MÉCANIQUE A OBSERVER
le renvoi pourra être expédié, et déclareront que les états ne partiront point de ICarly qu'ils n'aient toutes les lettres et expéditions nécessaires. Altercation encore là-dessus , fermeté d'une part , complaisance enfin de l'autre sur une chose qui n'emporte rien de plus que ce qui est accordé.
Les députés retourneront dans le salon rendre compte du succès de leur requête j tandis que le r^ent, suivi du conseil, passera chez le roi pour le suivre à l'audience de remercîment qu'il ira donner aux états. Ce remercîment sera pathétique sur l'importance de l'affaire , énergique sur la fidélité et l'attachement. Le roi , le régent et le conseil à sa suite retirés , les états iront par leurs députés remercier le régent et le conseil retournés chez lui , attendront leurs expéditions , les examineront bien enlles. recevant des mains du secrétaire d'État, et s'en retourneront avec à Saint-Germain.
Le premier président , le doyen du parlement et les gens du roi seront mandés le lendemain pour recevoir du roi , en présence et par la bouche du régent , les ordres conformes au renvoi , et pour leur recommander l'importance de 'l'affaire, tant en elle-même que par la dignité des états et la considération de ceux qu'elle regarde. C'est après à M. le duc d'Orléans à se savoir lestement tirer d'intrigue dans sa famille : surprise , force , embarraa de pareille démarche et si opiniâtre , et de savoir adroitement profiter de la gravité des raisons,. des dispositions des juges, du poids de ce grand nom d'états généraux, et de la nature d'une affaire qui n'est embarrassée ni de lois diverses , ni d'ordonnances , ni de coutumes , ni d'arrêts , ni de procédures , et qui s'offre tout entière de première vue, pour accélérer et terminer au gré de pleine et entière justice et de barrière inaltérable à l'avenir; enfin, dans le jugement et après le jugement , de distinguer entre les deux frères l'innocent d'avec le coupable, suivant leur mérite à chacun. La suite a bien fait voir combien j'avois eu raison de concevoir ce dessein , et combien celui à qui il étoit si nécessaire et à qui il devoit être si doux , en étoit peu capable en effet , quoiqu'il eût paru le goûter et le sentir.
Une idée sans exécution est un songe et son développement dans tout ce détail un roman. Je l'ai compris avant de l'écrire. Mais j'ai cru me devoir à moi-même de montrer que je n'enfante pas des chimères; la nécessité , l'importance , l'équité de la chose par la foule des plus fortes et des plus évidentes raisons; la possibilité et peut-être la facilité en présentant la disposition des esprits générale alors , et une suite de mécanique qu'il faut en tous projets se rendre à soi-même claire et faisable par un mûr examen des obstacles et des difficultés d'une part, et de l'autre des moyens dé réussir. Un roman seroit un nom bien impropre à donner au rétablissement d'un gouvernement sage et mesuré ; au relèvement de la noblesse anéantie, ruinée, méprisée, foulée aux pieds ; à celui du calme dans l'Église ; à l'allégement du joug , sans attenter quoi que ce soit à l'autorité royale , joug qu'on sent assez sans. qu'il soit besoin de l'expliquer , et qui a conduit Louis XIV aux derniers bords du précipice ; à laisser au moins à la nation le choix du genre de ses souffrances, puisqu'il n'est plus possible de l'en délivrer, enfin de préserver la couronne des attentats ambitieux , conserver à la maison
4âO DISCUSSION ENTRE LÉ DUC d'ORL^ANS ET MOI [1715]
régnante l'éclat de «a prèrogatlvô di uniquement distlnctive, et la tranquillité intérieure de TÊtat du péril du titanlsme, et des daugerettaes secousses qu'il ne peut manquef d'en recevoîf , puisque pour deê choses si monstrueusement nouvelles on est contraint dd les exprimer par des mot» feiits pour les pouvoir exprimer. 91 des projeté de cette qualité , et dont l'exécution est rendue sensible , n'ont pas réussi , c'est qu'ils n'ont pas trouvé dans le temps le plus favorable un régent assez ferme et qui eût en soi assez de suite.- On en verra d'autres dans le cours de cette année et des suivantes qui ont eu le même sort. Doîs-Je me repentir pour cela de les avoir pensés et j^roposés? J'ai toujours cru que ce n'étoit pas le succès qui décidoit de la valeur des choses qui se proposent , beaucoup moins quand il dépend d'un autre qui néglige de les suivre ou qui ne veut pas même les entreprendre. Ce qui va sttirre est de ce dernier genre.
CHAWTRB XÎXIÏ.
DiscuBsion entre M. le duc d'Orléans et moi sur la manière d'étaLUr et de déclarer sa régence, — Aveu célèbre du parlement par la bouche du pre* mier président de La Yacquene y séant, de l'entière incompétence de cette compagnie de toute matière d'État et de gouvernement. -^ Deux uniques et modernes eiemples de régences foites au parlement, o**- Causes de cette nouveauté. •- Raisons de se passer du parlement pour la régence, canmie toujours avant ces deux derniers exemples. -^ Observation A l'çecasion do ta majorité de Charles IX et de l'interprétation de l'Age de la majorité des rois. — Mesures et conduite à tenir pour prendre la régence. — Conduite à tenir sur les dispositions du roi indifférentes, et sur le traitement à faire à Mme de Maintenon. — Prévoyances à avoir. — Foiblesse de M. le duc d'Orléans à l'égard du parlement. -^ État et caractère de Noce.
Après de longs et fréquents téte»-à-tête su^r toutes ces différentes matières , entre M. le duc d'Orléans et mol , nous vînmes à celle de kl ré* gence. Je l'avols fort examinée , et voici comme je lui en parlai et ce que Je lui proposai. Je lui dis qu'il ne s'agissoit point ici de ces régences réglées par les rois pendant l'absence qu'ils vont faire hors de leur royaume et qui finissent par leur retour, mais descelles uniquement que la mort d'un roi et la minorité de son successeur rendent nécessaires. Je n*eus pas de peine à montrer que celles-là tombent de droit tellement au plus proche du roî mineur, que les mères et les sœurs y sont admises, quoique les femelles soient exclues de la couroûne, et que par conséquent ni les cabales ni quelque disposition que le roi pût faire, il n*étblt pas dans le posôlble de la lui ôter. Ou*â l'égard de la brider, ce qui ne se pouvoît tenter que par des dispositions du roi odieuses , Il savoit ce que les plus sages et les plus solennelles étoient devenues aussitôt après la mort de Charles V et de Louis Xlîl qui les avoient faites sur lesquelles il n*y avoit point à craindre que celles du roi eussent de l'avantage par toutes sortes de raisons ; que néanmofn* // falloit penser à s'en garantir en ne se commettant pas avec imprudence : que si le roi faisoit des dispositions là-dessus, il n*y avoit point
tl715} Stm tA EAMéRË D'ËTAJBLltl LA J^i^ËMCE. tôl
à doutef <ïu'ell6s ne tendissent à le diminuêf pôut accfoUfe lé du6 du Maine ; que sans me départir dé oe que je lui avois dit de la disposi-^ tion des esprits ^ et en particulier du parlement sur la grandeur des bâtards , surtout sur leur apothéose , il falloit songer que le premier {^résident étoit l'âme damnée de M. et de Mme du Maine , qui pour leur intérêt Tavoient mis à la tête du parleînent dont il épouseroit aveuglément toutes les volontés ^ parce que ^ brouillé par cet attachement avec Mme la Duchesse et les princes du sang , ne pouvant par cela même d'assurer de Son Altesse Royale , et mal au dernier point par l'affaire du bonnet avec tant de gens considérables ; il n'avoit de ressource que la protection du duo du Maine , et par conséquent le plus vif intérêt à toute sa grandeur, et son pouvoir; que tel que fût le premier président , il avoit acquis àr force de manèges du crédit dans sa compagnie ^ éblouie de son Jargon, de sa politesse, de l'attachement qu'il leur avoit persuadé avoir pour tous les avantages de la compagnie et de ses magistrats, enfin par ses grands airs, sa table, sa dépense, et l'union que l'affaire du bonnet avoit si bien rétablie entre lui et les présidents à mortier , dont quelques-uns auparavant le tenoient en brassière ; que les cabales et les bassesses qui ne coûtoient rien à M. ni à Mme du Maine , qui avoient tant fait leurs preuves en artifices et en noires inventions , étoient indignes de tout homme et impre^ticables pour Son Altesse Royale, dans le degré surtout où elle se trouvoit; qu'autre chose étoit de présenter un colosse dangereux à abattre et les plus saintes lois à préserver d'une ambition démesurée et toute-puissante , autre chose d'entrer en concurrence avec ce colosse sur des dispositions du roi en sa faveur à la diminution de l'autorité d'un régent ; qu'indépendamment d'équité , le parlement est toujours porté à se croire et à faire , autant qu'il en trouve les occasions , le modérateur de la puis-* sanoe, puisqu'il a si souvent tenté de le faire sentir même aux rois, à plus forte raison dans une entrée de régence , temps de foiblesse dont ce corps a toujours su se prévaloir ; que le même amour-propre qui le flatteroit d'avoir à prononcer sur le renversement du colosse, si la cause lui en étoit déférée , et lui ferôit goûter la justice et les raisons d'user du pouvoir de le renverser , ce même amour-propre trouvera sa satisfaction à prononcer entre le régent et ce colosse ; et comme il ne s'agira pas alors de le détruire , le même amour-propre le portera à le favoriser sous différents prétextes pour faire naître une suite de diMsions dont il espérera se mêler et en profiter, et pour avoir un puissant soutien de sa considération et de son autorité qui , en minorité , a si souvent entrepris sur l'autorité royale qui est celle dont le régent est revêtu et qu*il ne doit pas laisser entamer. De ce raisonnement , qui n*a rien de contraire à la disposition du parlement contre les bâtards et leurs grandeurs, où il ne s'agit pas ici de les remettre dans les bornes , 11 sera aisé aux manèges du duc du Maine et de Mesmes de le tourner favorablement aux prétentions du duc du Maine. Ainsi lutte Indécente et inégale et publique ; et si elle bâte mal suivant ces apparences, quels embarras et peut-être quels désordres! Certainement, quel lustre et quel degré de continuelles entreprises du parlement , qui
43i AVEU DU PBEUIBR PRiSIDCNT DE LA VACQUERIE. [1715]
86 voudra mêler de tout avec autorité I Quel triomphe et quelle dangereuse victoire du duc du Maine ! quelle honte pour le régent I et quelle situation pendant tout le cours de la régence ! On tremble donc avec raison en pensant jusqu'où tout cela peut porter.
Je proposai donc à M. le duc d'Orléans de ne s'y pas commettre et de prendre un autre tour. Je lui fis observer qu'il ne s'étoit fait au parlement que les deux dernières régences. On n'y avoit jamais songé auparavant. Le duc d'Orléans , dépité de voir la régence entre les mains de Mme de Beaujeu , fenune du frère du duc de Bourbon , connétable de France, et sœur fort aînée de Charles VIII, pendant sa minorité, tenta la voie de se plaindre , et de demander au 'parlement justice du tort qu'il prétendoit être fait à son droit sur la régence. La réponse célèbre que le premier président de La Yacquerie lui fit en plein parlement n'est ignorée de personne , et se trouve la même dans toutes les histoires : « La cour , lui dit ce magistrat , n'est établie que pour juger au nom et à la décharge du roi les procès entre ses sujets , et nullement pour se mêler d'aucune affaire d'Etat ni du gouvernement , où elle n'a pas droit d'entrer , sinon par un commandement exprès de Sa Majesté. » Le duc d'Orléans, lors héritier présomptif de la couronne, et qui y succéda à Charles YIII , sous le nom de Louis XII , ne put tirer autre chose du parlement. Il prit les armes, il n'y fut pas heureux; Mme de Beaujeu demeura régente sans question ni difficulté , et son administration fut bonne et heureuse , jusqu'à la majorité de.Charles YIII. Je passe Mme d'Angoulême qui n'a été régente que pendant deux absences du rôi François I*' son fils, qui l'établit en partant, et la reine Marie-Thérèse que le roi établit deux fois régente en partant pour ses conquêtes. Ainsi, jusqu'à la mort d'Henri lY, nulle mention du parlelement à cet égard.
Personne n'ignore de quelle manière le parricide fut commis , ni les ténèbres qui ont couvert un si grand crime. Il est difficile aussi de se refuser d'en deviner la cause que ces ténèbres mêmes indiquent, et que les histoires et les Mémoires de ces temps-là font sentir et même quelque chose de plus. Cette remarque étoit nécessaire , on s'en contentera. Le cas étoit unique. Le roi mort à l'instant au milieu des seigneurs , qui étoient dans son carrosse qu'ils firent retourner au Louvre avec le corps du roi , peu de grands à Paris , le prince de Condé hors du royaume , le comte de Soissons chez lui mécontent de ce qui s'étoit passé sur la duchesse de Yendôme au couronnement de la reine ; l'intérieur intime du Louvre , peu étonné et gardant moins que médiocrement les bienséances , tout occupé d'assurer toute l'autorité à la reine pour établir la leur et leur fortune ; cette princesse élevée au-dessus de toute foiblesse , et sans distraction sur tout ce qui pouvoit établir sa* pleine et entière régence , on courut au parlement pour avoir un lieu public et solennel, et un corps intéressé à soutenir ce qui se feroit dans son sein ; un corps encore qu'on avoit à ménager par d'autres, raisons plus ténébreuses , et qui n'étoient pas moins importantes. Le duc d'Epernon environna de son infanterie le dehors et le dedans des Grands- Augustins où le parlement tenoit ses séances depuis que le palais éUÂt