‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 222 sur 232 · Le maréchal de TurenaCi · texte numérisé non relu

Le maréchal de TurenaCi

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Saint-Siinon parle plusieurs fois » et notauunent p. 333 de ce volume , de Chauvelia , qui devint garde des sceaux et joua un grand rôle sous Louis XV. J^ai réuni dans cette note quelques renseignements sur ce personnage.

Germain-Louis Chauvelin, né le 26 mars 1685, conseiller au grand conseil le 1*' décembre 1706) maître des requêtes le 31 mai 1711, avocat général au parlement de Paris en 1715, président à mortier lé 5 décembre 1718, garde des sceaux de France le 11 août 1727, puis ministre et secrétaire d'£tat des affaires étrangères, fut disgracié le 20 février 1737, et exilé à Bourges, Il était seigneur de Grisenoy ou Grisenois en Brie. Il est probable que ce nom se prononçait alors Grisenoircy car Saint-Simon (p. 334) et Tauteiir que nous allons citer appellent tous deux Chauvelin Grisenoire.

Le marquis d^Àrgenson , qui avait connu le garde des sceaux Chauvelin, en a tracé le portrait suivant dans ses Mémoires autographes et. inédits :

«Novembre 1730. — Pour définir le garde des sceaux Chauvelin ^ vous saurez qu'il n'y a ^'amais eu au monde plus habile homme pour ses propres a&ires , pour les travailler en grand , pour faire une grande et belle fortune , pour y aller par des moyens plus sûrs ; mais il est en toutes choses le centre de son cercle , sa fin dernière , l'objet final de toutes ses méditations. S'il lui restoit un peu do volonté pour ses charges , cela iroit ; mais janlais cela ne sera. Il faut que son esprit soit fort juste, mais peu élevé, vu la fin à laquelle il s'est borné pour faire usage de tant de moyens. Il me prend envie de parler plus à fond de lui et de sa fortune.

« Il haïssoit beaucoup son frère aîné , qui avoii un mérite si brillant qu'on en étoit éblouie Partie de cette haine, partie d'une saine politique, il embrassa le parti contraire aux jésuites^, pour se trouver sur ses pieds si malheur arrivoit aux intrigues de son frère. Ce frère mourut ; noire cadet se tendit grand travailleur , quitta les belles-lettres , les bons airs , les chevaux ; car il prétendoit à bonnes fortunes et dansoit bien; il étoit le beau Grisenoire. il est vrai que ses voluptés se concentroient dans la fortune : il eut les bonnes grâces de Mme de Bercy , parce qu'elle étoit fille de M. Desmarets ^.

a II fit la charge d'avocat général plus en homme qui veut cheminer qu'en homme qui veut passer pour un grand avocat général , et ainsi a-t-il suivi dans «es charges. Corneille dit :

a Mais quand le potentat se laisse gouverner »

"4. Voy. j). Il an présent volume.

'' i. dalntSlmen ait, en effet, (|ue le (Hre aîné était fi&vorabiè àût Jédtiitei. 3. Contrôleur général des finances dont Saliit-Sillion parle ioarèni.

Et que de son pouvoir les grands dépositaires

N'ont pour raison d'£tat que leurs propres afiEadres*,» etc.

cil épousa une héritière. Mlle des Montées, grande et bien £aite, avoit eu des affaires ; {elle s'étoit entêtée d'un officier sans bien , [et] vouloit l'épouser légitimement; elle étoit galante. Son père étoit négociant d'Orléans; il y faisoit bon. Ce Grisenoire intrigue obscurément, l'épouse. Il l'a rendue extérieurement si exemplaire qu'elle est aimée et admirée de la cour. Il s'est appliqué à la réformer , y a mis tout son temps; il ne la quittoit pas' d'un pas, étant chargé d'affaires, la veilloit dans la maison où elle soupoit. Il la suit encore , lui a ôté le rouge, en sorte qu'elle n'en a plus qu'au bout du nez. Il change ses femmes, ses valets de chambre , se fait rendre compte un beau matin des bardes de madame par sa femme de chambre; elle est chassée avant le réveil de madame; il interrompt une affaire d'État pour cela; c'est merveille.

«Or le garde des sceaux doit être, de cela, ou un très-médiocre génie, ou un très-grand, mais qui embrasse des choses bien petites, puisque cela le jette dans de telles pauvretés ; et ne doutez pas qu'il ne soit petit dans cette détermination; car n'en vouloir qu'à son propre bien si grossièrement, c'est aller contre son propre bien. Il ne se fera grand qu'à la financière.

« Il devint président à mortier ' par la plus belle intrigue de blanchisseuse et du Pont-aux-Choux qu'on ait jamais suivie. M. de BaiUeul s'ennuyoit autant de sa charge qu'elle s'ennuyoit de lui ; il falloit pourtant le déterminer à vendre. Ce président-là étoit tombé dans une telle crapule et obscurité qu'il ne vivoit que parmi des blanchisseuses et joueurs de boule. M. Chauvelin gagna ces puissances et eut la charge à bon marché. Tirons le rideau, faute de le savoir, sur le moyen dont se servent ces messieurs du parlement pour se rendre si utiles à la cour ; celui qui s'y rend le plus agréable ne peut éviter de vendre sa compagnie , de l'espionner , etc. Il est sûr que notre héros tira grand parti de sa charge pour avoir bien du crédit à la cour. Il fit les affaires des grands seigneurs; il s'adonna à MM. de Beringhen», dont il étoit un peu parent. [A la mort] de M. le duc d'Aumont, son parent par le même endroit, qui est par les Louvois, il fut tuteur du petit duc d'Aimiont.

I . Corneille, Othon, acte I, se. i. — C'est Othon qui parle:

Quand le monarqae agit par sa propre conddte, Mes pareils sans péril se rangent à sa suite; Le mérite et le rang nons y font discerner ; Mais quand le potentat se laisse gouverner. Et que de son pouvoir les grands dépositaires N'ont pour raison d'État que leurs propres atfiiires. Ces lâches ennemis de tous les gens de cœur Cherchent à me pousser avec toute rigueur , etc.

S. Le 5 décembre M\%.

3. Saint-Simon parle souvent de cette famille. A cette époque, Jacques- Louis de Beringhen était premier écuyer de Louis XY et avait plusieurs îtèttn^ dont l'un était chevalier de Malte.

Il rangea à merveille ses affaires délabrées ; il est habile économe. Par les Beringhen, il eut le maréchal d'Huzelles, qii^i aimoit les beaux garçons'.-^

<c II vouloit parvenir sous le régent. Ce prince disoit que tout lui parloit Chauvêlin; les pierres mêmes lui répétoient ce nom ennuyeux pour lui. Il apportoit tous ces grands seigneurs et leurs créatures pour lui en dire du bien et le demander pour ministre. Il lui falloit encore plus de bien qu'il n'en avoit : il agiota; son garçon agioteur fut des Bon- ^nelles^, maître des requêtes, et depuis à la Bastille; et il a renié ce pauvre fripon dès qu'il a pu le servir. Il a paru dans ses places crasseux et honorable , plaçant àsseSs bien sa dépense pour être comme tout le monde, et faisant passer pour modération ce que la lésine lui fait se refuser. Il affecte un air de bon et ancien magistrat de race, surtout en ne découchant jamais d'avec sa femme ; il trouve que cela sied bien. Il se vante sans doute beaucoup à ses maîtres de n'avoir pas de maîtresse, quoique toujours beaucoup plus vigoureux qu'un autre; car personne n'est plus adroit que lui à tout exercice , à faire des armes , à la chasse , à monter à cheval , à jouer à l'hombre , à chanter , à plaire aux dames et à les servir. C'est un Caudale ^ et un Soyecourt^; et, à son dire , tant de talents il les enfouit pour ne servir que l'État et reconnoître lés bienfaits de son maître , M. le cardinal de Fleury.

« Le régent mourut sans qu'il y eût rien à faire pour lui. Le temps de M. le Duc lui parut un feu de paille. Il s'attacha à M. de Fréjus , depuis cardinal de Fleury ; et voyant' qu'il falloit s'y attacher , il ne s'y adonna pas médiocrement. Ce cardinal , vieux et rempli de l'esprit des femmes , est jaloux au scrupule des attachements qu'on lui marque ; une bagatelle peut fairei tout échouer. Le maréchal d'Huxelles le produisit

beaucoup, et le produit fit le reste à merveille. Ce vieux b de

maréchal obtint permission du cardinal d'en faire un homme d'Ëtat et un personnage ; il lui apprit les secrets de l'Ëtat , le mit au fait de la situation présente des affaires étrangères *.

a M. Chauvêlin avoit un avantage dont on tira en cette occasion un parti extrême. Feu M. de Harlay® lui avoit légué ses nombreux et précieux manuscrits sur le droit public. Le Chauvêlin en fit des tables en les mettant en ordre : cela s'arrangeoit sur de petites cartes de la plus jolie façon. Il y employoit tous ses amis ; l'abbé de Laubruyère y travailla

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