DEUX RÉGENCES FAITES AU PARLEMENT
occupé des préparatifs qui s'y faisoient pour les fêtes qui dévoient suivre le couroonement de la reiae. Tout cela se fit sur-le-champ , M. de Guise et lui entrèrent en séance , et la reine y fut aussitôt déclarée régente , en présence de trois ou quatre pairs ou officiers deia couronne, qui y aniyèrent l'un après l'autre.
Le murmure fut grand d'une nouveauté si subite et si précipitée; force mouvements ranimés par la prompte arrivée et les plaintes de M. le comte de Soissons , et depuis encore par le retour du prince de Condé, et ses prétentions. Mais la chose étoit faite, et la déprédation des trésors d'Henri IV, déposés à la Bastille pour l'exécution de ses grands desseins et la guerre de.Clèves, achevèrent d'affermir l'autorité de la régente, ou plutôt des gens qui la^gouvernoient. C'est le premier exemple d'une régence faite au parlement. On laisse à juger et des causes et de la manière et du droit qu'il peut avoir acquis au parlement.
Le second exemple est tout de suite , lorsque La mort la plus sainte et la plus héroïque couronna la vie la plus illustre et la plus juste , et en fit à tous les rois la plus sublime leçon. La valeur de Louis Xlll , si utilement brillante lors du malheur de Corbie', aux îles de la Rochelle, au siège de cette ville , et à tant d'autres exploits , au célèbre Pas de Suse, en Roussillon , et partout où sa conduite ne fut pas moins admirable ; la sagesse de son gouvernement , le discernement de ises choix , l'équité de son règne , la piété de sa belle vie , tant de vertus enfin si relevées par sa rare modestie , et le peu qu'il comptoit tout ce qui n'est point Dieu ; ses victoires , ses succès qui arrêtèrent ceux de la maison d'Autriche, et qui anéantirent le parti protestant, qui faisoit un Etat dans l'Ëtat \ au point que le roi son fils n'a plus eu besoin que de la simple révocation d'un édit pour le proscrire ; l'utile protection donnée à ses alliés , et sa fidélité à ses traités , tant de grandes choses n'avoient pu le préserver des malheurs domestiques , augmentés sans cesse par Tingt ans de stérilité de la reine.
Arrivé lentement à sa fin , pour le malheur de la France et de l'Europe entière , à un âge qui n'est souvent que la^moltié de celui des hommes , il ne la regarda que comme sa délivrance pour s'envoler à son Dieu , et il profita de la tranquillité , de la paix , de la liberté de l'esprit que lui conserva si parfaitement ce Dieu de justice et de miséricorde , pour se rendre plus digne d'aller à lui par les ordres si judicieux que la sagesse et l'expérience et la connoissance des choses et des personnes lui firent dicter au milieu des douleurs de la mort sur tout ce qu'il crut possible et nécessaire de régler pour l'administration de l'Etat après lui , et balancer au moins avec prudence et harmonie ce qui ne pouvoit être remis en d'autres mains. Tout donné ce qui étoit vacant , tout réglé ce qui étoit à faire après lui , il le voulut rendre public , et le consacrer , pour ainsi dire, par le consentement des personnes les plus proches comme les plus intéressées , et par l'approbation de tout ce qu'il put assembler de grands et de personnes considérables de sa cour, et de gens graves tels que son conseil et les principaux magistrats. Tous
4 . Il s'agit de la prise de Gorbie par les Espagnols, en 4636. Saikt-Simon vn 19
4d4i CAUSES DE <2£TTË. NOUVEAUTÉ^ [1715]
admirèrent tant de présenee â*esprit , de sages oombinaisous y de saga-» cité et de prudence , tous en furent pénétrés.
La reine promit solennellement de s'y Conformer , Monsieur ensuite et M. le Prince , et tous ceux qui étoient nommés pour former le oon* seil. La reine et ceux qui la gouvernoient n'en furent pas moins effrayés 4es contre- poids établis à l'autorité de sa régenee. Monsieur , foiÛe , facile , de tout temps lié afee la reine , jusque dans tous ses écarts , prk 9ur4e-ehamp au dépourvu sans le secours de ceux qui le cdAduisoieni, ée laissa enchanter aux flatteries de la reine , et crut n'dtré que plus puissant en serrant son union avec elle par le sacrifice de sa part de Tautorité que lui avoit donnée la disposition dont on vient de parler. Lui gagné, M. le Prince attaqué tout de suitQ par la reine et par Monsieur ^ n'osa résister , et céda ; à ces si principaux exemples tout le conseil renonça tout de suite , chacun à sa voix nécessaire , délibérative , ina« missible , et une heure après la mort du roi tout au plus , tout ce qti'il àvoit si sagement prévu et fait se trouva renversé , et Tautorité entière et absolue dévolue à la reine privativement à tous.
G'étèit là un grand pas fait , mais l'embarras fut que la disposition àvoit été rendue publique , Q,t lue tout haut en présence du rd et de tous ceux qui ont été nommés , et approuvée et ratifiée de tous. Cette publicité ne se poutoit détruire que par une autre. Le parlement , qui y avoit été mandé , y avoit eu la même part par ses principaux mtgis'^ trats. On craignit les mouvements de cette compagnie , et à son appui , le repentir de Monsieur et de M. le Prince. On voulut donc ménager et flatter le parlement pour lever tout obstacle. Le dernier exemple auto** risoit l'imitation et frayoit le chemin. Dès. l'après^dînée , car le roi mourut dans la fin de la matinée , on pratiqua le parlement , on le bri« gua toute la nuit, et le lendemain matin, la reine accompagnée de Monsieur et de M. le Prince , des pairs et des officiers de H couronne ^ vint de Saint-Germain droit au parlement. Ils y déclarèrent la cession qu'As faisoient à la reine de l'autorité qu'ils avoient reçue de la disposition du feu roi , pour la lui laisser à elle seule tout entière ; que le conseil nommé par le feu roi en faisoit de même \ et la régence fut ainsi faite et déclarée au parlement , à ces conditions , dont la France ne s'est pas mieux trouvée , et qui se sentira peut-être encore longues et cruelles années des pestiférés maximes et de l'odieux gouvernement du cardinal Mazarin.
Deux reines étrangères d'indination , et de principes fort éloignées des maximes françoises pour le gouvernement de l'Etat et des vues si saines des rois leurs maris , dont elles ne regardèrent la perte que par le seul objet de leur grandeur personnelle ^ dont elles étoient de longue main tout occupées , que la dernière à la vérité n'a due àu moins qu'à la nature , Marie dominée par Gonehine * et sa femme , Anne par Mata* rin , Italiens de la dernière bassesse , et qui ignoroient Jusqu'à ^êtfé langue, qui ne soupiroient qu'après le timon de l'Ëtat dont ils se ssl* sirent tout aussitôt, et à qui il n'importoit comment ni à quel titre , il