , persuadés qu'elle y sera trouvée si simple , si importante , si juste , que l'examen n'en pourra être long et qu'il leur sera favorable. La recevoir et la faire examiner n'est pas chose qui se puisse refuser. Le roi se retirera dans son appartement et le régent dans le sien, avec les députés à la suite de l'affaire , qui alors s'en expliqueront nettement. Débat entre eux et le régent , qui ne trouvera pas que ce soit chose à répondre ainsi sur-le-champ , et eux qui ne se laisseront point persuader de quitter prise , et qui protesteront que les états sont résolus de ne pas sortir du salon , aux portes duquel il sera bon qu'il y ait plus que les Suisses ordinaires , 'pour empêcher l'entrée aux gens suspects. Les députés ne manqueront pas de récuser ceux du conseil que leur requête regarde ; et finalement le con^il sera mandé et assemblé sur-la*> champ. M. le duc d'Orléans y marquera sa surprise sans s'engager en grands discours, et plus encore son étonnement et son embacras de l'opiniâtre résolution des états à demeurer dans le salon jusqu'à la réponse à leur requête , pour communiquer au conseil le même embarras et le même étonnement. Ce sera après à son adresse , à sa délicatesse , à son esprit , à son poids à ne s'ouvrir sur rien que sur l'importance de la requête, l'état violent et plus qu'embarrassant qui naît de cette attente opiniâtre des états généraux dans le salon , la nécessité extrême de les ménager , profiter de labsence de ceux que la requête regarde , nécessairement abstenus du conseil , et de l'intérêt et de la bonne volonté qu'il peut trouver dans les autres membres , et faire conclure que la requête sera renvoyée par le soi au parlement pour y être jugée , les pairs mandés de s'y trouver par le roi , comme étant cause très-majeure. Laisser les portes fermées , passer par le petit salon avec le conseil dans le cabinet du roi , lui rendre compte de la résolution , repasser chez lui avec le conseil, mander dans le salon les députés commis à la suite de l'affaire, leur remettre le résultat du conseil signé de lui , de tout le conseil et du secrétaire d'État qui en tient le registre , et en leur présence lui ordonner d'aller expédier sur-le-champ le renvoi de leur requête et de la leur envoyer à Saint-Germain. Les députés demanderont que le roi veuille bien recevoir le très-humble remercîment des états , ajouteront que cependant