‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 224 sur 232 · X. ANNE D'AUTRICHE ET lUZARIN · texte numérisé non relu

X. ANNE D'AUTRICHE ET lUZARIN

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Saint-Simon a caractérisé brièvement, mais avec force et vérité, les relations d'Anne d'Autriche et de Mazarin. On l'a vu, dit -il, en parlant de ce ministre , maltraiter la reine mère en la dominant toujoun (p. 386 du présent volume). La correspondance de Mazarin prouve, en effet, qu'il avait pris un grand ascendant sur Anne d'Autriche , et qu'U la traitait parfois avec une certaine rudesse. Conunent expliquer cette domination du ministre sur sa souveraine ? La question est délicate , et l'histoire ne doit pas la résoudre avec la légèreté des pamphlétaires de la Fronde. Ce que l'on peut du moins affirmer et prouver par des pièces d'un caractère authentique , c'est que la correspondance d'Anne d'Autriche et de Kazarin n'a nullement le caractère d'une correspondance of&cielle. J^i réuni ici un certain nombre de lettres écrites • par Apne d'Autriche à Mazarin pendant les années 1653, 1654 et 16&5. On trouvera aussi, à

4 . Une partie de ces leUres ont déjà été publiées par M. Cousin , dans son élude sur Mme de HaïUefort, Elles sont autographes et se trouvent à la Bibl. Imp. ms. Btites du Saint-Esprit^ n* 177'.

la suite, deux lettres de Mazariiiy où perce un sentiment de jalousie et de mécontentement qui justifie par&itement la phrase de Saint-Simon. Ces documents mettront sur la Toie d'une solution probable ; mais , avant de se prononcer , il sera utile d'en rassembler encore beaucoup d'autres enfouis dans les archives et les bibliothèques.

Mazarin , qui était rentré en France à la fin de l'année 165? , eut la coquetterie de se faire attendre quelque temps. Il alla rejoindre le maréchal de Turenne, qui prit plusieurs places sûr la frontière septentrionale de la France. Cette campagne se prolongea pendant le mois de janvier 1653. Anne d'Autriche écrivit à cette époque plusieurs lettres au

cardinal '.

«9 janvier 4653.

« Votre lettre que j'ai reçue du 24 [décembre 1652] m'a mise bien en peine, puisque 15' a fait une chose que vous ne souhaitiez pas; mais vous pouvez être assuré que ce n'a pas été à intention de vous déplaire.... 15 n'a ni n'est capable d'avoir d'autres desseins que ceux de plaire à 16 ^ ; et 15 ( la reine ) ne sera point en repos qu'il ne sache que 16 ( Mazarin ) n'a pas trouvé mauvais ce qu'il a fait, puisque non-seulement jl ne voudroit pas lui déplaire en efiet, mais seulement de la pensée qui n'est employée guère qu'à songer à la chose du monde qui est la plus chère à (h) qui est (^^ »

Comme l'absence de Mazarin se prolongeait, la reine lui écrit la lettre suivante où perce autre chose que de l'impatience :

«26 janvier 4663.

c Je ne sais plus quand je dois attendre votre retour y puisqu'il se présente tous les jours des obstacles pour l'empêcher. Tout ce que je vous puis dire est que je m'en ennuie fort et que je sui^rte ce retardement avec beaucoup d'impatience, et si 16 (Mazarin) savoi^tout ce que je souffre sur ce sujet , je suis assuré qu'il en seroit touché. Je le suis si fort [touchée] en ce moment que je n'ai pas la force d'écrire ' longtemps ni ne sais pas trop bien ce que je dis. J'ai reçu vos lettres tous les jours , et sans cela je ne sais ce qui arriveroit. Continuez k m'en • écrire aussi souvent, puisque vous me donnez du soulagement, en l'état où je suis. ^ i\|/ jusques au dernier soupir. Adieu je n'en puis plus

^ lui sait bien de quoi. »

«29 janvier 4653.

« Je viens de recevoir de vos lettres du 21 [janvier] , en quoi vous me donnez espérance de vous revoir, mais jusqu'à ce que je sache le jbur positivement je n'en croirai rien , car j'ai été trompée bien des fois. Je

4 . L'orthographe, qui est tout i fait irrégulière, a été modifiée. " 2. Ce chiffre désigne probablement la reine elle-même.

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