‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 225 sur 232 · Mazarin · texte numérisé non relu

Mazarin

4. Ces signes et d'autres que l'on trouve irès^ouvent dans lel lettres de la reine i Mazarin ont été considérés comme des symboles d'amour. Ou pourrait dans cette lettre interpréter la dernière phrase ainsi : la chose du monde gui est la plus chère à la reine qui est Mazarin, Mais toutes ces explications sont fort incertaines.

U lOahiHiB fort , tt je yout amm qtte vtitof ne le lertx jtmaif [trompé] de ^ ) puisque c'est le m6me ohoes que -^ . »

Les deux lettres Buiyantes, adressées t Macariu, qui était 4 l'année avec Louis XIY , doivent être de 1664 ( probablement août \.

« Puisque c'est par raison et non par volonté que tous ne revenes pas , je ne trouve rien à redire. Je veux grand mal aux destinées de vous obliger à demeurer plus longtemps que je ne voudrois, et vous croirea aisément que Je ne suis point jalouse, quand je vois le eon/ld«nP et ce qu'il aime ici. »

« Ce dimanche ai» soir,

« Ce porteur m'ayant assuré qu'il iroit fort souvent , je me suis résolue de vous envoyer ces papiers, et vous dire que, pour ce retour que vous me remette!*, Je n'ai garde de vous en rien demander, puisque vous savei bien que le service du roi m'est bien plus cher que ma satisfaction. Maû j0nê puU m'empéchêr de ffotu dire que je trois que, qtumd Von a 4e l'amitié, la wte de eeu» que V<m aime n'est pas disagréMe^ qvuiinA ce ne teroit que pour quelques heures. J'ai bim pewr que l'amitié de l'armée soit plus grande que toutes les autres. Tout cela ne m'empêchera pas de vous prier d'embrasser de ma part notre andsn ami*, et de croire que je serai toujours celle que je dois , quoi qu'il arrive $ • »

Bn 1655, pendant une nouvelle absence de Mazarin, iUine d'Autriche lui écrivit les lettres suivantes :

« Â la Fére, ce 4 2 août 4655.

« Votre lettre du 8 août a été reçue plus tdt que celle du 9 , puisque l'une le fut hier et l'autre aujourd'hui. J'en étois en peine; car, comme je suis assurée que vous m'écrivez tous les jours, cela me manquoit. Elle est arrivée, et il n'y en a eu paa une de perdue. J'attends Goivville qui n'est pas encore arrivé , et vous oroirex bien que ce n'est pas sans quelque impatience , puisque je dois savoir vos résolutions par lui. J'ai vu un gentilhomme que M. de Marillac envoie au roi, et comme il y a tant de difficulté à l'aller trouver où il est, je lui ai dit de s'en retourner à Paris trouver son mettre, et aussi que je me chargeois d'envoyer sa lettre et que lui renverrois la réponse , afin que je la lui fasse tenir. J'ai vu que les lettres vont si sûrement par le soin que Bridieu en prend que je me suis résolue d'envoyer la présente au confident , croyant qu'il ne sera pas fâché de l'avoir, et que au pis aller ils ne gagneront rien ni la curiosité ne sera pas trop satisfaite , puisqu'il me semble qu'Us ne comprendront pas pour qui elle est.

a Je vous envoie un billet en chiffre qui vient de Paris. Il est venu fort vite; car je reçus l'original dès hier au soir. Vous ne serez pas fâché à mon avis de voir ce qui est dedans. Pour moi , je ne l'ai pas été, et cela me fait résoudre â la patience, en cas qu'il fût nécessaire de l'avoir, puisque le lieu où est le confident ne plaît nullement et donne de la crainte

4 . Par le eonjident , la reine désigne le Jeune Louis XIY. 9. G'ett*è-dire que vous remettes à ma discrétion. 3. Louis XIV.

qu'il ne passé plus avant. Pour moi, je le souhaite de tout mon cœur/ et n'en doute pas puisqu'il suivra vos sentiments, que je suis assurée être comme il faut. Les miens seront tovgours d'ôtre > ^ . C'est tout ce que j'ai à vous dire pour cette fois , et que vous eml)rassies le confident ]>our moi , puisque je ne le puis pas faire encore. Siron fera tout ce que TOUS lui mandez le plus tôt qu'il se pourra. »

ti la Père, 48 août 4 «66.

« Vous m'avez donné une grande joie par votre lettre du 10 [août] de l'espérance de vous revoir dans cinq ou six jours. Je ne vous en dirai pas davantage sur ce sujet; car vous n'en douterez pas. Nous attendons toujours Gourville. Je crois que , si vous l'avez dépéché quand vous me mandez , il sera ici aujourd'hui. Vous me faites bien du plaisir de me dirp que le confident est satisfait des soins que je prends pour lui. J'en recevrai beaucoup pour moi toutes les fois que je trouverai moyen de l'obliger. La boîte de corail a été donnée et l'on a été fort aise de l'avoir. Je n'ai rien à ajouter h. la lettre d'hier, par où il me semble que je mande bien des choses. Nogent est ici depuis deux jours; je ne vous en dis rien ; car lui écrit tout ce qui se peut écrire au monde. Embrasses le confident et croyez-moi de tout mon cœur ^. »

«A la Fére, ce 13 août 4066.

« Enfin Gourville est arrivé cette après-dînée , et m'a rendu vos lettres du 11 et du 12, et dit ce que vous lui aviez donné charge de me dire. II m'a tirée d'une grande peine en me le disant , et vous m'en avez sauvé une furieuse en faisant, par raison, consentir le confident à demeurer au Quesnoy , pendant que l'armée se promènera. Je prie Dieu que sa promenade soit telle que je la lui souhaite. J'ai été ravie d'avoir vu dans une de vos lettres que mes sentiments aient été pareils aux vôtres pendant la visite que le confident me voulut faire , puisque j'aime mieux ce qui est de sa gloire et de son service que mon contentement particulier . Je m'assure que vous n'en doutez pas. J'attendrai donc avec patience que ses affaires lui permettent de venir et re'biets à vous d'en juger , quand il sera temps; car il me semble que vous jugez assez bien de toutes choses et que le mal de tête que vous avez eu ne vous en a pas empêché. Je suis bien aise que vous ne l'ayez plus, et si vous avez autant de santé que je vous désire , vous serez longtemps sans avoir aucun mal.

(c Je ne sais si , à la fin , la quantité de mes lettres ne vous importuneroit point. Voici la deuxième d'aujourd'hui; mais, si vous êtes aussi aise d'en recevoir que [moi de] vousi, je suis bien assurée qu'elles ne le feront point. Je suis bien aise que les cavaliers de Guise s'acquittent si bien de leurs voyages.... Ceux qui portent cette lettre sont venus avec Gourville qu'il a amenés exprès , afin que vous sachiez son arrivée et sa diligence. Pour des nouvelles d'ici, après toutes celles que Nogent a mandées , il seroit difficile d'en dire aucune. C'est pourquoi je m'en re-

4 . Ce signe est un de ceux que M. Walckaattr a interprétés oommo désignant l'amour d'Anne d'Autriche pour Mazarin.

mets entièrement à ce qu'il en a écrit. Dites au confident que je suis bien aise qu'il se souvienne de ce que je lui dis en partant et qu'il s'en acquitte, puisque, de lui, viendra tout son bonheur, et que lui en soubaitant beaucoup comme je fais , je suis fort aise qu'il fasse ce qu'il faat pour cela. Je ne lui écris point puisque aussi bien il faut que vous soyez l'interprète de ma lettre, qui sera pour tous deux; mais je la finis en TOUS priaÀt toujours d'une même chose , qui est de l'embrasser bien pour moi et de croire que je serai tant que je vivrai ^ . »

Les lettres de Mazarin à la reine sont d'un tout autre ton. Malgré la phraséologie sentimentale, il y perce un peu d'aigreur et de jalousie. TeHe est , du moins , l'impression qui me paraît résulter des lettres suivantes écrites en 1659 ' :

ce A Saint-Jean de Luz , 4 *' ovembre.

« Je viens de recevoir votre lettre du 28 du passé , et je suis au désespoir de vous avoir donné sujet de me faire un si grand éclaircissement, lequel , au lieu de me consoler , me donne encore plus de peine , voyant que l'affection que vous avez pour la personne ne vous permet pas de croire qu'elle soit capable de faire jamais aucune faute. Je vous suppUe d'avoir la bonté de me pardonner , si j'ai pris la hardiesse 4e vous en parler , vous promettant de ne le faire de ma vie et de souiîrir avec patience l'enfer que cette personne me fait éprouver. Je vous dois encore davantage que cela, et, quand je devrois mourir mille fois, je ne manquerai pas aux obligations infinies que je vous ai, et, quand je serois assez méchant et ingrat pour le vouloir, l'amitié que j'ai pour vous, qui ne finira pas même dans le tombeau , m'en empêcheroit.

« Je souhaiterois vous pouvoir encore dire davantage , et , s'il m'étoit permis de vous envoyer mon cœur, assurément vous y verriez des choses qui ne vous déplairoient pas et plus dans cet instant que je vous écris qu'il n'a jamais été , quoique je voie , par la lettre que vous m'avez écrite, que vous avez oublié ce qu'il vous plut me dire avec tant de bonté à Paris , lorsque nous parlâmes si à fond sur le sujet de la même personne , laquelle a toujours été la seule cause de mes plaintes et du déplaisir que vous en avez témoigné en diverses rencontres.

« Mais il ne faut pas vous importuner davantage , et je dois me contenter des assurances que vous me donnez de votre amitié , sans prétendre vous gêner à n'en avoir pas i)our cette personne , puisqu'il vous plaît de nous conserver tous deux à votre service. Je vous conjure de nouveau à genoux de me pardonner, si je vous donne du chagrin en vous ouvrant mon cœur qui ne vous cachera jamais rien , et je vous confirme que , si je devois vivre cent ans , je ne vous en dirai jamais un seul mot et que je serai toujours le même à votre égard avec certitude que vous n'aurez pas en aucun temps le moindre sujet de douter de ma passion extrême p^ur votre service , ni de mon amitié qui n'aura jamais de semblable si les anges ^ me veulent rendre justice le croyant ainsi, et

4 , Les minutes de ces lettres se trouvent à la Bibl. Manrine , ms. 4 7 4 9 (H) . 2. Ce mot désigne Anne d'Autriche.

je TOUS supplie de me rendre de bons offices auprès d'eux , tous protestant , comme si j'étois devant Dieu , que je les inérite. »

Mazarin revient sur le même sujet dans une lettre du 20 novembre 1659 :

« Je reconnois bien qu'à moins que les anges vous eussent inspiré de m'écrire une lettre si obligeante que celle que je viens de recevoir du 7 du courant, il vous étoit impossible de la former avec des termes si tendres et si avantageux pour moi qui ne désire aucune chose avec plus de passion que d'être toujours assuré de Thonneur de votre amitié. Je vous déclare encore une fois que rien n'est capable de m'en faire douter , quelque chose qui puisse arriver. Mais je vous avoue à même temps que vous me combleriez d'obligations , si vous aviez la bonté un jour de vouloir apporter quelque remède à ce que vous savez qui me fait de la peine et qui me la fera toute ma vie. Je vous conjure de vous souvenir de ce qu'il vous a|plu de me faire espérer sur ce sujet, et qu'assurément la passion et la fidélité que j'ai pour vous et pour la moindre de vos satisfactions mérite bien que vous songiez un petit à guérir la maladie, qui, sans votre assistance, sera incurable.

« Vous en avez eu depuis peu de jours une belle occasion , ayant vu plusieurs lettres de la cour qui portoient que la personne dont est question vous avoit bien fâchée par des emportements qui étoient fort contre le respect que tout le monde vous doit , et pour une affaire dont il n'y a qui que ce soit qui ne la condamne , outre que l'ouverture de la cassette sera de grand préjudice , puisqu'il fera public ce que du Bosc ' y

4 . Loret do^ne quelques détails sur ce du Bosc ÇMuu Aistoiique, 2 S octo* bre 4659) : Lettre XLI*.

«Monsieur Dubosq, digne d'estime , Jadis mon amy très-inlime y El de mesme climat que moy»' L'un des interprètes du roy, Et gentilhomme chez la reine.

Dont Tâme estoit de vertus pleine ; Enfin , ce Dubosq que je dis , Que Je tiens estre en paradis , D'autant qu'il estoit bon et sage , Est décédé dans le voyage, Depuis trois semaines, ou plus, ' À Baïonne ou Saint-Jean de Lus.

« Il sçavoit faire des harangues, Estoit docte en diverses langues.

Comme il a montré plusieurs fois.

Servant avec esprit nos rois.

Son ftme estoit noble et loyale.

Estant pour la cause royale Tou}onrs ferme comme une tour ; Et quoy qu'il fût honune de cour.

Sa probité fut infinie ; 11 vivoil sans cérémonie.

L'Émiiience et leurs Majestés

466 NOTBS.

aroit laiiié pour Mrrir \ê eofi/Uffil «n ce que tous tayei. H tous réplique I que tout le monda témoigna d'êtra 8candaliié da procédé de ladite personne , et chacun eachant qu'elle ne m'aime paa, et voyant que tous ayez la bonté de souffrir la hauteur avec laquelle elle se conduit aveo sa propre maîtresse, tous tirent une conséquence qu'elle a tout pouvoir avee vous.

•c Je vous demande pardon de ce que je prends la liberté de vous éerire sur cette matière, puisque cela ne procède que de Famitié et de la confiance que j'ai aux angei , qui seront toujours les maîtres d'en user en cela et en tout ce qui me regardera, comme ils voudront, sans que je change jusqu'à la mort d'être ce que je vous dois. Bu quoi vous ne m'avez pas beaucoup d'obligation, puisque, quand même je le you* drois , il me seroit impossible de l'exécuter, Mais j'ai grande joie de savoir que je ne le pourrai et je ne le voudrai jamais, »

QueUe personne Masarin désigne^t^il dans oes lettres ? Les éorivaîns du temps ne donnent à cet égard aucune explication ; mais on voit par des lettres inédites de Bartet à Maxarin ' qu'il s'agit de Mme de Beauvais, femme de chambre de la reine, que Maxarin avoit d^è tait éloigner de la cour*, mais qui y était revenue aveo plus de crédit qu'auparavant. Peut^tre auisi Maiarin a^t-il en vue Téouyer de la reine, Beaumont; ce qui expliquerait mieux certaines expression» de ses lettres. Voici le passage de la lettre de Bartet qui peut jeter quelque lumière sur l'intérieur de cette cour. U écrivait à Maxarin le 16 octobre 1659 ;

oc Je ne sais si la reine vous écrira qu'elle a ici une affaire sur les bras avec Mme de Beauvais , qu'il est juste que vous sachiez que j'ai vue commencer et non pas finir, puisqu'elle dure encore, fiUe vous divertira assurément. Votre Ëminence la trouvera ridicrUota»

« Sa Majesté apprit à Nérac la mort du pauvre M. du Bosc. D'abord M. de Beaumont, son écuyer, lui dit qu'il y avoit dans sa cassette, qui étdt avec celles de la reine, trois eents louis d'or en espèces qui lui

Faisoient cas de ses qualités.

Bref, chacun le chérissoit comme Un fort pnide et fort honnête homme,

« 0 cher Dabosq, esprit charmant.

Qui , comme moy, ras bas Normand , Gourtisan, à présent, céleste, Qui, par un sort trop tôt funeste, Es mort tiavaillam pour la pais ( Estant avec Dieu, désormais.

Sans plus redouter les tempestes Que le ciel suspend sur nos testes.

Ce Loret , qui t'eslimoit tant Et qui, dans ce monde iaoonstanti Ne te peut survivre de gnéres.

Se recommande à tes prières. »

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