‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 44 sur 232 · HORT BE LA DUCHESSB · texte numérisé non relu

HORT BE LA DUCHESSB

l'étpit pas même pour Saumery, qu'on app^loit Pttylbnds , qui n'avoit pas les mêmes raisons. Elle résolut de la retirer, et lui en fit faire toutes les civilités possibles. Le compagnon trouva plaisant qu'elle imaginât d'exercer son droit sur un homme de son importance ; et n'eut pas honte de demander ce qui étoit donc cette Mme de BeauviUiers qu'il ne connoissoit point, et qui prétendoit qu'on efltdes égards pour elle?» Il tint ferme à contester le droit contre tout ce qui lui parla de la famille.

Dans l'embarras d'un procès , et de procédés de même impudence que les propos , Mme de BeauviUiers trouva , par des raisons de terres et de mouvances , qu'il n'y avoit que d'Antin qui pût lui imposer et lui faire quitter prise ; nul moyen en elle d'approcher d'Antin jusqu'à lui faire prendre fait et cause. On a vu souvent combien il avoit toujours été éloigné de M. de BeauviUiers , et H. de BeauviUiers de lui. Je ne l'avoia pas été moins ; mais vers les fins de la vie du roi , U s'étoit fort jeté à moi , et depuis encore davantage. Mme de BeauviUiers , avec qui je vivois toujours dans la plus étroite union , crut qu'il n'y avoit que moi qui pût faire que d'Antin se prêtât à elle. Elle se garda bien de me parler de cette affaire que j'ignorois , mais elle vint la conter à Mme de Saint- Simon , et prit exprès son temps que j'éteis au conseil de régence. Après lui avoir expliqué la chose et les procédés, et ce que j'y pouvois faire, elle lui dit que c'étoit à eUe à voir si je pourrois être capable de la servir sans éclater contre Puyfonds; qu'elle se souvînt de la façon dont j'avois mené le père à leur occasion ; qu'elle craignoit que je ne tombasse sur le fils , et en discours violents et en choses , avec le crédit que j'avois ; que pour peu que je ne fusse pas maître de moi là-dessus , elle la prioit instamment de ne m'en jamais parler , parce que pour rien elle ne me vouloit faire offenser Dieu et le prochain , et aimoit mieux perdre et ruiner son affaire que d'en être cause. Il faUut donc entrer en négociation avec moi pour le service qu'on en désiroit , sans expliquer rien ni nommer personne que Mme de BeauviUiers , jusqu'à ce qu'on m'eût fait convenir des conditions. Je les passai toutes , dans le désir de lui être utile , et avec une grande curiosité de développer de si rares conditions et des précautions si singulières. Je vins à bout très-promptement de IViffalre , mais non si aisément de mol sur ce que j'avois promis , sans que le pied m'y gliss&t un peu , ni sans grand effort et mérite de me retenir antant.

Cet ingrat et impudent Puyfonds fut bien heureux , au temps où nous étions, d'avoir eu affaire à une vertu aussi sublime qu'il força Mme de BeauviUiers à se montrer. Ce trait est si fort au-dessus de la nature et de la vertu même plus qu'ordinaires , il caractérise si nettement la duchesse de BeauviUiers quej'aurois cru commettre plus aussi qu'un larcin de le laisser périr dans l'oubli , trait d'autant plus héroïque qu'elle avoit natureUement une grande sensibilité.

Son extrême solitude la rongea lentement , et augn^enta beaucoup le

flet inréricnr par rapport au fief dominant ou suzerain. U y a eu de très-longuei contestations pour savoir si la Bretagne était un flef mouvant du duché de Nérmandie*

[1714} DE BSAmriLUSttô EN 17S3. ISl

pûîiê de i« péBittiie« : «lit n'y étoit pat acedutumée , rlên na put l'en** gager à Tadouoir. La mort du duc de Rooheobouart » ton petit*filt , qui donnoft les plut grandes espérances , et qui la consoloit de tout et que le duc de Hortemart lui donnoit de souffrances par sa conduite et ses pro* eédés avec elle ^ et la perte de la duchesse de Ghevreuse , qui arrivèrent coup sur coup , achevèrent de Taocabler. Bile combla de biens le duc de Saint- Aignan Jusque par son testament, qui fut également sage, juste , pieux, et succomba enfin sous les plus dures épreuves d'une longue paralysie qu'elle porta avec une patience et une résignation parfaite f et depuis que la tête commença à s'attaquer , il n*y avoit que les choses de Dieu qui la rappelassent , et dont elle pouvoit être occupée , vivement même , dont j'ai été souvent témoin. Elle et H. de Beauvilliers en étoîent si remplis , que ce qui leur échappoit quelquefois avec mol là-dessus | mais toujours courtement, étoit rempli d'une onction et d'un feu admirable. Elle vécut presque vingt ans dans la plus solitaire et la plus pénitente viduité, moins d'un an après Mme de Ghevreuse; et mourut en 17 88 , à soixante-quinze ans , infiniment irich^ en aumône? et en toutes sortes de bonnes oeuvres.

CHAPITRS JXm

Ma situâUon à la eour. — * Conduite étrange de Desmtrets. — Brutalité avee moi, qui lui est fatale. -^ Maréchal ds Yilleroy ehef du eontoll royal des finapses. -^ Son flls arebevéque de Lyon. ^ GontinuatioB de ma situation à la cour, ^- Maeafias ; quel, -^ Cardinal del Giudice fait fonction i Marly dç grand inquisiteur d'^^pagne ; choque les d^i» rois } est rappelé ; donne part publique ^n mariage du roi d'£spagne ; part à grand regret; se morfond

' longtemps à Bayonne avec défense de passer outre, -^ Moyens en Espagne eonlre les entreprises de Borne. — Repentir Inqtlle de la princesse des Urslns du marlaae de Parme. •— Mariage ft Parme de la reine d'Espagne, qui part pour l'Espagne % sa suite. — *• Mariage du fils du priuoe de Rohan Avec la iSlle de la princesse d'Espinoy. -^ Mariage du eomte de Roye avee la aile d'ffuguet, sonseillçr au parlement. -^ Voyage de Fontainebleau par petit-Bourg, m- I^e roi de fort paauvaise humeur, ^ Electeur de Bavière 4 Fontainebleau. — Amusements du roi redoublés et inusités chez Mme de Maiinteuon. — Paix de l'empire et de l'empereur signée à Bade, — JLe roi d'Angleterre donne pari au roi de son avènement i^ celte couronne, passe en Anglëtevre et y fait un entier changement. — Maréchal 4e Villeroy aniVB I Fontainebleau j est fait ministre. — Ministres ne prêtent point de ••rroeoi. ^ Ineptie parCsite du maréchal. *» Retour du maréchal de VlUars. -f- OuG de Mortemart apporte au roi la nouvelle de l'asiaut général de Barcelone, qui se rend à discrétion avec Mont^Joui et Gardone. <*- (^ Catalogne soumise. — Broglio, gendre de Voysin, apporte le détail de la prise de Barcelone. — Vues et conduite domestique du roi de Pologue, qui fait voyager son fils incognito. — Il arrive à Paris et ^ la cour } très-bien reçu. •• -^ Ce qu'on en trouve. — Bes conducteurs. — Sa conversion secrète, — éleeteuff de Bavière voit le roi en parUeulier et retourne i Compiègne.

Tayoue que j'ai peine à m'arracber à des objets qui me furent ci 6%ers , et qîii me le seront toute ma vie. Il est temps de reprendre une

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