‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 28 sur 232 · SORTIE DU DOUBLE ADULTERE · texte numérisé non relu

SORTIE DU DOUBLE ADULTERE

unies lés terres , seigneuries et fofét de Saint-Léger en duché-pairie en fayeur du comte de Toulouse et de ses enfants tant mfties que femelles, etc. , données en mai 1711 , registrées le 28 juillet même année.

53. Le prince de Dombes pourvu en surrivance du gouTemement de Languedoc en mai 1712.

54. Le comte d'Eu pourvu du gouvernement deGuyenne en janvier 1713 vacant par la mort du duc de Ghevreuse.

Le Dauphin et la Dauphine étoient morts en février 47^12, et M. le duc de Berry en mai 4744. On se hâta d'en profiter.

55. Édit du mois de juillet 1714 , registre au parlement le 2 août même année , qui appelle à la succession à la couronne M. le duc du Maine , et M. le comte de Toulouse , et leurs descendants mfties au défaut de tous les princes du sang royal, et ordonne qu'ils jouiront des mêmes rangs, honneurs et préséances que lesdits princes du sang , après tous lesdits princes.

56. Prince de Dombes prend séance au parlement précisément en U manière des princes du sang à Toccasion de la réception du duc de Tallard au parlement le 2 avril 1715.

57. Déclaration du roi, 23 mai 1715, registrée au parlement le 24 des mêmes mois et an , portant que M. le duc du Maine et M. le comte de Toulouse, et leurs descendants en légitime mariage, prendront la qualité de princes du sang royal.

On s'arrête ici , parce que ce que le roi fit dans la suite pour bien assurer cette effrénée grandeur appartient à son testament , dont il ne s'agit pas encore , et parce que , encore qu'il le fit en même temps , les dispositions n'en furent sues qu'à l'ouverture de son testament et de son codicille après sa mort. On ne sut même que quinze jours après qu'il en avoit un , comme on le verra incontinent , sans que personne se fût douté qu'il y travaill&t.

Pour peu qu'on examine ce groupe immense qui , du profond non-être des doubles adultérins , les porte à la couronne , on sera moins frappé de l'imagination des poètes qui ont fait entasser des montagnes les unes sur les autres, à force de bras, par les Titans pour escalader les cieuz. Enmême temps , l'exemple que ces poètes offrent d'uh Encelade et d'un Briarée se présente aussi bien naturellement à l'esprit , comme le los le plus juste de pareilles entreprises.

Que les rois soient les msdtres de donner, d'augmenter, de diminuer, d'intervertir les rangs , de prostituer à leur gré les plus grands honneurs , comme à la fin ils se sont approprié le droit d'envahir les biens de leurs sujets de toutes conditions et d'attenter à leur liberté d'un trait de plume à leur volonté , plus souvent à celle de leurs ministres et de leurs favoris , c'est le malheur auquel la licence effrénée des sujets a ouvert la carrière, et que le règne de Louis XIV a su courir sans obstacle jusqu'au dernier bout , devant l'autorité duquel le seul nom de loi, de droit , de privilège , étoit devenu un crime. Ce renversement général , qui rend tout esclave, et qui, par le long usage de n'être arrêté par rien, de pouvoir tout ce qu'on veut sans nul obstacle, et de ne recevoir que des

90^ DEGRÉS Qtn LA'PORTfiErr k LA CAPACITÉ

adov&tions à r«iàvi in fohd âes gémiflâettents les plus amen et les plus nniversels , et de la douleur la plus sanglante de tous les ordres d'un Ëtat opprimé, aoeoutume bientôt à vouloir tout ce qu'on peut. Un prince, arrivé et vieilU dans ee oomble extfôme de puissanee, oublie que sa couronne est un fidéicommis qui ne lui appartient pas en propre, et dont il ne peut disposer, qui! Ta reçue de main en main de ses pères à titre de substitution , et non pas de libre béritage (je laisse à part les oonditions abrogées par la^ violepcç et le souyerain pouvoir devenu totalement despotique) ; conséquemment qu'il ne peut toucher à cette substitution ; que , venant à finir par l'extinction de la race légitime , dont tous les mftles y sont respectivement appelés par le mâme droit qui l'en a revdtu lui -môme, ce n^est ni à lui ni à aucun d'eux à disposer de la succession quMls ne verront jamais vacante; que le droit en retounae à la nation de qui eux-mêmes Tont reçue solidairement avec tous les mâles de leur race , pendant qu'il y en aura de vivants ; que les trois raees ne l'ont pas transmise par un simple édit, et par volonté absolue de l'une à l'autre; que , si ee pouvoir étolt en eux , ils le pourrofent exercer en faveur de qui bon leur sesableroit; que dès lors, il y a moins loip d'en priver les mâles de leur race appelés solidairement avec eux à la même substi* tution, pour en revêtir d'autres à leur gré, que d'usurper le pouvoir de la disposition même , puisque , si oe pouvoir était en effet en eux , rien ne pourroit les empêcher d'en user dans toute étendue , et avee la même injustice, à l'égard des appelés à la substitution avec eux, qu'ils en usent sans eesse avec tous leurs sujets pour les rangs , les honneurs et les biens; que dès lors chaque roi serait maître de laisser la couronne à qui bon lui sembleroit ; et que l'exemple de Charles YI , qui n'est pas l'unique , quoique le plus solennel et le seul accompli au moins pour le reste de son règne , fiait vpir qu^l ne seroit pas impossible de voir des rois frustrer de la couronne tous ceux qui y sont appelés par la substi* tution perpétuelle en faveur d'un étranger , mais jusqu'à leurs propres enfants. On laisse moins à juger quelles pourroient être les suites de l'exercice de eette usurpation, qui sautent aux yeux d'elles-mêmes, qu'à considérer que , le premier pas franchi par cet édit pour la première fois depuis tant de siècles que la monarchie existe sous trois races , il ne sera pas impossible , pour en parlev avec adoucissement , d'en porter l'abus jusque-là, surtout si on considère aveo soin de quelles infractions légères est sorti l'abattement entier de tous droits, lois, serments, en-* gagements, promesses, qui forme cette confusion générale et ce désordre universel dans tous les biens et les conditions et états du royaume. Que penser donc d'une créole, publique, veuve à l'aumâne de ee poète cul-de-jatte , et de ce premier de tous les fruits de double adultère rendu à la condition des autres hommes , qui abusent de ce grand roi au point qu'on le voit , et qui ne peuvent se satisfaire d'un groupe de biens , d'honneurs , de grandeurs si monstrueux , et si attaquent de front l'honnêteté publique , toutes les lois et la religion , s'ils n'attentent encore à la couronne même? et se peut-on croire obligé d'élcHg(ier eomme jugement téméraire la pensée que le prodige de ces édite, qui es appeâent ft la eouronne après le dernier prinoe du sang , et qui leur

DE LA COUROimS PAR DBOCT DE NAISSANCE. 9T

en dsDiMieB(l«aom, letitf», et tout m éofttiaflpriiiaesdaMiif Jouit* seiit ot pourroat jouir , n'aieat paa été dam leur projet un damier échelon , eomnie tous lee préeédeats n'avaient été que la préparationàeeui-oi , un dernier éeheloa, dia-je , pour lea porter à la couronne , à Fezelu« don de tous autres que le Daupkin et sa postérité? Sans donte il y a plus loin de tirer du non-étre par état, et de porter après oes ténébreux en&nts au degré de puissance qu'en voit ici par leurs établissements, et à rétat de rsng entier des princes du sang, avec la même habileté de succéder à la couronne; sans doute ^ il y a plus loin du néant à cette grandeur, que de cette grandeur à la couronne. Le total est à la vérité un tissu exact et continuel d'abus de puissance , de violence , d'injustioe , HMtis une foip prince du sang en tout et partout , il n'y a plus qu^un pas à faire ; et il est moins difficile de donner la préférenee à un prince du sang sur les autres pour une succession dent on se prétend maître de disposer , puisqu'on se le croit , de faire des princes du sang par édit , qu'il ne l'est de fabriquer de ces princes STec de l'encre et de la eire. et de les rendre ainsi tels sans la plus légère contradiction.

On a coté exprès le nombre des degrés qui ont porté les bâtards à c^ comble, pour n'être pas noyé dans leur nombre. Qu'on examine le trente-neuvième et le cinquantième , on y trouvera les avantages qui y sont accordés aux enfants du duc du Maine fondés, libellés, établis et causés, comme petit- filg du roi; le mot de naturel y est omis. Ce n'est pas que cela se pût ignorer , mais enfin il ne s'y trouve point. Voilà donc le fondement du droit qui leur est accordé en tant de cbeses et de façons par ces articles! Ce fondement ainsi déclaré et réitéré est le même qui très<explicitement se suppose où il n'est paa exprimé , pour tout ce qui leur est donné de nouveau; ainsi c'est comme descendants du roi que les descendants de ses deux bâtards sont avec eux appelés à la couronne après le dernier prince du sang. Mais nul autre qu'eux , exeepté l'unique Dauphin et la branche d'Bspagne , ne desoendoit du roi. Le Dauphin étoit unique et dans la première enfance; sans père ni mère, morts empoisonnés; la branche d'Bspagne avoit renoncé à la succession francoise ; M. le duo d'Orléans , rendu odieux et suspect avec grand art , n'avoit qu'un fils et ne sortoit que du frère du roi ; tous les autres princes du sang d'un éloignement extrême ) sortis du frère du père d'Henri IV , et remonteient jusqu'à paint Louis pour trouver un aïeul roi de Prance. Quelle comparaison de proximité avec les petitS'fils du roi f et combien de raisons , dès que droit et possibilité s'en trou^vent dans leur grand -père , de leur donner la préférence et à leiirs pères qui sont ses fils? Et Toilà l'aveuglement où conduit l'abandon aux fém* mes de mauvaise vie que Balomon décrit si divinement. Il est vrai que la vie du roi ne Ait paa assex longue pour leur donner le loinr d'arriver à ce grand point.

Mais sans même comprendre cette vue dans le tissu de tant d'effrayantes grandeurs , laissant à part l'amas d'une puissance si dangereuse dans un fitat , et la subversion des premiers , des plus anciens , et des {^us grands rangs du royavme , se renfermant dans l'unique concession du nom) titre, etc. , de prince du sang, et de l'habilité après eux à la

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