ÉVÉQUE DE SOISSONS
s'écria aux léduetetirs et n'en voulut voir aucun. On fut réduit à lu iaire recevoir lea sacrements avec les plus grandes précautions d'entière solitude, excepté quelques valets affidés, dont on ne pouvoit se passer, dans la crainte d'une amende honorable publique contre la constitution , et sur ce qu'il avoit fait pour elle. Ses plaintes , ses reproches contre luinnâme, ses cris ne cessèrent point, et il mourut ainsi, toujours en pleine connoissance, dans les angoisses et les éclats du plus vif repentir , «t dans les frayeurs les plus terribles des jugements de Dieu.
Quelques soins que sa famille eût pu prendre pour cacher une fin si parlante , et dont les élans avoient duré presque autant que la maladie , trop de médecins ou gens de santé , trop de valets , trop encore de fa* mille et d'amis même au commencement de cette surprise , avoient été témoins de ces choses. Ils en avoient été trop effrayés pour que de Tun à l'autre elles ne devinssent pas bientôt publiques. On nia , on étouffa tant qu'on put , mais en vain. Trop de gens avoient vu et entendu , et B'avoient pu , dans leur premier émoi , se contenir de le raconter. L'autorité fit qu'on n'osa guère en parler tout haut après les premiers jours; mais le fait n'en demeura pas moins certain , constaté et public. On mit au moins bon ordre que le roi n'en sût rien, et avec cela tout fut gagné. Ge déplorable évêque fut la première victime de la constitution, qui s'en immola bien d'autres, et s'en immole encore tous les jours depuis trente ans.
Détournons nos yeux d'un spectacle si terrible , pour nous consoler par l'heureuse fin d'un prédestiné. M. de Saint-Louis étoit un gentilhomme de bonne noblesse, dont le nom étoit Le Loureux, qui parvint à avoir un régiment de cavalerie. Il servit môme de brigadier avee grande distinction , honoré de l'estime , de l'amitié et de la confiance des généraux sous lesquels il servit , particulièrement de M. de Turenne ; et le roi , sous les yeux duquel il servit aussi , lui a toujours marqué de l'estime et de la bonté , et en a souvent parlé en ces termes , même plusieurs fois depuis sa retraite. Il étoit des pays d'entre le Perche et le comté d'Êvreux ; il y alloit quelquefois les hivers , et cette situation lui fit oonnoUre M. de la Trappe, à qui, sans l'avoir jamais vu et sur la seule réputation de la réforme qu'il entreprenoit, [il alla] offrir ses ser* vices dans un temps où il n'étoit pas en sûreté à la Trappe de la part des anciens religieux , qui jusqu'alors y avoient étrangement vécu , et qui ne se cachoient pas de vouloir s'en défaire.
Cette action toucha M. de la Trappe ; tout ce que Saint-Louis remarqua en lui le charma. Il ne fit plus de voyage chez lui qu'il n'allât voir M. de la Trappe. Il avoit eu un œil crevé du bout d'une houssine en châtiant son cheval. La fluxion gagna l'autre œil, qu'il fut en danger de perdre, lorsque le roi conclut cette trêve de viagt ans, que la guerre de 1688 rompit. Ces circonstances rassemblées déterminèrent Saint-Louis à se retirer du service. Il vendit son régiment au fils aîné de Villacerf , pour lequel on le fit Royal- Anjou , et qui fut tué â la tête. Saint-Louis eut une assez forte pension du roi , qui témoigna le regretter. Les ré« flexions lui vinrent dans son loisir. Dieu le toucha; il résista. A la fin , ia grâce plus forte le conduisit à la Trappe*