‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 29 sur 232 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

couronne , quel nom donner dertnt Dieu à une telle récompense d'une naissance tellement impare , que jusqu'à ces bâtards les hommes en pas un pays n'ont voulu la connoître ni l'admettre à rien de ce qui a trait au nom , à l'état , et à la société des hommes , sans s'être jamais relâchés sur ce point , dans les pays même oà l'indulgence est la plus grande à l'égard des autres bâtards? et devant les hommes, y peut-on dissimuler l'attentat direct à la couronne , le mépris de la nation entière dont le droit est foulé aux pieds, l'insulte au premier chef, à tous les princes du sang , enfin le crime de lèse-majesté dans sa plus vaste et sa plut criminelle étendue ?

Quelque vénérable que Dieu ait rendue aux hommes la majesté de leurs rois et leurs sacrées personnes , qui sont ses oints , quelque exécrable que soit le crime d'attenter à leur vie qui est connu sous le nom de lèse-majesté au premier chef, quelque terribles et uniques que soient les supplices justement inventés pour le punir et pour éloigner par leur horreur les plus scélérats de l'infernale résolution de le commettre , on ne peut s'empêcher de trouver dans celui dont il s'agit Une plénitude qui n'est pas dans l'autre, quelque abominable qu'il soit, si on veut substituer le raisonnement sur celui-ci au trouble et au soulèvement des sens qui est un effet naturel de l'impression de l'autre. Cet autre , qui ne peut être trop exagéré (et que Dieu confonde quiconque oseroit le vouloir exténuer le moins du monde) , doit néanmoins , sans tomber dans cette folie , être examiné tel qu'il est , pour en faire une juste comparaison avec celui dont l'invention est due à la perversité et au désordre de nos temps , en l'examinant de même. Dans l'un il s'agit de la vie de l'oint du Seigneur ; mais quelque horrible que soit ce crime , il n'attente que sur la vie d'un seul. L'autre joint à la fois la subversion des lois les plus saintes, et qui subsistent depuis tant de siècles que dure la monarchie , et en particulier la race heureusement régnante , sans que l'ambition la plus effrénée ait osé y attenter; à l'extinction radicale du droit le plus saint, le plus important, le plus inhérent à la nation entière; et de cette nation si libre que, jusque dans son asservissement nouveau , elle en porte encore le nom, et des restes très-évidents de marques , ce crime en fait une nation d'esclaves , et la réduit au même état de euccession purement , souverainement et despotiquement arbitraire , fort au delà de ce que le czar Pierre I" a osé entreprendre en Russie , le premier de tous ses souverains , et qui a été imité après lui , fort au delà , on le répète , puisqu'il n'y avoit point de maison nombreuse appelée à la couronne comme nos princes du sang , et encore moins de loi salique , qui est la règle consacrée par tant de siècles du droit unique à la succession à la couronne de France. Et qu'on n'oppose point ici les funestes fruits de la guerre des Anglois, qui, après s'être soumis au jugement rendu en faveur de la loi salique, ne fondèrent leurs prétentions qu'en impugnant de nouveau cette loi fondamentale. Qu'on n'allègue point non plus les infâmes desseins de la Ligue; quand on n'turoit pas horreur de s'en protéger, au moins les ligueurs couverts du manteau de l'hypocrisie , et voulant exclure Henri IV comme héré* tique relaps, respectèrent encore les droits de .la nation, et, supposant

Page 1