POUR LA REGENCE
officiers de la couronne , n'est donc en soi qu'une pure cérémonie sans délibération sur rien par elle-même , ni matière aucune de jugement. Le roi y reçoit les hommages de la personne qui a exercé la régence , et qui lui remet toute l'autorité que sa minorité l'empêchoit d'exercer par lui-même , offre de lui rendre compte de l'administration qu'elle a eue entre les mains , quand il lui plaira de le recevoir , si c'est un roi mineur qui déclare sa majorité , puis les hommages collectifs de tous. Que si ) à cette occasion , il se met quelque matière en délibération fictive ou effective , cela retombe dans les cas qui viennent d'être dissertes , et ne tient que par hasard à la cérémonie.
Je fis observer à M. le duc d'Orléans la jalousie , l'attentfon toujours vigilante du parlement à prétendre , à entreprendre , et à créer à son avantage quelque chose de rien par ce qui arriva à la majorité de Charles IX. Il ne s'y agissoit pas , comme dans les autres , d'une simple cérémonie telle qu'elle vient d'être expliquée. La loi faite par Charles Y pour la fixation de l'âge de la majorité des rois , et par les grands qui l'approuvèrent , avoit toujours été entendue et pratiquée suivant son sens naturel de quatorze ans accomplis , quoique le terme accomplis n'y fût pas exprimé. Sans allonger ce récit de ce que personne n'ignore de l'histoire de ces temps difficiles , Catherine de Médicis , bien assurée de gouverner toujours , avoit intérêt que la minorité de Charles IX finît , et il étoit encore éloigné de plusieurs mois des quatorze ans accomplis. Elle voulut donc faire interpréter la loi de Charles V à quatorze ans commencés. La cour étoit en Normandie , et les affaires ne lui permettoient pas de la quitter. Elle mena donc Charles IX , suivi des pairs et des officiers de la couronne qui s'y trouvèrent , au parlement de Rouen , où la loi de Charles V fUt interprétée comme elle le désiroit , et Charles IX déclaré majeur , ce qui pour l'âge a été suivi en toutes les majorités depuis. Le parlement de Paris jeta les hauts cris , députa vers le roi et la reine , prétendit qu'un tel acte ne pouvoit être fait dans un autre parlement. On se moqua d'eux. La reine leur répondit que la cour des pairs n' étoit aucun parlement, mais le lieu tel qu'il fût où le roi se trouvoit , et où il lui plaisoit d'assembler les pairs. La maxime est si vraie que , sans la circonstance de ces temps si difficiles , où la reine avoit besoin de tout , elle n'avoit que faire du parlement de Rouen pour une interprétation de la loi de Charles Y , sur laquelle ce parlement ne put opiner que par la présence des pairs , comme il a été expliqué , lesquels seuls la pouvoient faire avec les officiers de la couronne ; mais comme il falloit en même temps déclarer le roi majeur qui est la simple cérémonie qui a été expliquée, qui ne se pouvoit faire qu'au parlement de Rouen , puisque le roi étoit en cette ville , ce fut un véhicule pour y faire le tout ensemble. Le parlement de Paris se plaignit longtemps, sans pouvoir alléguer aucune raison, et il se tut enfin, quand il fut las de se plaindre, sans avoir reçu le moindre compliment.
Fondé sur des vérités si certaines et de si solides raisons , je proposai à M. le duc d'Orléans d'assembler tous les pairs et les officiers de la cBuronne, aussitôt que le roi seroit mort, dans une des pièces de l'ap-