‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 223 sur 232 · Voy. Saint-Simon, t. H, p. 436, de la présente édition · texte numérisé non relu

Voy. Saint-Simon, t. H, p. 436, de la présente édition

2. On trouve en 1720 un maître des requêtes, nommé André Bonnel, qui est probablement le même que celui dont il s*agit ici.

3. Le duc de Gandale, fils du duc d'Épernon , avait été un des seigneurs les plus célèbres pac son élégance et ses succès auprès des femmes.

4. Le marquis de Soyecourt était renommé par un genre de mérite que nous font connaître les chansons du recueil de Maurepas. Il suffira d'7 renvoyer les amateurs de couplets cyniques.

6. Le maréchal d'Huxelles avait été président du conseil des affaires étrangères sous la régence.

6. Saint-Simon a longuement parlé de ce magistrat, 1. 1*', p. 89 et suivantes de la présente édiUon.

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beaucoup, et en a eu Tévôché de SoisBons. M. Ghauvelin est effectivement grand travailleur par goût , et d'une assiduité surprenante ; il travailloit autant avant d'être en place que depuis qu'il y est. Dès qu'il avoit dtné , il regagnoit le cabinet , et y restoit jusqu'à ce qu'on eût servi le dessert chet sa femme ; et il ne soupe pas depuis longtemps ; ce qui est encore une petite chose qui suit le grand homme. Remarquez ce que c'est que de ressembler aux grands hommes par les petites choses.

« Il résulta de toutes ces cartes écrites au dos un gros livre de table universelle du droit public. On publioit que le président Ghauvelin ne travailloit qu'au droit public ; il n'étoit pas à sa chaise percée qu'on ne dît d'abord qu'il travailloit à ce droit; cela faisoit frémir sur l'engagement de se faire président à mortier , d'être de ces gens qui veillent tant pour nous tandis que nous dormons. On fit accroire au vieux cardinal que M. Ghauvelin avqit tout appris dans ses cartes; et en effet il avoit appris dans ce bureau typographique summa rerum eapita , et assez pour ne paroftre pas neuf à un ignorant , cachant avec adresse ce qu'il ignoroit. Le cardinal conçut une forte résolution de mettre un tel homme en place, et de signaler son ministère en donnant au roi un bras droit si nerveui. On arrangea cette afiaire-là ; on déposséda les Tleuriau * dans le temps que le ministère de M. de Morville commençoit à aller un peu passablement ; on fit revenir M. le chancelier * pour lui faire l'affront de morceler sa charge. Ge n'est pas là le cas où volenti non fit injuria.

a Le prétexte de forme pour ôter la charge de garde des sceaux à M. d'Armenonville sans sa démission , quoique cette charge fût créée par édit , ce prétexte fut beau et heureux pour l'autorité royale ; il consista en ce que cette charge n'avoit été créée pour mon père que par édit enregistré à un lit de justice , au lieu que la nouvelle charge qu'on créa pour le Ghauvelin le fut par édit enregistré volontairement au parlement. Le parlement fit une députation au chancelier pour savoir s'il permettoit cette création; il dit que eut, le bon homme; et le parlement surpris enregistra. M. Ghauvelin y avoit conservé du crédit; il leur fit accroire qu'il leur rendroit de grands services près du trône , et on a pu juger s'il a tenu sa parole.

« En place , il ne s'est mêlé de rien en apparence , et de tout au monde en réalité. Il s'est fait haïr des étrangers et du public. Il a fait le misérable traité de Séville», misérable parce que nous ne voulions pas l'exécuter , et que c'est un embarquement violent pour ne faire que cacades , paroles de pistolet et actions de neige. Il a rejeté toutes les actions de oouardise sur la bénignité du cardinal , et qu'on n'a jamais pu [lui] persuader la moindre action virile; cela est incroyable. Il a fait l'inoufe action de trahir le marquis de Brancas, en montrant à l'ambassadeur

1. Fleuriaa d'Armenonville et Fleuriau de Morville (le père et le fils) dirent successivement secrétaires d'État pendant la régence et les premières années qui la suivirent.

2. Le chancelier d'Aguesseau t en le rappelant d'exil on ne lui rendit pas les sceaux.

3. Ce traité d'alliance défensive entre la France, TEspagne cl l'Angleterre, ut signé le 9 novembre 4729.

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dlitMtgnft léê lettfei que loi éofhroit oê û&ïh ambassadeur. On n'a rien Yn de bien de lui , pas même dans la conduite de la librairie.

« Il se vante d'écrire tout de sa main, et il se rompt Testomac assis â son bureau; petitesse de génie, étendue d'avidité. Ge qu'il a fait de bien a été de s'enrichir magnifiquement, n y a un secret d'État qui est que les An^ois donnent gros à nos ministres.

« Il a acheté (yrosbois de M. Bernard, et quand c'a été à payer, il a montré des billets de Bernard fils qu'il ne pôuroit avoir acquis que sur la place; car il agiote mieux que Jamais, ce grand magistrat, n «s'est vanté à moi d'avoir donné de cette terre un prit extravagant, pour sa« tisfaire un certain amour local qu'il avoit conçu pour cette maison , y allant de Jeunesse che2 If. d'Harlay. Il fiiut bien souffrir de telles in* suites qu'on vous foit en iàce par ces mensonges , dont on sait évidemment lé contraire; mais on est appelé à. cette vocation-là.

c C'est lui qui soutient sous main les avocats dans leur rébellion ' et les Jansénistes; car il embarque des entreprises pour les voir échouer, et par là les partis qu'on voudroit abattre se fortifient étrangement. Il se moque de son allié le cardinal de Bissy , et quoique des sots aient cru qu'il cheminAt par lui , Jusques ici il n'a pas Ikit une faute contre sa fortune , et J'attends le dénoûment d'une si monstrueuse habileté comme d'une pièce difficile à terminer. Il chemine sous terre comme taupe ; il parott séparé de toute la cour, et il a des souteneurs tout prêts à le porter au pinacle dès que le cardinal sera retiré. On dit que c'est la maison de Gondé qu'il s'est attachée , et que les actions de la Compagnie des Indes en sont l'instrument. Pauvre royaume, qu'as -tu fait à Dieu pour être ainsi foulé aux pieds ? »

Ce passage avoit été écrit au mois de novembre 1730. Dans la suite , le marquis d'Argenson ajouta en marge : « Depuis ceci , j'ai connu davantage M. le garde des sceaux, et J'ai trouvé qu'une partie de tout ceci étoit faux , et qu'il méritoit de vrais éloges sur son génie , sa vertu et son amour pour le bien de l'État. » On voit en efiet , par des passages ■ubséquenti des Mémoires du marquis d'Argenson , que son opinion sur Chauvelin s'était modifiée» Il écrivait en janvier 1737 : « M. le garde des aeeaux est un homme plus franc qu'on ne s'imagine ; et voilà comme les liommes jugent mal par leurs préventions et de légères apparences. Je dirai même avec certitude , et après une forte épreuve , que c'est un des hommei les plus francs que j'aie jamais connus , le seul de cette sorte qui ait peut-être jamais paru à la cour; car il ne dissimule point ses haines, et voilà ce qui conduit à lui prêter des défauts qu'il n'a pas. Or , il n'aime pas tout le monde ; il méprise quantité de gens ^ et ne cache pas son dessein de les écarter des affaires; et cela prenant ces gens* là dans le retranchement de leur amottr«propre , les pousse à plus de ven« geance et de fureur que si M* Chauvelin s'en tenoit à la simple haffie ordinaire tt personnelle, avec désir de vengeance j mais eomme 11 s'é-

< . Voy. le Jtmfnat de Va^tteat BarhUr^ â l'année 1730 (mots d^avril, octobre, noteiftbfe , décembre) ; on y trouve beauccap de détails sur l'opposition des avocats.

loigne de ces gens-là par pure mésestime, il n'est pas vindicatif, quelque injure personnelle qu'il ait reçue ^ et se contente d'éloigner des affaires et des places ceux qu'il méprise , ainsi que ceux qui l'ont offensé. Certainement je parle là d'une grande vertu ajoutée à une autre ; savoir être franc , et de n'être pas vindicatif.

« Mais voici son grand défaut. C'est un cadet de nobles : il a fallu percer à la fortune par quelques manèges nécessaires. Ces manèges n'ont été odieux en rien , mais on y a pris cependant quelques habitudes de finesse et de ce qu'on appelle air de brigandage , entre autres celui de caresses, n'étant pas caressant. ni tendre naturellement; car c'est un homme bilieux, un sage, un philosophe, un homme vertueux naturellement, aimant la patrie et les honnêtes gens, un législateur digne de l'ancienne Grèce; voilà ce qu'il est naturellement, faisant du bien aux autres par rectitude d'esprit, et non par attendrissement de cœur; et étant pétri ainsi par la nature , il a cru devoir se replier aux caresses pour avoir des femmes dans sa jeunesse , et pour s'attirer des amis à qui il fût utile et qui le fussent à son avancement ; d'où est arrivé que , par des caresses forcées , spirituelles et bilieuses , il a toujours passé le but dans les sentiments témoignés* et dans les promesses faites depuis qu'il est en place , et quand il a voulu obtenir quelque chose de quelqu'un , il a également donné dans cet excès de promettre plus de beurre que de

gain ; ce qui lui a attiré des ennemis de ceux même à qui il fusoit du ien , et a fortiori des autres , à qui il n'en faisoit pas. oc Et voilà la vraie source du peu de justice à lui rendue sur la franchise , puisqu'on Ta fait passer au contraire pour un homme qui fourboit du matin au soir, tandis que je soutiendrai que c'est l'homme le plus franc que j'aie jamais connu , et je n'aime les hommes et les femmes que tels. »

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