‹ Mʹemoirs complets et authentiques du duc de Saint-Simon sur le siècle du Louis XIV et la rʹegenceChapitre 6 sur 232 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

4744. »• L'Évangile présenté à baiser au roi par un cardinal, de préférence à Vaumônier de jour, en absence du grand et du premier aumônier. — Duc dHQzeda peu compté à Vienne, et son fils emprisonné an chftieau de Milan.

— Duc de Nevers dépouillé par le roi de ht' nomination à TéTéché de Bethléem. — Duc de Richelieu se brouille avec sa femme et la «[uitle. •—

— Gavoye prend soin de lai. — Force bals i la cour et à Paris. — Bals, jeux, comédies et nuits blanches i Sceaux. — Mme la duchesse de Berrj, grosse, mange au grand couvert en robe de chambre. — Abbé Servien k Vincennes. — Mort, fortune, famille et caractère du duc de La Rochefoucauld. — Bachelier; sa fortune; son mérite. — Surprise étrange du duc de Gbevreuse et de moi chez le duc de La Rochefoucauld. — - Hardie générosité du doc de La Rochefoucauld.' — Vieux levain de Lianeoûrt. -^ Ses deux fils. — • Comte de Toulouse grand veneur. •— Douxe mule livres de pension au nouveau duc de La Rochefoucauld^ — » Le cbaao<^ier voit un homme se tuer. — Commencement de la persécution en laveur dé la constitution Unigenitus, — Mariage du prince de Pons et de Mlle de Roquelaure.

— Gouvernement de Dunkerque à Grancey eu épousant la fille de Médavy, son frère. — Vingt-cinq mille livres.de rente fort bizarres au premier président. — Mort de Bragelogne. — ^ Ambassadeurs de Hollande saluent le roi. -— Grande maladie de la reine d'Angleterre à Saint-Germain. -^ Mort do

' dne de Melford à Saint-Germain. -«-Mort de Blafaoni. •— M. le duc. de Befry entre au conseil des finances-.

Le premier jour de cette année 1714, il ne se trouva ni grand ni premier aumônier à la grànd'messe de Tordre, célébrée par l'abbé d'Bttrées. Il y eut difficulté à qui présenteroit au roi l'Ëvangile à baiser, entre TaumAnier de joiir en quartier et le cardinal de Potignac {{ui n'avoit point Tordre , mais qui se trouva au prie-Dieu , et en faveur duk}uel le roi décida. Il ne donna aucunes étrennes cette année. Elles ne regardoirât que Mme la duchesse do Berry , dont il n'étoit guère content , et Madame , à qui il venoit d'augmenter très-considérablement ses pensions. Poiir' M. lé duc de Berry il ne s'en embarrassa pas^ il n'y avoit guère qu'un an qu'il lui avdit augmenté ses pensions de quatre cent miUe livres. Peu de jours après il le fit entrer au conseil de finances, où il fut quelques conseils sans opiner, comme il avoit été quelques-uns de même en ceux de dépêches lorsqu'il avoit commencé à y entrer. C'étoit le chemin d'être bientôt admis en celui d'État. Le roi avoit usé des mêmes gradations envers Monseigneur et Mgr Icduc de Bourgogne.

Le duc d'Uzeda, peu considéré de Tempereur, depuîa qu'il éwit si vilainement quitté le parti de Philippe V pour s'attacher au sien ; eut

18 lÊYÊCH^ M BSf^éOMi i\^lk]

tout au flODUttnMHBM&t de «lette innée te ^\ml949 ?di» mtif9 pou fils prisoimiflf au oliftteatt do Milaa.

Il y ft im ûiatême d'éTèohé saut te titre d4 Bethléem dftP» 1$ dp^é de IfevefS) sans territoii», doni te résidettoe est à Clanascy, qi|i ne ynut iiue mq ce&ts éeui de rente , que tes duoe de No?eri ftT^9t t^ujQUiRs nommé. M. de NeveEslteToit donné au B. fiaote^ue, ?ell9i^iix d^'&iiU^tfl' Geneviève, qui excelloit à régenter Téloquence et les humanités en leur collège de Nanterre , et qui étoit aussi bon peëte tetin , aux mœurs duquel il n'y avoit rien à reprendre. Mais les jésuites , jaloux de tous collèges et qui n'aimoient pas les'cliânôines réguliers, ne s'accommodèrent P^ qil^ ççtte figure d'éyéçhé leur échappât , dopt ils pouvpipnt défrofluer quelque moine , ^t s'en attacher beaucoup" par cet appât. têT» teî- Jjer, tiraiit 9\a \^ teinps et sur le ppu de çonsid^ation 4u collateux^ fit entendee au voî qu'il ne aonveivoit pa^ qu'un particulier fît sai^s lui un éréque ilans son royaume , acheva ae que les jésuites avoient commencé avant lui) ^? il y ^▼oit douse ans que Sanlèque étoit nommé sans avoir pu obtenft cle bullé^. il les fit accorder au P. Le Bel, récollet, nommé dès )or^ par {ç roi qiii' n'y'pensoH plus. Le Bel fut isi^cré, et Sanlèque n'eut aucune répompense. pepuis cela ççtte id^ç d'èyi^çl]ié ^st d^ineiirée

à^ te nomination du roit

Le due de Richelieu, cemarié doimte 9»9Êft tengtempfi ponr te troisième fois , et logé oheE sa femme au faid>ou^ Saint-Germain « se brouiUa avec elle , et voulut retourner à l%étél de Richelieu , à la pteot Royale , (fOi^iX avoit loué ^ l'archevêqpe de Reims qui, foute de savoir où se met- U9i vpi^pit soutenir son bail. Çay'oy^ et sa fempi^ , amis de tout temps 4o Mf dç RiçheUeu et qui lofo Tf noient presque Jamais'à Paris, prêtèrent leur mai$Qn h Varch^^qnP i^squ'4 ce qu'il en eût trpuvé une ^ louer, et se mîMnt à prendre soin de A(. de RiaheUeu qiii ayoit quatré-Tingtsix ans, et qui en sa vie n'aveit su prendre soin de lui-même. Ce leur fut un mérite auprès de Mme de Maintenon , et par oonséquént auprès du roi.

Cet hiver fut fertile en bals à la cour. Il y en eut plusieurs parés et •Msqvéa Qbez ¥ • iil duo de Berry , p)ies Mm^ te djiches^ de Beçry , ghez IK. le Duo pt a)llears« Il y tn eut au^si à Paris, et ^^ Sceaux pA )îmè du Haine dponft focçe fête? et nuit^ blanches, et jpu» b^tîuopqp ^e copies , ot tQt|t te monde idlQit dp PfiFte ^t de te cbuc , et dont M. 4u Main^^ £ûioit tes honoott», Uw^ te duchpssfi 4^ Sernr é{oit grosse et n'ailoit gu^^e il» bâte k(m de t^ef elle» Le roi lui peqnit , à pause de sa grosspssp, 4e •oupev ave<i l«l ^n fi^P de «hanib^p , fioimne m vg^mn pa« il Vf,mX mmte aux deux Déuphines spulement*

IMM S^rrien, dpnt j'ai parlé aiUaurSt ^U»\ ft ropéim, ap imt tMur aux louanges d^ m du prolf>gue. Il llieha tout à coup au pactene iin met sanglant, léais fort juste pt fort plaisant, en parodia, qui le saisit, et qui ittt trouvé tel, répété et applaudi. Deui jours après il fût prrdté «t lionduil à Vinnennea » avec défense de parte^à personne , et sana an- «nn demastique peur te aaryir. ûa mit pour te tonne te soellé suf set |mpieu, il ft^étoit |Uis hsmm^ à en aveiz de plw inpoi>taBta que pour aUnffièf dû fei). H ait «rai qua , à plua de loUiBte-oiftq im^s qu!ll avoit aters , tiétoit étoangamentdébittolié.

4ix-4ieuf ans , ayeuglâ , ^ V^s^illM, da^s i^a l)6)l« znaispa du dienil, o^ il »*j^i% retiré depuis quelques <^»i^é«s. Quoique j*aie eu lieu de parler divepes foi^ de lui , il s^ ^t& perspmiage i|i # û^gu^ier e^ si dis^agué toute ^ ?i^ qu*ii est ^ PIPpo9 de 9'y arrêtée un pau. ^ étoit Qls lUud du second duc de lia Rochefoucauld et de la ôUe unique d'André de VlYonne, seigneur de La Cbate|gner|^iey grand feuagnuier de Ff^noe, A^pitaine des gardes de la ^iue Marie 4e vMiois, et de Maiie-A^Qe 4e liOpc^énie. Cet Andr^ de Vivoi^ne éteit petit-Aïs du fr^re a!n^ de François de Vi- Tonne , seigneur d'^rdelây , 4veri d'J9f nri U , qui Cm^ tu^ ex^ sa pcéeenfi^ en ^B^t public et singttl jec par ^uy Chabot , fils du seigneur de Jarpac, d'où §st verni ]e proverbe du Q^HP de larnae , (0 juillet 1^7. ¥arie^ Anne de ^emtalfi (ItPit ^Ue du sieur de iU ViUe<aux-Qier«i, ^r^taire d'Etat, M* de l»^ RpçiiefQucauld porta le rain titpe de prince de Marsillac , ^s lang iû distinction quelconque pendant la yie de sou P^re, auqi|iri il fut tOUieuis tr4f«attacb!& , quoique perfaitejueut dieeembla^le. n la suiFit uans le pajrti de M* le Fflnçe, et ne reutrii qu^ve^ lui daos X9béi8aa.im, Il ^ous^ eu 16&0, en novembre» Jeenue-Charlotte, fille ^ VBÎque b^^red'^eup-Bogef du flesnist ooiute de I4 lioeheguron, preiftier geutfUiovu^e de h Qbaipbre du roi , eu surYi?euce de ^n pèra, qui fut depuis du« et vm de I«i«ieeurt 1 et d'ÀBqe*Blis»betb de Launoy , remuiée m m. «uperai^mt au duo d'^l^omf » pàfe de celui d'aujou<^ d'hui, dont elle fut le memi^re femme, et dont elle eut M* d'|;ibQ9uf , dit 1# Tr-^nbleur , et Mme de Vaudemant. M. et Mme de M^rsUleP 4toieut isme de germeimu Le premier duc de la, Bpçlie^ueeuld, grand^p^re 4e M^ de Marsillae, afoit époueé .^abri^le du Plessis, ^Ue de M, de Liau- Qa%Hy isremie^ éPUFMi eu l^feur duquel eette cberi^ fut «çustraite^

celle de grand écuyer , et de la célèt>re Antoiuette de Pous, mer^Uiee

de Ouerelieville, pire et mère du duo de Liemieurt ; qe qui faispit .q^e le graud-^^ et la gra$id^mÂie des mariés éteieut frère et sœur. L-umon étoit pailaite autre les dev^ Ismilles, et ils logepieot tous ensemble ^ Fans , me de tSeine « dans ee bel bdtel de Liftaeourt qui est devenu Vb9tel de La Rocbefeueeuld. H y ^roit bien df i cbesee ourieusee i dire ^e ees deux Lianeourt père et ftls et «le leurs &mmee • mais qui eent trep Mei0E)ée« de uptfie temps. M. de Marsillao n'eut que deux fils de «t femme ; il la perdit le 14 août ld?4, L» duobeese de Lianpeuri sa grai^d'mèire étoH merl^ le 14 juin pséeédeot, à soûaaieTtpeixe fus, et le duo de Lianeanrt le ïr aodt de la mfime aune», ^ soixauterquinse ans. Qftm^ Dieu , quel bonbeue dene survivre que six semaines i

laasais pèut^M raveuglement qu'on repmcbe à |« 4}iitune «ft pan^t dans un plus grand joup que dana ce pripce de Marsillao , qui vassembloit m lui toutes les Causes de disgrftces, et qui, sans leeouis d'auettue part, biâlla toul à coup de la plus surprenante fayeuo, et qui a été plainaBient eopàlante toute sa vie, e*est-À-din près de cinquante ans, sens la plus légM iateemption. U étoit fila d^n père i qui le roi bfa jamaia pa pa:edomiei^ le seul pent^ne de tous les seigàeiira.da paliti de M. Ift ¥3âm»^ 0t ^. da i^a Bo^efioneauld lé sentott si bien qu'Hra se préieiâciit presque jamaîa devant la soi. H.â Mae da liàneimrt étaient

ib MORT, FORTUNE, FAMILLE ET CARACTÈRE [17143

liofrcls d'un autre crime ; le mari ne fâlsoît point sa charge de prétoier gentilhomme de la chamhre longtemps avant de ne Tavoir plus ; la femme avbit refusé d'être dame d'honneur dé la reine. Ils passoient presque toute \eui vie à Liancourt, dans les exercices de piété les plus édifiants et les plus continuels, ne paroissoient plus à la cour; et comme ils y avoient vécu dans la plus excellente et là plus brillante compagnie', ils avoient la meilleure à Liancourt , mais la moins à la mode. Ce lieu étoit le réduit de tout ce qui tenoit à Port-Royal , et la retraite des persécutés de ce genre. D'autres proches , M. de MarSillac n'en avoit point ; et ceux-là li'étoiént pas pour le produire ni Tétayer.

La figure , qui prévient souvent, et le roi presque toujours, n'étoit pas un don qu'il eût en pacage ; j'ai ouï dire aux gens de la cour de son temps que là sienne étoit tout à fait désagréable. Un homme entre deux tailles , maigre avec de gros os , un air niais quoique rude , des manières embarrassées , une chevelure de filasse , et rien qui sortit de là.

Fait de la sorte , et seul de sa bande , il arriva dans la plus brillante et la plus galante cour , où lé comte de Ouiche , Yardes , le comte du LUde , H. de Lauzun et tant d'autres se disputoieht la faveur du roi et le haut du pavé chez la comtesse de Soissons, de chez qui le roi [ne] boUgeoit alors. Ce centre dé la colir d^où tout émanoit étoit encore un lieu •où Marsillac , fils de M. de La Rochefoucauld , devoit être de contrebande pour la nièce du cardinal Hazarin ; aussi fut-il fort mal reç\i d*abord , et n'y fut accueilli de personne. Hais bientôt toute la troupe choisie, qui Ven moquoit , fut bien étonnée de voir le roi le mettre de ses parties, sans autre chose de sa part (jue de se présenter devant le roi, et sans que le roi lui eût montré auparavant aucune bienveillance. Gela dura ainsi quelque temps , et commença à exciter l'edvie , lorsque la faveixr se déclara et ne fit plus que croître.

M. de Lauzun fut arrêté en décembre 1671 , à Saint-Germain , dans sa chambré, un soir qu'il revenoit de Paris rapporter des pierreries à Mme de Montespan qui l'en àvoit chargé. Il étoit capitaine des gardes , et fut arrêté par le marquis de Rochefort, depuis maréchal de France, qui l'étoit aussi , car un capitaine des gardes ne peut être arrêté que par ' un autre capitaine des gardes , et dès le lendemain [il fut] mis en route de PigneroL II étoit gouverneur de Berry , Marsillac en fut pourvu tout aussitôt, et M. de Luxembourg de sa charge.

Guitry , favori pour qui le roi avoit fait la charge de grand maître de la garde- robe , fut tué au passage du Rhin en 1672. M. de Marsillac , qui y avoit été fort blessé à l'épaule , eut sa charge ; et à la mort de ' Soyecourt eh 1679 , qui étoit grand veneur, le roi écrivit à M. de Marsillac , qui étoit venu voir son père , ce billet qu'on a rendu si célèbre , par lequel il lui manda « qu'il se réjouissoit avec lui , comme son ami , de )a charge de grand veneur qu*ii lui donnoit comme son maître. »

Avec toute cette faveur, le père, de concert avec lui , eut beau s'opi- BÎfttrer à ne lui point céder son duché , jamais M. de Marsillac ne put avoir le rang de prince, ni aucune autre distinction; gi ses instances furent aussi vaines depuis la mort de son père, qu'il perdit au commènoeiDent de 1660. Sur la. fin dfr sa tde la fiiTeur et ks efforts de son

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