CARDINAL DEL GIUDICE CHOQUE LES DEUX ROIS
aller conclieic à Petit-Bourg , et lui dmina part publique du mariage du roi d'Espagfte , dont jusqu'alors il ne lui avoit donné part qu'en particulier, par respect et confiance de son petit-fils, qui toutefois l'avoir conclu avant de lui en avoir fait dire un mot.
Le roi continua à dissimuler sur l'entreprise du cardinal grand inquisiteur et sur le mariage. Il avoit invité le cardinal de venir à Fontainebleau où il lui avoit donné un beau logement. Mais la princesse des Ursins , qui savoit le jour précis que cette part publique du mariage seroit donnée, s'étoit. ajustée là-dessus, de façon que dès le lendemain le cardinal reçut un ordre précis qui le rappeloit en Espagne sur-lecbamp. Giudice en fut consterné. Il vint le lundi 3 septembre à Fontainebleau, vit longtemps le roi le lendemain dans son cabinet à l'issue de son lever , prit congé de lui , et s'en retourna à Paris. Il ne se cacha à personne du chagrin de son départ ; ni assez de son inquiétude , car il ne se contraignit pas de dire qu'il quittoit un paradis terrestre pour retourner dans un pays où il ne trouveroit que des épines , et pas un homme à qui se fier , et qu'il quitteroit avec plaisir tous les emplois qu'il avoit en Espagne , si le roi soh maître lui vouloil faire la grftce de le nommer son ambassadeur en France pour y demeurer toujours. Deux jours après , le roi lui envoya un diamant de dix mille écus, et il partit aussitôt après avec Cellamare, son neveu , pour retourner en poste en Espagne.
En arrivant à Bayonne , il trouva un ordre qui lui défendoit d'entrer en Espagne , et qui lui enjoignoit d'en attendre de nouveaux à Bayonne. Il en parut fort abattu. Il envoya sou neveu à Madrid et il demeura à Bayonne. Nous l'y laisserons parce qu'il y demeura longtemps. Il y eut le dégoût de recevoir défense de voir la nouvelle reine d'Espagne , qui y entra tandis qu'il^se morfondoit à Bayonne. On verra en son temps ce qu'il devint et Macanas.
Je ne sais ce qui étoit revenu à la princesse des Ursins sur les dispositions de la princesse de Parme , mais elle entra dans de tels soupçons de son esprit haut et entreprenant, qu'elle se repentit d'avoir fait ce mariage , et qu'elle eut envie de le rompre. Elle fit donc naître je ne sais quelles difficultés, sur lesquelles elle fit dépêcher un courrier à Rome au cardinal Acquaviva qui y faisoit les affaires du roi d'Espagne , avec ordre de différer son voyage à Parme , où il avoit ordre d'aller faire la demande et d'y voir épouser la princesse par le duc de Parme, frère cadet du feu père de la princesse , qui avoit épousé sa mère peu de temps après avoir succédé au duché. Mme des Ursins avoit changé d'avis trop tard. Le courrier ne trouva plus Acquaviva à Rome : ce cardinal étoit en chemin et près d'arriver à Parme , de sorte qu'il n'y eut pas moyen de reculer.
Il fut reçu avec de grands honneurs et une grande magnificence : il fit la demande , mais il difi'éra les épousailles comme il put , et ce retardement fit beaucoup parler. En attendant, la dépense étoit pesante à Parme; le mariage, qui se devoit célébrer le 25 août, ne le fut que le 16 septembre, par le cardinal Gozzadini, légat a Zat^re pour cette, fonction , et pour complimenter la reine d'Espagne au nom du pape. Elle partit incontinent après pour aller s'embarquer à Gènes et aller par
138 BURUaB su VZZ^SI DU VKERCB » ROSAS. [J714]
mêT à Alieanjto , ae^ûtnptgnéc du marquis de LM SalbuU 6t éê Ift pYf n- C9B99 de Piombino, femme de beaucoup d'eiprit, et amie partieuIiÀre de la princetoe des Uryins. Aibéroni, qu'elle aToit envoyé à Parme dès les commencements de cette affaire du mariage , retourna de la part du duo de Parme à son emploi d'Espagne, & la suite de la nouvelle reine.
Deux mariages moins importants se firent en mâme temps* La princesse d'Espinoy , intimement liée , comme on Ta vu en plus d'un endroit , aveo feu Mme de Soubise et ses fils , donna sa fille , qui étoit fort riche , au fils unique du prince de Rohan, qui de son côté devolt l'être infiniment. Il n'y eut point de fiançailles chez le roi , et quel(fues jours après Mme d'Espinoy présenta sa fille , qui prit le tabouret au souper.
L'autre mariage ne fut pas si égal en biens^et en naissance. Le comte de Roucy s'étoit détaché de faire le mariage de Mlle de Monaco pour son fils, malgré Mme de Monaco et M. le Grand. Il le maria k- la fille d'Huguet, conseiller au parlement , unique et fort riche , dont le comte de Roye avoit fort grand besoin.
Le roi, qui avoit été de fort mauvaise humeur durant le chemin, jusqu'à se fâcher de bagatelles contre son ordinaire , à casser le cocher qui le menoit, et à tomber sur le premier éeuyer qu'il aimoit, à ce que me dit Mme deSaint*Simon, qui alla A Fontainebleau et en revint seule dans son carrosse avec les princesses , n'étoit apparemment pas revenu du tourment qu'il avoit reproché au duC du Maine , et dont il avoit parlé si ouvertement et si amèrement au premier président, et au procureur général , et à la reine d'Angleterre , sur tout ce qu'on lui avoit fait faire si fort contre son gré. U trouva son appartement à Fontainebleau tout à fait changé. JTe ne sais s'il fut plus oommode, mais ihn'en parut pas plus beau.
L'électeur de Bavière y vint peu de jours après, et s'y établit chez d'Antin avec une table et le plus gros jeu du monde qui oommençoit dès le matin. Il ne laissoit pas d'aller jouer chez Mme la Duchesse , et elle quelquefois chez lui. Elle le menoit d'ordinaire dans sa gondole sur le canal lorsque le roi, âuivi de toute la cour, s'y promenoit en carrosse. L'électeur fut de toutes les chasses , où il voyoit le roi , d'ailleurs fort rarement dans son cabinet.
Mme de Maintenon chercha fort à amuser le roi chez elle par des dîners, des musiques , quelque jeu dans leur intrinsèque. On avoit pratiqué une tribune sur la salle de la comédie en face du théâtre. On alioit à cette tribune de chez Mme de Maintenon. Le roi , qui depuis longues années n'alloit plus au spectacle , y parut quelquefois pendant quelques actes avec quelques dames choisies outre celles des dtners. J'y vis une fois Mme d'Bspinoy. Il ne laissa pas d'en voir quelques-unes entières de Molière chez Mme de Maintenon jouées par les comédiens, avec des in> termèdes de musique.
Le fils du comte du Luc y arriva le matin du mercredi 12 septembre , avec la nouvelle que la paix de l'empereur et de l'empire avec le roi avoit été signée le 7 à Bade , sur le modèle signé et convenu entre l'empereur et le roi à Kastadt.
[1714] ICARÉCHAL DIB VILUROT FAIT mmSTBE. 139
Prior 7 donna aussi part au ror dans une audience particulière, de la part du nouveau roi d* Angleterre , de son ayinement & cette couronne , de son prochain départ d'Hanovre pour se rendre & Londres , et de son dessein d'entretenir la paix et un bon voisinage. Il fit son entrée fort magnifique à Londres le i**" octobre ; ôta au duc d*Ormond , au lord Bolingbroke et à plusieurs seigneurs leurs emplois; changea tout le ministère de la reine Anne, en prit un tout opposé qui poursuivit le dernier sur la paix de l'Angleterre avec la France, et sur des aflaires intérieures; rétablit Marlborough dans toutes ses charges et commandements; éleva les whigs aux dépens des torys. Cela ne témoignoit rien de favorable à la France, aussi étoitril tout à l'empereur.
he maréchal de Yilleroy arriva de Lyon à Fontainebleau , le mardi 18 septembre, heureux de s'être trouvé absent lors du dernier comble des t>àtards et du testament, et hors de portée de ces temps si orageux dans l'intime intrinsèque où il étoit admi9« Il fut reçu en favori tout nouvellement comblé des plus grandes grâces, déclaré ministre d'£tat, dont 11 prit place le lendemain au conseil d'£tat« Il est plaisant que cet emploi, le plus important de tous, soit l'unique qui ne prête aucun serment, fondé sur ce qu'à chaque conseil d'£tat l'huissier va le matin même avertir tous ceux qui en sont de s'y rendre, de manière que si l'un d'eux n'est point averti , il n'y va point , et comprend qu'il est remercié. Gela n'arrive pourtant jamais ae la sorte; leur disgrâce se dé* clare par un ordre de se retirer, eu en un lieu marqué pour exil, ou hors de la cour seulement. Longtemps depuis , Torcy m'a conté que le roi prenoit la parole avant le maréchal de Yilleroy dans les commencements, pour lui mieux faire entendre de quoi il s'agissoit, que le maréchal opinoit si pauvrement et disoit ou demandoit des choses si étranges que le roi rougissoit, baissoit les yeux avec embarras , quelquefois interrompolt ses questions pour répondre d'avance , et qu'il ne s'accoutuma jamais , mais comme un gouverneur qui couve son élève , à l'ignorance , BMX sproposito y à l'ineptie du maréchal, qui par le grand usage de la cour et du commandement des armées dans les derniers temps des affaires et de la confiance du roi ^ les surprenoit tous par ne savoir jamais ce qu'il disoit, ni même ce qu'il vouloit dire. J'en fus étonné moi-même au dernier point après la mort du roi.
Le maréchal de Villars arriva de Bade le lendemain de l'autre dont il se trotiva fort obscurci.
Le duc de Hortemart arriva le jeudi 20 septembre à Fontainebleau , dépêché par le duc de Berwiek , qui fit commencer à la pointe du jour du 11 septembre une attaque générale à Barcelone, à laquelle les assiégés né s'étoient point attendus. Ils défendirent mal leurs brèches, et on demeura maître de trois bsstions et de deux courtines. Ils ne se dé-r fendirent point dans le bastion de^ Saint-Pierre qui étoit le quatrième attaqué à la fois. Mais on n'y put demeurer par le grand feu qui sortoit d'un couvent qui lô commandoit. Ce fut où on perdit le plus, et en tout raction a beaucoup coûté de part et d'autre. Ils se retirèrent derrière l'ancienne enceinte qui sépare les deux villes, et le maréchal de Berwick en fut bien aise , pour leur donner lieu de capituler, et à lui d'empêcher